CE C|LI RAPPROCHE RICHELIEU DK LA SUÈDE
les avaiita^ies et gloires de la guerre dévoient lui rester. Le roi de France ne vouloit que voir son ami admiré de l'Europe et du monde entier et l'aider à devenir empereur d'Orient, si tel était le but de son ambition. » Charnaeé faisait la navette de Paris au camp du Suédois ( lG.'iO;.
(lUstave-Adolphe avait tout pour réussir : un puissant grénie, un peuple dévoué, une armée admiralilement entraînée et qui se recrutait de ses victoires. Il ne lui mancjuait qu'une chose, l'argent. On le prenait par ce côté faible, et, dès iii'M, la France lui faisait offrir cent vingt mille tlialers par an, tant que durerait la guerre d'Italie, et quatre cent mille tlialers, dès que cette guerre serait terminée.
Ce roi guerrier en était réduit a .i\i»ui-i qui ses troupes ne vivaient que de pillage et s'attiraient ainsi la haine des peuples, jnéme de ces populations protestantes qui l'avaient salué, à son entrée en Allemagne, comme un « Judas Macchabée ». « Depuis seize semaines, écrivait-il à Oxenstiern, l'armée n'a pas touché un sol. » La peste sévissait et décimait civils et soldats; la disette et les maladies faisaient plus de ravages que la guerre elle-même. Il avait bien fallu accepter les oflres de la France. C'était le moment où le vain(pieur «le Tilly s'enqjarait d'Augsbourg et rétablissait la confession d'Augsbuini: daii«> la ville qui en avait été le berceau.
Si Charnaeé avait eu quelque peine à faire accepter ses premières offres de concours pécuniaire, c'est qu'à ces otires Kichelieu avait posé des conditions sur les(|uelles il faut insister pour faire comprenib'e, une fois pour toutes, sa politique à l'égard des partis religieux en Allemagne, politique qu'une véritable légende historique a entièrement déligurée. Ces conditions étaient : maintenir la liberté des princes et des villes d'Allemagne; contraindre les Espagnols à retirer leurs troupes de rEnq)ire ; réclamer la démolition des forteresses qu'on y avait élevées... Tout cela allait de soi ; mais Richelieu demandait eu outre au jeune vainqueur de se montrer respectueux des droits de rélecteur de Bavière^ de la Ligue et de la reli(/ion catholique en Allemagne. Or Gustave- Adolphe qui, de son côté, entendait ménager l'Espagne, cliente
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dos mju'chaïKls suMois, «'tait (lôci*!»'-, eu tant qin» priiiro protestant, à ne pas abandtMiiK'i- l.i ransc «In IVIortonr palatin, et il était l»(»stilo, par-di'ssus tout, à ce Maxiniilicn de Itavièrc, véritabif chef (lu ralholicismc tians l\\llemnfjn/i centrale. I.c roi do Frain'i' et le roi de Snèdr se trouvaient «loue, pour les (piestionn relig-ieuscs, dans deux «anips diffôreuts, tout en ayant, à IV^rard de la maison d'Autriche, des iiitérôts conununs. Telle est la situation réelle; telle est la position que lUrhelieu a choisi*' et qu'il n'ahandonnera pas. Il combat la prépondérance austrocspa^Miolc en Europe d'une fa(;on générale, mais, en Allemagne, son système est « la défense des libertés germaniriues », visant en cela non seulfiîncnt les protestants mais les catholiques qu'il protège et qu'il défend.
Le plus faible et le plus «lésargenté devait céder : c'est la marche ordinaire des choses humaines. Le 23 janvier 1G31, le Suédois avait fini par signer le traité de Harwabl (Brandebourg), qui lui assurait un subside d'un million de livres chaque année; par contre, il s'engageait à entretenir une armée de trente mille hommes de pied et de trois mille chevaux, qui opérerait en Allemagne. Il consentait à respecter les droits de la Ligue et de l'Église catholicpie. Le cardinal ne se faisait pas beaucoup d'illusion sur la portée de cet eniraL-^eincnt. Mais, du moins, il sauvait les apparences.
Tout le protestantisme germanique s'était jeté dans le sillon ouvert par le Suédois. Tilly, l'année qui avait précédé sa mort, avait accompli la plus atroce des vengeances par les affreuses journées du sac de Magdebourg (mai 1631). Craignant les suites d'un si cruel exemple, l'électeur de Brandebourg avait laissé son territoire à la disposition de l'armée suédoise. Bernard de Saxc-Weimar avait rejoint Gustave-Adolphe avec un contingent de trois régiments. L'électeur de Hesse-Cassel lui avait confié la garde de ses forteresses. L'électeur de Saxe avait imploré son secours et, le 17 septembre, battu par Tilly, il avait éié sauvé par Gustave- Adolphe. C'était ainsi que le Suédois, traversant rAllemagne centrale en triomphateur, était venu s'installer sur le Rhin. Là il se trouvait campé sur le territoire des princi-
PRUDENCE DE RICIIELIEL DANS LES AEt'AlHES D'ALLEMAGNE. 42'J
pautés ecclésiastiques et il ménageait les populations protestantes, tout en donnant large satisfaction aux besoins de i*apine de ses soldats. Mais en môme temps, il se trouvait à proximité des frontières françaises, sur un terrain (rinllueuce frau<;aise. Ou sent rinquiétu<le que cette ap]»arition de l'honinie du nord protestant jjouvait faire naître dans l'esprit du cardinal aux longues vues.
