JALOUSIE DE LOLIS XIII
l'aire les trois révérences, loi'sque soudain il se jette à .tieuoux. La comtesse de Lannoy, dame d'honneur des plus mùi-es, lui avance un siège, lui commande de se relever; il i*efuse, « puis s'adi-cssant à la Reine, lui dit tout haut les choses du monde les plus tendres. Mais elle ne répondit que par des plaintes de sa hardiesse -. Avec une colère, feinte j)eut-étre, « elle lui ordonna sévèrement de sortir ». H ohéit, reparutle jour suivant devant elle, en pivscncc de toute la Cour et partit à la tin, mais «. bien ir.solu à i-evenir en France le plus tôt <|u'il lui serait possible ».
La rumeur de ces scènes éti-anges arriva jusqu'au Hoi, qui ne tarda pas à disgracier, du moins poui* un temps, les principaux '<■ domestiques » de sa femme. En vain, .Maiie de Médicis, revenue A Fontainebleau avec Anne d'Autriche, dit >< au Roi «pie tout cela n'était rien, que, quand la Reine aurait voulu mal faiit\ il lui aurait été impossible, y ayant tant de gens autour d'elle ([ui lobservaienl et qu'elle n'avait pu empêcher (pie le duc deBuckiugham n'eût de l'estime et môme <le l'amour pour elle. Klle rappela de plus quantité de choses de cette nature tjui lui étaient arrivi^es (à elle, la bonne dame) dans sa jeunesse ->, — et dont, vieillissante, elle concevait sans doute (juelque lierté. « Os raisons, \})lique La Porte, n'éteignirent pas la jalousie du Roi.
Klles n'eussent pas éteint «lavantage celle de la comtesse de Carlisle (1), qui avait été passionnément aimée du duc «le Ruckingham. Si l'on on croit La Rochefoucauld, l'altièi-e Anglaise résolut de se venger d'Anne d'Autriche. Kspionnc placée par Richelieu en Angleterre auprès du favori, elle aurait es.sîiyé de j)er(lre la reine de France en servant le cardinal : ■<■ Le duc «le Huckingham, raconte l'auteur des Mouimes, était galant et magnifique ; il prenait beaucoup de soin de se parer aux assemblées. La comtesse de Carlisle, qui avait tant d'intérêt de l'observer, s'aperçut bientôt qu'il atl'ectait de porter des ferrets de diamants «pielle ne lui connaissait pas : elle ne douta point que la reine de France ne les lui eût donnés; mais pour en être encore plus assurée, elle prit le temps, à un bal, d'entretenir en particulier
i; Lucy Percy, comtesse de Carlisle (^1599-1060).
40 l»KTnT:S CAUSES, GIUNUES CONSÉQUENCES.
le duc (le Huckingliaui et do lui couper Ioh ferrcti», duuM le <lei»ii>eii» de les envoyer au cardinal. > |^(> duc de Huckin^'hniii s'a|»er<;ut du vol le soir iiièiiu*. L'auteur n Vu pouvait être <[ue la coiiilesiM» «lo Cai'lisle : (juclqucs heures encore, et les ferrcts .seraient auv mains <le Richelieu, la Heine perdue. « Dans cette extrénlit«'^ il «léjM-cha à l'instant même, continue La Uochefoucauld, un ordre de fermer les jjorts d'Angleterre et dcfendit que personne n'en sortit s<jus (luchjue pi'étexte (jue ce piU être, devant un temps qu'il mar<|ua. Cej)endaiit il fit relaire (»n dilif^ence des l'errets sendduhlcs éi «eux qu'où lui avait pns et Ick envoya à la Iteine en lui rendant compte de ce qui était arrivé. Cette précaution <lc fermer les j>orts retint la comtesse* <le Carlisie et clh' vit hien «pie le duc de Burkin^'liam avait eu tout le temps dont il avait hesoin pour prévenir .sa méchanceté. La Reine évita de cette sorte la vengeance de cette femme irritée et le cardinal j)erdit un moyen assuré de convaincre la Reine et il'éclaircir le Roi de tous ses doutes, puisque les ferrets venaient de lui et (pi'il les avait donnés à la Reine. »
Il est difficile d'ajouter foi à cette romaues^iue histoire, qui prohahlement courait les ruelles, que le Roi connut {ieut-êti-e. qu'Alexandre Dumas a développée et rendue iM>pulaire. Quoi qu il en soit, le souvenir «le Ruckincham pesa pendant tout le i^'g-nc sur les relations du Roi et de la Reine. Le désir passionné cjue manifestait le duc de revenir en France, la ferme volonté du Roi de l'en empêchera tout prix, la jalousie que ressentait le cardinal, gardien vig-ilant et quelque peu omhrae-cux de la vertu d'Anne d'Autriche, ces sentiments divers contribuèrent à linefticacité «\o l'alliance dont Richelieu était si fier.
