‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 30 sur 172 · LE RENVOI DE LA MAISON FRANÇAISE · texte numérisé non relu

LE RENVOI DE LA MAISON FRANÇAISE

mieux toucher sous forme de pension les sommes que vous trouverez convenables. — Oubliez- vous à qui vous parlez? — Je suis la plus misérable des femmes, puisqu'on me l'efuse de pouvoir donner des terres à mes serviteurs; me croit-on de si mince ([ualité «ju'on puisse me traiter de la sorte? (1) »

l/attitude froide et autoritaire de Charles, dans les scènes de ce genre, n'était pas le moyen de faire cesser les « récriminations passionnées » de Henriette: en procédant « de la sorte », le f{oi no pouvait obtenir quun silence momentané : (|uaiul un orage était apaisé, un autre mena<,'ait à l'horizon.

En vain le grand aum«*)nier, M. de La Mothe-lloudancourt, évoque de Mende, tpii est allé en France rendre compte au cardinal, revient avec les instructions les plus conciliantes; en vain Henriette accepte les dames <lu lit que nommera son époux et les officiere qu'il lui plaira <le choisir : Huckingham n'en sait gi"é ni à révécjue ni à la Heine, Il est fort de l'alliance conclue avec les Hollandais; il a su i*endre inotlVnisifs les membres du Parlement, empi-isonnés, bannis ou j)ounus de charges qui les l'uinent et qu'ils ne peuvent refuser. Il est le maître absolu du faible Charles. Certain lundi de l'été 162G, après le dîner, le voici dans ra]>partenient de la Heine avec le Roi. Henriette se divertit avec les dames. Sous les yeux de son favori, qui sans doute lui a dicté sa conduite, Charles prend sa femme par la main et l'emmène. Henriette est maintenant dans la chambi'e de sou époux; elle voit Charles congédier tous les témoins de la scène et fermer les ])ortes à clef. Le Hoi lui signifie sa volonté ou plutùt celle de lUickingham, l'expulsion des Français qui conq)osent sa maison : « Je ne veux plus de ces gens qui vous entourent; ils m'empêchent de vous posséder tout entière. » Klle fut si surprise, racontent les Mémoires de Richelieu, (juclle tomba ])ar terre et fut longtemps sans parler. Revenant à soi, elle éclata en cris qui étaient capables de faire fendre les rochei*s. EUe se jette en terre, embrasse les genoux du Roi, lui baise les pieds, lui demande pardon pour les siens, s'ils l'ont offensé, le fait souvenir des pro-

(1) Comte de Bâillon. Henriette- M a rie de France, p. 85, note. Voir le récit de Charles 1", publié par Disraeli.

66 OKSKSPOIH l»K HKNHIKTTK-MAlilK.

II1CK8CH poi'tées |)iii' Sijii contrat <l<' inaria^'c rt de m's Hornientdont Dieu est le vengeur. »

Su[)i»lications inutiles. I.cs ordres sont <lonn<''s. déjà I liôt<-l de Soniei'sct ouvre ses portas pour recevoir les Imnnis. I,a Hein»désespérée, entend les lanicntations de ses tilles (|u<' Ton rliass< La clameur augmente, se rapproclie et soudain retentit dans la petite cour intérieure, là, sous la fenêtre, Henriette bondit, hriles vitres de la tête, s'accroche déscspéréinent an\ grilles, s* montre une dernière l'ois à ses lillcs d'lionn<>ur. Mais le troupeau gémissant est vite chassé. Dans la chambre, le Uoi arrache la Keine des grilles, qu'elle refuse de lâcher, qu'abandonnent enfin ses doigts meurtris. Il n'y a plus personne ponr ri'jKindre aux plaintes de Henriette; des gardes entourent 1 appartement, l/évôque de Monde lui-même doit renoncer à la voir: elle ne peut plus communicpier avec son grand aumùnier que j>ar de brefs billets. Voici la lettre où s'exhale son désespoir : « Monsieur «le Mende, je dérobe \e taiit que ^v puis pour vous écrire, bon me tient comme prisonnière, que je ne j)uis })as parler à pei-sonne. ni le temps d'écrire de mes malheui*s, ni de me plaindre seulement. Au nom de Dieu, ayez pitié d'une jiauvre princesse au désesj)oir et faites quelque chose h mon mal. Je suis la plus affligée du monde; parlez à la Reine ma mère de moi et lui montrez mes malheurs. Je vous dis adieu et à tous mes pauvres officiers et à mon amie Saint-Georges, à la comtesse de Tillières et tous, fenime>> et filles, qu'ils ne m'oublient i)as, je ne les oublierai pas aussi, et portez quelque remède à mon mal ou je me meui's. Je ne puis. Adieu, cruel adieu qui me fera mounr, si Dieu n'a pitié de moi.

Cependant quelques-unes de ses femmes ou de ses filles sont rentrées auprès d'elle, car la Reine, au milieu des Anglaises, a déclaré, en sa douleur, qu'elle « ne mangerait ni ne se coucherait qu'on ne lui eût rendu ses dames ». On lui rend la duchesse de La TrémoïUe, qui est protestante, sa nourrice Françoise de Montbodiac, sa première femme de chambre M"' de Ventelet: mais on lui refuse son confesseur le Père de Sancy. Voyant quelle ne veut pas recevoir deux prêtres suspects qu'il lui offre, le Roi lui donne le Père Philippe, un Oratorien écossais qui a souffert

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