‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 28 sur 172 · ECEPTION EN AV.I.KTRHRK · texte numérisé non relu

ECEPTION EN AV.I.KTRHRK

p.ii- autre voie aiix lins i\o Sa Miyy'siv. Sa rol»<» !<• rnidait NUMfM-M-t aux liuffiicuots. Il (Hait donc n<M-fswiirc «iii'il kc condiiiKlt *ni mirl* <ju'ilK ciiisscnt qu'il \o.uv l'tiiit lavomblf. -

N(* cosKant jamais <lr» nr'fro<i(M'. fiU-op n\rr srs plus nnut»-!». <'.nncniis, \r. cardinui avait justilir sa nia\ini<* : < L<'s iiK-ilU-un* néfrociatoui-s sont ceux qui niarclicnl franclwniont «-t •»«• s<Tvc»nt <lo la bontr do leurs esprits pour s'enqiècher d <Mr«' sur|»ris, " Kspairnols. j»rot«'stants. An&rlais. Ricliclicii a\ait ronduit t^'s ;ulvei*s<iii'es <*t niruu" s<*s ;«lli«'>« n*'!-^ !<• Iml «|ii il «.«• |»r'»»[M»sait pour le hien «le la France.

H est vrai que. dans la ^'^rande Ue liritaindque. les cat)ioliqu<*«* 11 obtiennent pas une entière sntisi'action. Mais ctait-cc bien l'objr't principal tie la décision prise en laveur du niarijiire d An^'Jelerre?

Henriette de France k Londres.

Henriette de France était la première victime de cette politique d'État. Tillières avait surpris sa première désillusion, dès qu'elle avait mis le ])ie<l sur le sol de l'An^deterre. en ce triste cliAteau de Douvres, où son éjjoux était venu la recevoir : ■ KUe trouva, raconte l'andiassadeur, (|u'elle s'était trompée au corps; l'ayant un peu entretenu, elle jugea quelle l'était encore davantag<' en l'esprit. ») Pourquoi ce roi-frentilbomme, de troût délicat, de belles manières, bien «litlerent du cuistre couronné «ju était sou ])ère, commen(;ait-il par faire un atiront à sa jeune femme? Au départ de Douvres, dès avant la nuit de noces, il avait exigé que ]y|n>e ^jg Saint-Georges (^1), la sage dame «l'bonneur que Marie de Médicis avait placée auprès <le sa fille, descendit du c^irrosse de Ja Reine, où n'avaient pris place que des Anglaises protestantes. Henriette, se voyant comme étrangère au milieu de ce carrosse <le iadies, s'était mise à pleurer. Ses larmes n'auraient eu aucun pouvoir sur son époux sans l'intervention des andjassadeurs de france. Douleur enfantine, (|ue le grave Tillières estimait exact) Jeanne de Harlay. dame de Saint-Georges, fille de la baronne de Montglat. qui •avait été gouvernante des enfants de Henri IV.

HENRIETTE MAHIE A LONDRES. 59

frm'c, liiais (jui laissa Heni-iette ilaiis un sentiment de va.eriie tristesse.

Sa mélancolie nétait ])as dissipée le soir tlu deuxième jour, lors({u'elle atteifrnit, à l'emhourhure de la Tamise, à Gravesend, io chAteau de la duchesse de Lennox ; elle n était pas dissipée le lendemain, loi*s(ju'en vue «le la flotte pavoisée qui tii-ait en sou honneur quinze cents eoups de canon, elle s'emburqua sur la Tamise couverte des harques de la noblesse d Wns-letcn'e et du commerce de Londres. Le ciniir jfros, elle s'installa j>rès de Charles, dans la confortable chandire d'un vaste bateau plat à voile carrée, la barg-e i-oyale : « Tout le voyage jusqu'à Londres, constate l'ambassadeur de France, fut du même air. » Le curieux sj>ectacle qui se déroulait de cha<|ue c6té du naviiv. les maisons «le campagn<' «jui embellissaient les rives, les entn'|M'its qui ne tardèrent pas à les encond)i"er, annonçant Tapprocbe de la capitale, la forêt «le niAts qui couvrait plusieuiN milles, rien ne «léridait la Beine. L«' ciel «Kailteurs était lounl et menaçant. Mul ■«livei-tissement, îiulle gentillesse à Tarrivj'c «le Henriette, saluée seulement par lartillene de cent vaisseaux <le guerre, le fracas ■des boites et le canon de la Tour. Klle regai*dait «fun »i?il terne et i*éveur la sondji-e et massive silhou«'tte de cette Tour, les lines flèches des églises, les hautes fa«;a«les des palais émergeant «le l'immense ville qui s'éten«lait le long «lu tleuv»' : maisons entassées à ]>erte de vue, « amas de bois et de plAtre », « méchantes petites fenêtres, étages bas, qui allaient en élargissant les uiik sur les autres, tout cela de travers et paraissant prêt à trébucher [i) ». Dans la plupart «le ces logis, une hôtesse redoutable : la peste. Ce cpii rendait l'arrivée plus triste encore, <''était la pluie, une pluie chaude et torrentielle noyant la ville.

Kn dépit «le l'averse, d'innombrables baripies. drapf'es de riches étoffes, se mirent à faire cortège au navire du Koi. Les spectateui*s, massés, malgré le mauvais tenqjs, sur les pontons .qui se pressaient le loug «le la rive, se montraient les uns aux autres, à l'intérieur de la barge royale, les deux époux vêtus «le

(1) Misson, Mémoires et ubseriuiliont fuites pur un rotjnijeur en Angleterre, p. L»9l-'>9».

