‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 169 sur 172 · MÉNAGER LE VAINQUEUR, MAIS LE CONTENIR · texte numérisé non relu

MÉNAGER LE VAINQUEUR, MAIS LE CONTENIR

Alleriiii^nc, par la f'acilitô qu'aurait le roi de Suède de rompre la neutralité avec eux, apr«'s avoir occupé toutes les entrées du Rhin et des Grisons ». Il serait alors impossible de les secourir; le Roi aurait la honte de les reg-arder périr « après avoir promis de les défendre ». Il verrait Gustave-Adolphe devenir, pour la France, un dangereux voisin. Le Suédois vainqueur ne se contenterait pas de porter les armes en Italie contre le Saint Père et de détruire partout la religion catholique eu passionné protestant qu'il était. L'Allemagne à ses pieds, il chercherait à nuire à la France, « le seul État qu'il jjùt craindre >i ; il lui nuirait « par soi ou par les mauvais Français, ou par tous les deux ensend)le ». VA pour aboutira ce désastreux résultat, le Roi aurait à entretenir à prix d'or sur la frontière une armée inutile.

Ce qu'il fallait, c'était, en faisant accepter par les j)rinrcs catholiques, la neutralité que proposait le roi de Suède, pousser une armée en Alsace, à Brisach, « aux passages du Riiin que tenaient les Électeurs ». L'inconvénient de se brouiller avec la maison d'Auti'ichc subsisterait jxmi' Ir Roi. • quel<|ii<' prétexte qu'on prit (roccu])er l'Alsace >>. Ificn entendu, il fallait tout faire jjour éviter la rupture; mais étant maître des pas.sag'es, le Roi resterait eftectivement le protecteur et le maître des princes allemands; il détournerait le roi de Suède de l'attentat italien, car si ce roi se portait plus au sud, l'armée française pourrait en Allemagne lui couper les communications et la retraite. Kt tout cela par la seule présence d'uiu' armée postée en bon lieu et qui, loin de vivre aux dépens du Royaume, serait nourrie par l'étranger.

Louis Mil avait approuvé un dessein qui conciliait l'intérêt du Royaume et l'intérêt de l'Église. Le marquis de Rrézé, envoyé comme andjassadeur avec cincpiante gentilshommes auprès du roi de Suède, en avait assuré l'exécution. C'est cette adroite politi{[ue qui avait permis à la France de parler haut, lorsque Gustave-Adolphe avait attaqué l'électeur de Bavière et battu Tilly sur le Lech. Le représentant de la France à Munich, M. de Saint- Étienne, s était acheminé au camp d'Ingoldstadt. Il avait déclaré à Gustave-Adolphe que son maître secourrait l'Électeur. Le

432 MOUT l»K (ilJSTAVK-ADOlJMIK.

Suédois avilit l'rpoïKlii (juil ne le crai^iinit pas. Déjà la cour <ic Ki'aii((! t'stiiiiait (|ur Ir iiioiiM'iit était venu <■ d'arrétiT Ii'k j>rofrr^ (lu (jotli »; (léjà Ut cardinal avait suspendu !«' paicniont dos subsides (1).

Cependant, on Alirin.iL: ne nitinr, Icsrlioso jt.if.iissiucnl s <>rn-iil<'iautrcnwnt. La t'ortunc dr WaMstrin, rapprlé par IKnipiToui-. s'opposait à celle du roi d»* Suède, l/élerteur de Saxe, lieut» liant de Gustave- Adolplie, avait été cliassé de la Holiénie, Au mois de juillet l(iîJ2, le hiillant j.'^uerrier. en son eauip de i\urend)or^'^, en était ù la «lélensive eontn^ l'année du f^r&ud g-énéral catholi(pie; au uiois de novembre, Waldstein allait ravager les États de l'électeur de Saxe. Mais, cette fois, Gustav< Adolphe, par une man<euvre supérieure, se mettait à sa jioursuitc le 15, l'attaipiait le Ui à Lutzen et remportait une éclatante victoire. Dans le l'eu de l'action le prince s'élance: il tombe en avant de ses troupes sous les coups des cuirassiers de l'Kmpereur: et l'armée suédoise voit soudain le cheval de son roi fraloper à l'aventure, les étriers ballants, la selle vide et teinte de sanp.

Uiciielieu, pour les raisons exposées ci-dessus, ne prit pas au tragique la mort du roi de Suède. On l'accusa même, — bien à tort, — de 1 avoir fait assassiner. Il a exprimé lui-même son sentiment dans cette lettre adressée au ï{oi, le 15 décend>re 1G32, alors qu'il se liAtait de revenir à la Cour : « Si le roi de Suède eût attendu six mois à mourir, il y a apparence que les affaires de Votre Majesté en eussent été plus assurées. » Mais il ajoutait bien vite : « Pourvu qu on fasse diligemment tout ce qui est nécessaire pour enq)écher la désunion des princes, que cet accident pourrait délier, je ne crois pas que Votre Majesté ait beaucoup à craindre la mauvaise volonté des ennemis qu'elle a en Allemagne. Une des choses que j'estime aussi nécessaire, au commencement du changement arrivé à la mort du roi de Suède, est d'envoyer à M. de Charuacé une lettre de change de trente mille écus payable à Francfort ou autre ville d'Allemagne, pour distribuer à des personnes considérables qui se moque-

