PROGRAMME POLITIQUE DE RICHEUEU
à sa place, il prend ses contacts de toutes parts, les yeux mi-clos, le geste décidé, cette main en avant que lui donne le portrait de Philippe de Champag-ne,
Dans les loisirs de la disgrâce, il a analysé les maux du Royaume et les causes diveises qui, pour le moment, empêchent la France d'occuper en Europe la place qu'avait rêvée pour elle Henri IV. Déjà sont fixées en son esprit quelques-unes des idées qui dirigeront sa conduite (1). Happelous la fameuse déclaration adressée pai- lui au Roi, heaucoup plus tard, quand il écrivait le préambule du Testament politique : « Loreque Votre Majesté se résolut à me donner en même temps l'entrée de ses conseils et grande part dans sa confiance... je lui promis d'occuper toute mon industrie et toute l'autorité qu'il lui plaisiiit de me donner, poui' ruiner le parti huguenot, rabaisser l'orgueil des grands et relever son nom dans les puissances étrangèi*es au point où il devait être. »
Kt c'est, précisément, ce programme qu'il s'appli(|ue à exécuter. Ou a mis en doute l'authenticité de la phrase que les historiens du xviii* siècle lui attribuent : « Le Roi a cliaugé de Conseil et le Conseil de maximes. » Ce qui n'est pas <louteux, c'est que telle était bien sa pensée et telle était la confiance (ju'il avait en soimême. En ellet, au moment où il se débarrasse de La Vieu ville, il s'exprime en ces termes dans une lettiv qu'il atb'esse, sous le seing royal, à M. de Martfuemont, andjassadeur aupi*ès du Saint- Siège : « Cela serait peu (le changement de nnnistère), si je n'avais résolu d'établir un tel ordre en mes affaires ([ue mon Royaume viendra à reprendre sa première splendeur et puissance, empêchera les desseins que plusieui's conçoivent contre la liberté
(1) Lepré-Balain donne un détail qui précise le temps et les circonstances où l'évëque de Luçon et le Ptre Joseph s'appliquèrent ensemble à se faire une opinion sur les grandes allaires eurojiéennes : « Le cardinal di* Richelieu qui avait l'esprit généreux et cupide d honneurs, ne voulut pas permettre que, durant son adininislralion, ce Royaume fui humilié;., il prêta l'oreille aux avis et ouvertures que lui proposa le Père Joseph, non de déclarer la guerre, à quoi jamais il n'a pensé, mais de se forlilier de plusieurs ajliés, et ceci ensuite de plusieurs conférences qu'ils avaient eues ensemble sur ces matières, n étant encore qu'écéque de Luçon, demeurant à ses prieurés des Roches et de Coussé (Coussay, v. t. I, p. 117), où le Père Joseph te voyait souvent, ayant dès ce temps yrande habitude avec lui » Op. cit., anno l«)25.
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j)iil)li(|ue, inoi-inôiiie étant porté à défciuln' les aiiciciiH alliét* <!<• ma Couronne et à ni'unir à eux pour le l»ien de la chrétienté (1). » Comment ne ])ns relever aussi ces (pielf|U('s mots (pii tombent de la j)lumc (lu cardinal, <lans une autre lettre au même andiasKadcur : « J'essaierai au moins de faire dire vrai à ceux (|ui estiment que j'aime la religion, le Roi et l'État »?
Ne revenons ])as sur les circonstances qui ont liln re iiiclielieu de la présence, si encond)rante dans le Cons<Ml, de ce pauvre La Vieuville (2) et passons en revue, comme il le fait, le« pivrnières grandes affaires qui se saisissent de lui et (|ui sont propres à 8a nouvelle fonction, le secrétariat d'Ktat des Affaires étrangères.
Il retrouve sur la table cette alfaire de la Valteline cpii lui a été si pénible au moment où l'assassinat du maréchal d'Ancre le chassait du pouvoir (3). Rien de plus complexe ni de plus grave, car du parti qui sera adopté dépendra l'attitude de la France dans la crise où se débat rKuroj)e; rien de plus urgent, car rand)assadeui' du Roi près du Saint-Siège, le chevalier de Sillery, s'est laissé glisser dans la main (sans le signer heureusement) un projet d'accord qui résoudrait la difficulté au profit de l'Espagne. Il faut donc se prononcer et décider si on rompra ou si on négociera.
Mais de l'un ou de l'autre parti quelles seront les conséquences? Le problème doit être considéré dans son ensemble.
Sur la nature et le résultat des réflexions du cardinal, en cette période liminaire, nous sommes renseignés par deux documents, l'un daté de mai 1624, alors qu'il arrive au pouvoir, et l'autre de mai 1625, alors qu'il y est consolidé. Ces deux témoignages intimes nous permettent de saisir à la fois l'élan des premiers jours et le temps d'arrêt que lui impose bientôt l'expérience.
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. 11, p. 22, et ibid., « dernier septembre » 1624, p. 36.
(2) Les reproches faits à La Vieuville et qui ont décidé le Roi à le renvoyer durement, sont résumés dans la lettre qui vient d'être citée, Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. II, p. 21, et dans la leUre du Roi « sur l'éloignement du marquis de La Vieuville », ibid., p. 25.
(3) Voir l'exposé de l'aftaire de la Valteline, dans : Histoire du Cardinal de Richelieu, t. II, p. 395-402.