6(> TKISTKS NOCKS.

vert (1). DfîH acclainatioiis moiitorfnt <lii rivuK'' '"< II<Mirir'tto. ciitiii tin'*c lie sa rôverie, temlait les maiiiH par les feiit^tres oiiverten. pour répondre à ces acclamations. Le navire s'nvan«;ail vers le ])ont «le Londres, j)ont ^i^antcs<|U(^ de vin^»-! arches, dfint l'une s'ouvrait pour laisser passer les ^"^rands vaisseaux et <iont les dixneuf autres supjtortaient une véritable rue l>or<léc par les niaiMiUs de <iuel({ues riches marchands. La Heine dut renianpier. spectacle fort peu réjouissant, une (juarantainc de tètes <le moiis. — t<iulr'«» de qualité, — (pie le hourreau avait tranchées jadis a la suite de divei-ses insurrections. Mais déjà le navire franchit le pont. Il jette l'ancre devant S<nnei"sct lieuse, dont le jardin finit à la rivière, — ce Somei-set llouse que le lord protecteur du même nom avait commencé en l.'iVîL trois ans avant d èti-e décapité, et qui, devenu pro]>riéte <le la Couronne, avait été la résidence de la feue Reine. Henriette met le pied sur le rivage, toute menue à côté «lu Roi. qui seudde joyeux : « Klle parait si jeune, dit un spectateur, (pi'elle jieut encore ^'^raiidir. »

KUe peut encore s'étonner. Étonnement à .Somerset House. où le Roi la conduit, «levant le fcJ'anil lit de parade «fu'on a préparé ]»our elle. .• si anti(pie ». — c'est un de ceux de la reine Éli- .sabeth, — « «jue les courtisans les plus vieux ne se .souviennent point d'en avoir jamais vu la mode de leur temps -•. Étonnement «louloureux, lorscju elle apprend le soir ([ue l'on a, — «Ion étraiifre de joyeux axènement, — <( recommencé les cruautés contre lescatholiques, renqdi les prisons de leurs pei"sonnes. les encans de leurs meubles et le lise de leui*s biens (2) ».

Cependant la peste <lévorait catiioliques et j>rotestants : jdus de sept mille en une semaine. La Cour s'enfuit à Hampton Couil, le vaste cliAteau de briques, aux murailles crénelées, qu avait Lâti, un siècle plus tôt, le cardinal Wolsey. puis à Xonsuch. à Woodstock près d'Oxford, où devait s'ouvrir le Parlement. Tristes noces présaijeant un triste règne. Cependant Henriette recevait cet optimiste billet de son frère : « Votre lettre du mois passé me confirmant l'axis qui m'avait été donné de votre

(1) Comte de Raillon, Henrietle-Moric de France, Jieine d'Anfjlelerre, p. 60.

(2) Mémoires, l. V, p. \V.\.

LA RANCUNE DE BLCKINGHAM. «f

il<jii\ et lavoral>lo passage en Aug-leterre renouvelle la joie très grande que jen ai rerue. J'espère dun si bon ooniniencemeut foutes choses heureuses en leurs suites ' 1 . •

Le cœur envenimé du favori.

Le dur «le IJuckinghani trenihhiit (pic le crédit de la Keine ne i-uinAt le sien. A IIani])ton Court, il tenta dV'pouvanter Henrietle : • Kilo serait la ])lus niallieureuse princesse <le la terre, si elle ne voulait vivre avec plus <le gaietc avec le Koi. Quant à lui, il savait bien «pi'elle lui voulait mal; mais cela lui était indill'éifut, jiourvu «piil liU en la bonne grAce de son maître. > Il revenait !<• I<>ii«lem<iin et la priait de remplacer ses dames du lit, M™*" de Saint-(ieorges, de Tillières et «le Cipierre, par des dames qu'il avait choisies, la duchesse «le Huckingham, sii femme, la comtesse ^le Henhigh, sa so'ur, la iiianpiise de Hamilton, sa nièce. La fille <le Henri IV avait tout le charme de son père, quand elle était de bonne humeur. Ce «pi'elle ne perdait jamais, c'était son esprit et sa resolution. Klb* répondit par un refus. Ituckingham insista; les ainbassadeui's de France s'en mêlèrent, le grand auniAniei* aussi. Hucking-ham, tinalement rebuté, ne s'en montra que plus odieuv.

Le favori <l«Mnan«le au Parlement «les lois nouvelles contre les «atholiques. Le Parlement, «pii le hait, répond qu'il faut « garder les j)romesses <iue l'on a faites à Sa Majesté Trt*s Chrétienne » et, .< si elles sont contraires au bien et aux l«3is de l'État, châtier «•eux (jui les ont acconlées ». Hattu de ce côté, le favori revient importuner la Keine à Titchlield, «1 autant plus insolent que le Boi chasse aux environs de Newfoi*est et ne paraîtra à Titchfield que le samedi, rnjour, Buckinghani annonce à Henriette « qu'elle ne sera plus trait«''e en reine, mais comme elle le mérite )> : eUe répond avec «louceur «pi'elle ti*ouvera bon tout ce qui lui viendra •«le son époux. Vn autre jour, il lui reproche de « vivre en petite <lemoiselle et non pas en reine »>. La réplique de Henriette n'est

(1) E. Griselle, Lettres de la main de Louis XIII, t. Il, p. J99.

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