(1) Voir l'allercalion du roi de Suède a?ecM.deSaint-Etienne. PèreGriffet. l.lll, p.374.

lUCHELIEU POUSSE LES PROTESTANTS A LA GUERRE. 433

l'ont de simples promesses, et ne prendront pas votre argent sans s'engager à vous. L'importance est d'envoyer promptement cet argent, si Votre Majesté le trouve à propos. » Et, pour hâter l'envoi des fonds, le cardinal avait glissé cette flatterie, qui ne lui semblait pas moins utile au Royaume qu'à lui-même : « Je prends la liardiesse d'écrire à Votre Majesté, parce que je sais que, comme elle est le premier de son conseil en jugement, elle est aussi le plus soigneux des exécutions (1). »

A peine revenu à Paris, Richelieu pressait de nouveau Louis Xlil, le 1*' janvier 1G33, d'obtenir à prix d'argent la contiimation de la guerre que les princes allemands faisaient en Allemagne à rKm]>ereur et les Hollandais en Flandre au roi d'Espagne (2). Il désii'ait ([ue la France ne cessjVt point d'observer une neutralité officielle et qu'il fût décidé que, si quelqu'un des belligérants signait une paix ou une trêve, la France y serait comprise, de manière tjue la maison d'Autriche « ne pût rompre avec l'un des confédérés sans rompre avec tous ». Le cardinal craignait, en effet, cpje, délivré de la guerre des princes, l'Euipereur, secondé par l'Espagne, ne tournât tout son etlbrt contre la France. S'il était impossible d'éviter une paix séparée, mieux valait une rupture ouverte avec la maison d'Autriche, une guerre immédiate, mais brève, menée hors du Royaume conjointement avec les princes allemands et les Hollandais, qu'une « guerre oflensive (ju'on apporterait à la France jusque dans ses entrailles (3) ».

Richelieu savait bien que le Royaume n'était pas prêt pour une guerre à fond et qui serait nécessairement de longue durée. Au cas où des hostihtés de courte durée et de moindre effort s'imposeraient, le Roi n'entendait y participer qu'à deux conditions : ses troupes occuperaient la rive gauche du Rhin et plusieurs villes de la rive droite; la religion catholique serait maintenue dans tous les pays conquis. Il apaiserait ainsi et le cri de sa conscience et la clameur des dévots; en plus « il étendrait son Royaume jusqu'au Rhin sans coup frapper, n ayant qu'à recevoir

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Hichelieu, t. IV, p. 415-416.

(2) Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd. Pelitot, t. VII, p. 271.

(3) Ibidem, p. 'il'i.

HiniELIEl. — T. III. 2S

434 MiGOCIATlO.NS tN SUÉDK, t> IIAVIKME, EN HOLLANDE.

dos j)1ji(os (jn'il n'avait pas ton(|uisos; tenant los ^a^os en main, il serait arbitre «le la ^ueri*eet «le la paix, (ju'on ne pourrait fain» sans lui, vu le d<!'pAt dont il serait en possession (1). »

Ce fut un cousin du Père Joseph, Manassès du Pas, marquis de Feu(iuières, ^^ouverneur d<? Verdun, (jui eut mission de négocier avec les princes j)rotestants d'Allema^^ne, ii«''sitant sur la lig-ne a suivre dcj)uis que (iustave-Adolj)lie n'était plus là jiour les maintenir unis. Knga^er l'électeur de Saxe à poursuivre la guerr* contre l'Kmpereur et s'entendre avec Oxenstiern, chancelier d< Suède, promettre à l'Électeur et au chancelier l'appui de la France telles étaient les instructions de Feuquières. L'envoyé de Louis Mil devait dire à Oxcnstieni cjue le Koi, pour mieux défendre ses alliés, « ne refuserait pas de se charger de la g^arde de quehpjes places, Benfeld, Ihi^aienau, Schlestadt, Brisach fsi Hrisach était pris) et autres principaux lieux d'Alsace au-de«;à <lu Hhin; Trarhach sur la Moselle et Kreutznach sur le Nahe », places qu'il ne manquerait pas de rendre dès que la paix serait faite. Feuquières devait aussi offrir une pension à Bernard de Saxe-Weimar, à (\u'i le cardinal eût voulu faire donner le commandement suprême des troupes (2).

L'envoyé français vit Oxenstieni avant l'électeur de Saxe. Son avis fut que la guerre serait mieux conduite par le sage chancelier que par l'Électeur, qui était porté « aux plaisirs, au repos et au vin », plein d'envie et de haine à l'égard « de toute puissance étrangère, même auxiliaire de l'Empire ». Par les soins de Feuquières, un traité fut signé à Heilbronn, le 13 avril 1633, entre Oxenstiern et les cercles supérieurs d'Allemagne : Palatinat électoral, Franconie, Souabe et haut Rhin. Le chancelier, aux termes de ce traité, devait présider un conseil nommé par les cercles ; il aurait la direction de la guerre, cette guerre sainte qui allait défendre les libertés germaniques, conserver la religion et rétablir la paix ! Les Suédois voulaient bien se contenter « d'une satisfaction » cjui leur serait accordée lors du règlement général et

(1) Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd. Pelitot, t. IV, p. 274.

(2) Voir les Instructions données à Feuquières avec toute la suite de la négocialioa el les sages vues dOxensliern, dans Lettres et yégoiialions du Marquis de feuquières. 3 vol. in-12, Paris, 1753.

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