A Boulogne, la tempête avait cessé. Le 22 juin, sur le coup de midi, deux cents voiles couvraient la mer, escorte magnifique du navire qui conduisait la nouvelle l'eine d'Angleterre à son époux. La voici qui met le pied dans une chaloupe : elle es-t un peu intimidée à la pensée de naviguer sur la mer, car jamais, obsene le chroniqueur du Mercure, <( elle n'a été dans un air si gro.ssier ».
Se présentent d'abord les envoyés de Charles, le duc de Buckingham, les comtes de Holland et de Garlisle, les ambassadeurs
HENRIETTE-MARIE EN ANGLETERRE. 4f
«le France ortiiuaire et extraordinaires, le comte tie Tilliéres, le^ <iuc de Chevreuse, MM. de La Ville-aux-Clercs et dEfliat : puis i'innoHibi'able suite française de geutilslioumies, de secrétaires, <l «'*<uyers, de valets de cliainhre, de médecins, de musiciens, »k- «laines et de femmes de cliandjre; le j4ran<l aumônier. M. tle I^i Mothe-lloudancourt, évè(jue de Mende. accompagné des prètiTts nombreux autorisés pai* le contrat. — une armada ecclésiastique, selon l'expression pittoresque et maheillaute de Michelet. I^ chaloupe de la Heine s'est irlissée entre les vaisseaux: les nimes hautes, elle accoste le Prince, le vaisseau amiral.
Ix' chroniqueur du Mercure la décrit avec la même admiration ((ue les rej>orters d'aujourd'hui nos palaces flottants : « C'était, dit-il, un des plus :j;i'an<ls vaisseaux qui se voient sur l'océan, car, j»our ne j»arler des antichand>res et cabinets, il y avait trois salles de plain-pied et trois étag-es au-dessus; ce vaisseau était emichi, de<lans et dehoi's, de mille peintui*es et tapisteries. ^ Des concerts et des chœui's s'apprêtaient à charmer les longues heures de la traver.sée.
La petite Heine emportait comme viatique un atlectueux billet de son frère : « Ma sœur, lui disait Louis Mil, voici un long \ oyage pour vous et qui vous «lurera beaucoup, étant éloignée de moi. Mais deux clioses vous peuvent bien consoler : le lieu où vous êtes et l assurance ([ue je ne vous aime pas moins pour votre ab- M^nce. Si je ne vous écris plus souvent, je ue laisse de penser à \ ous et <1 être en désir de vous faiiv comiaitre mon attection par des témoignages «le ma bonne volonté (1). »
Trois heures après avoir (juitté Boulogne, Henriette déijarquait
Douvres. Tue chaise l'attendait sur la plage. |>our la transj)oi'ter au château, u vieux bâtiment fait à l'antique », dont le formidable «lonjon se «Iressait là-haut sur la falaise. Comme on comprenait (jue l'ancêtre «le la Heine. Louis VIII le Lion, eût échoué en 141 G contre pareil bloc de tours! Kt cond>ien ce premier logis ]mrut lugul)re à une princesse qui revoyait en esprit les sites riants de Saint-Germain et de Fontainebleau, le luxe harmonieux du Louvre
(t) K. Griselle. Lettres de la i>Krm de Louis XIII. t. 11. p. 398.