‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 36 sur 172 · COUP MANQUE · texte numérisé non relu

COUP MANQUE

fourreaux, le cardinal serait, coinnie pai- hasard, égorgé. Ghalais avait confié ce beau projet à sou oncle. Le commandeur lui avait repi'oché l'indignité de sa conduite, le menaçant «laller tout révéler au cardinal, s'il ne le faisait jkis lui-même. Finalement, ils avaient pris le parti de venir ensendile à Fleury.

Kichelieu écoute la confession, remercie ces Messieurs et les j)ric de la répéter le plus tôt possible au Roi.

Valençay et son neveu s'acquittèrent de leur mission avec diligence, car, vei*s minuit, trente gendarmes et autant de clievau-légers du Roi, saiLs compter tous les gentilshommes de la Moine mère, fort en peine de son cardinal, arrivèrent à Fleury. Les oflicicrs de Monsieur, qui venaient prépai'er le dîner, parurent à trois heures du niatin. Richelieu leur livra la maison, puis, escorté de vingt chevaux, il s'éloigna dans la direction de Fontainebleau.

.\ peine débarqué au cliAteau, il luontu dnut chez Monsieur. liaston, né «'n 1G08, était un petit homme de dix-huit ans. toujoui's dressé sur ses hauts talons, pirouettant et sifflotant. Quelle ne fut pas sa surprise en voyant entrer Richelieu dans sa chanii)re ! Le prince en était à son lever. Atfeetant hi reconnaissance pour l'honneur que Monsieur voulait lui faire en venant diner chez lui, le cardinal lui reprocha cependant de ne j>as lavoir averti : « Il lui eût donné à dîner, il eût fait au mieux qu'il eût pu. » Puisque Son .\ltesse avait préféré envoyer ses gens à Fleury, il s'était retiré discrètement. Tout en parlant, le cardinal s'empressait, tel un zélé courtisan, de donner la chemise h Monsieur. Tête-à-téte pénible pour le petit prince, qui voyait son beau projet renversé. La chemise passée et Son Altesse habillée, Richelieu se rendit chez le Roi.

Quels j)roj)os échangèrent aloi-s le niinistre et son maître ? Les discoure du ministre laissaient déjà pressentir sans doute la lettre qu'il écrivit au Roi quinze joui's plus tard, loreque la Cour eut (juitté Fontainebleau et qu'il se fut retiré au chAteau de Liniours, alin, disait-il, de se reposer. Richelieu, dans cette lettre, suppliait Louis Xlll « de lui permettre de \ivre doréna-

Page 1