Le Roi se proclamait protecteur des liljertés germaniques ; il lit demander à Gustave-Adolphe d'évacuer Mayenee. Le Suédois s'y refusa. Ce n'était pas (pi'il prétendit interdire à la France de conquérir ses limites naturelles. Au contraire, il désirait vivement l'embariiuer dans une guerre ouverte contre la iiiuison d'Autriche, par la conquête de « Hourgogue (Franche- Comté), Luxembourg, Flandres ou Alsace »; mais, vainqueur, il entendait marcher sur un i>ied d'égalité et s'assurer, non d'une simple médiation de la France, mais d'une alliance.
C'était le temps où le Roi et le cardinal étaient entrés en Lorraine. A la cour de France, on assurait au mois de janvier HiD'l, (pie Sa Majesté t(*iii<lrait bientôt la couronne de Roi des |{umains; on ajoutait «pie les Électeurs l'en avaient pressé : <( Hier, mandait aux États Généraux de Hollande (19 novembre 1G31) l'envoyé Boetzelaer, on a emballé tous les ornements royaux, costume, sceptre, couronne et manteau, pour les expédier à Metz, sous prétexte ([ue Sa Majesté voudra y faire sa première entrée et prendre pos.session de ces pays pour protester contre les prétentions et les desseins de l'Empereur et du duc de Lorraine (1). »
Le G janvier 1G32, lu majorité du Conseil avait préconise i attaque de Haguenau et de Saverne, la saisie de l'Alsace. Si l'on en croyait quelques conseillers, il faUait, sous couleur de venir ou aide au duc de Wurtemberg et au margrave de Bade, s'emparer de Strasbourg et du pont de Kehl. Cet audacieux dessein séduisait, semble-t-il, l'imagination du cardinal. Mais le Père
(I) G. Fagnit'z, Le l'ère Joseph et HUhelteu, t. I, p. 585-58»!, noie. — La politique du l'ère Joseph, suivie linaleint-nt par Richelieu et qui consistait surtout à ne pa» abandonner, la proteclioa de la Ligue et à sauvegarder les droits des catholiques en exigeant du roi de Suède une déclaration de neutralité, est exposée dans le Supplément de Lepré Balain sous la date de janvier 163'*.
430 CHOIX ENTUli KKS DINKIiSKS POLITIylES.
Joseph, ,:^iiiinl coiiiiaisscnr <l«'s <liosrs (l'AlIciuapnr'. tirait j»ar la luaiiclic son vi^'^ourcux niultro et ami. Attaipicr !«• t<Tritoirc imp/v rial, c'était se hi'ouilI(*r avec l'Kinpirc et tous les princes indiit» tiiicteincnt, iiiOme protestants. Kt (piel ris([ue de rompre avec les princes cntlioliipies, si l'on s'unissait ostensiMement, pour cette poiiti([ue aventureuse, au» Jutias .Maccliahée >» «les protestants! Le vrai jeu était de s'en tenir à la politique d'arhitraf^e et de protection des libertés ^ermaniipies en s'assurant la clientèle des petits États.
Après avoir exposé an Koi les «piatre procédures entre lesquelles on pouvait hésiter au sujet «les affair«'s «l'Allemairne, le car<linal s'était rallié, comme nous allons le voir, à la quatrième.
Fallait-il se joimlre au roi de Suè«l<^ pour faire ouvertement la f;nerre à l'Kmpereur? On aurait l'avanta^'^e de ruiner la maison d'Autriche, on serait à jamais déliarrassé «l'un v«>isin puissant et incommode; mais, si le roi de Suède mourait, la France se trouverait seule contre cette puissante maison. lU' plus, les séditieux du Royaume pourraient se joimlre aux Kspa^-'nols contre 1«' Hoi, qui encourrait la haine «le tous h-s catholifjues, «lont il aurait essayé de détruire le rempart.
Fallait-il s'accommoder avec l'Kmpereur pour combattre le roi de Suède et les protestants? L'avantag-c «le conserver la religion catholique en Allemagne et peut-être en toute la chrétienté, de rabaisser la puissance d'un prince dont l'ambition et le courage étaient grandement à craindre, celui de profiter «le la ruine des protestants, se trouveraient achetés beaucoup trop cher, si le roi «le Suède, pénétrant le dessein «lu Roi. s'accommodait avec l'Empereur et se tournait contre la France, «[u'il « obligerait à une guerre éternelle ».
On pouvait encore essayer de faire accepter la neutralité par les Électeurs catholiques dans les termes où elle était proposée par le roi de Suède, laisser Gustave-Adolphe « continuer la guerre en Allemagne sans s'en mêler, mais seulement tenir quelques troupes sur la frontière, pour s'en' servir en tout événement ». Politique séduisante, si elle n'entraînait pas « la ruine presque inévitable des princes catholiques et de la religion en