‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 170 sur 172 · LA FRANCE ENTRETIENT LA GUERRE SANS LA FAIRE · texte numérisé non relu

LA FRANCE ENTRETIENT LA GUERRE SANS LA FAIRE

dont leurs conquêtes présentes, qu'ils étaient autorisés à garder provisoirement, seraient le gage.

Kichelicu, négociant partout à la fois, cherchait à atteindre les buts, parfois opposés, de sa savante politique. Tandis que Feuquières, en Suède, traitait avec les Suédois, Saint-Étienne essayait d'entraîner le duc de Bavière dans l'alliance des électeurs de Saxe et de Brandebourg, et^ Charnacé, à La Haye, s'efforçait d'empêcher la trêve qui se négociait entre les Hollandais et les Espagnols. Le cardinal l'avait môme chargé de sonder les intentions des Hollandais, pour le cas où le Roi consentirait à rompre ouvertement a\ec les Espagnols. Négociation fort secrète, qui se faisait entre le prince d'Orange et « un ou deux commissaires, confidents de MM. des États, cette affaire ne pouvant se divulguer sans se ruiner ». Richelieu avait même remis à Charnacé un pi-ojot de j)artage des futures conquêtes : la France recevrait « le Ihiinaut, l'Artois, le Tournaisis, Lille, Douai et Orchies, la Flandre gallicane, qui consiste en Gravelines, Dunkerque, Ostende, Nieuport et le Namurois, une partie du Luxembourg ». Les États acquerraient i< le Brabant, Malines, Limbourg, la Frise, la (iueldre, une partie de la Flandre impériale, ([ui contient depuis la rivière de l'Escaut jusques en Hollande (1) »; on leur attribuerait aussi ([uelques villes du Luxembourg et du Namurois.

Les Etats de Hollande, qui s'enrichissaient à piller 1 immense proie espagnole, prêtaient une oreille attentive au langage du tentateur : ils consentaient que toutes les places qui seraient prises en Flandre, demeureraient au Roi; ils ofiraient d'en commencer la conquête tout de suite; ils n'y demandaient rien pour eux. Le cardinal savait, de plus, que des seigneurs du pays étaient prêts à livrer au Roi Bouchain, le Quesnoy, Avesnes, Landrecies, quatre places bonnes et importantes, conjointes sur les frontières de l'Artois. Ces « personnes considérables » parlaient, — le mot est de Richelieu, — « de susciter une grande révolte contre l'Espagne et déclaraient que, si on perdait l'occasion présente, on ne la retrouverait plus, parce que telles occasions

(1) Avenel, Leltves du Cardinal de Richelieu, L IV, p. 42i-425.

430 EST-CE L'HEURE DE REPIŒNDRE LE (iRAND DESSEIN?

<^taiont chauves et que ceux qui se voulaient rendre au Hoi n** voulaient pas Hro en une perpétuelle attente capaMe «le les j)ordre » (1).

« Il est ccHain (jue !«' feu Hoi n'eût j)aH j)erclu cette occa>iion »», (lisait Hichelieu à Louis XIII en ces preniiei-s jours de l'année 1033. Mais le cardinal avait toujours cette préféience sourde pour une paix infinintent nioiiis onéreuse et qui pouvait apporter les mêmes avantages : « Il faut regarder au trnips on l'on sr trouve », ajoutait-il avec une élo<pience vive et précise, l'eut-on seulement songer & un tel dessein, quand Je Roi est sans enfants et que Monsieur, héritier prés()nq)tif. attend sa mort en Flanilnauprès de la Heine mère; (juand le Hoyaunie ne peut secouei cette pensée qui l'obsède : le Roi se porte bien, mais s'il venait à être malade? Le cardinal dépeint à Louis XIII la guerr< s'éternisant avec ses inquiétudes et ses travaux infinis, la lutte aux frontières formant le Hoi à s'absenter de Paris, l'épuiscuM'iif des finances, la colère des « cagots », furieux d'une gucri» déclarée au Roi Catholique. Et, tandis que le Roi est occupé à mouvoir trois armées sur trois théAtres différents, en Picardie en Champagne, en Italie, que faut-il att('n<lre de MM. «If- Savoie et de Lorraine? Ils s'appiétent k trahir.

En France, à cette heure, il y a « peu de chefs propres à la guerre ». Les Français sont « impatients de guerre », mais également de repos. Que le Roi considère « le dégoût <le ceux qu'on emploierait et la jalousie de ceux qui seraient délai.ssés » : les uns et les autres capables de succomber aux offres de Monsieur. Le ministre n'oublie pas que les gouveineuis des provinces et de^ villes sont peu sûrs; il connaît leur vaarice, leur légèreté, leur désir de vengeance, — car tous ils ont senti le poids de sa main de fer. Le cardinal ne l'ignore pas non plus, comme tous les subordonnés, ces gouverneurs ne pensent qu'à s'assurer les chances de l'avenir, ils auront toujours les yeux tournés >ers l'héritier de la Couronne. A la moindre défaite, au moindre accident, quelle clameur contre les auteurs de la guerre I Si alors, par malheur, le Roi est malade, toute la France repro-

(1) Mémoires du Cardinal de Rkheliexi, éd. Pelilol, t. VII, p. 354.

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