‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 38 sur 172 · CHERCHEZ LA FEMME · texte numérisé non relu

CHERCHEZ LA FEMME

échapper : « En telles matières, disait-il. tels bruits sont d'ordinaire avant-cou l'eu rs des vérités. »

Il venait d'avoir un long entretien avec Louis Xlli, lorsque le maréchal d'Ornano, chef de la cabale, avait été arrêté sur l'ordre du Roi. Cet Ornano avait été, du temps de La Vieuville, enfermé au chilteau de Caen : gouverneur de Monsieur, il prétendait faire entrer le prince au Conseil dès l'Age de seize ans. Richelieu, devenu premier ministre, avait cru habile de rendre le gouverneur à son élève et de lui donner le bâton de maréchal de France. Il en était bien récompensé aujourd'hui. C'était pour sauver son gouverneur, arrêté à Fontainel)leau le ï mai, que Monsieur avait comploté le guet-apens du chAteau de Fleury.

(^Iiaiais trempait dans la conspii-atiou pour plaire à la fciuiiie dont il était amoureux, l'illustre Marie de Rohan, duchesse de Chevreuse, que feu le connétable de Luynes avait épous<'*e en l(il7. La connétable avait convolé en 1022 avec Claude de Lorraine, duc de Chevreuse, « très bon homme, de beaucoup desprit et de fort bonne compagnie, fort poli et fort magnifique et qui n'était pas né pour être guisard ». M. de Chevi-euse « pensait toujours comme elle et l'admirait en tout (1) ». « La taille ravissante, le charmant visage, les grands yeux bleus, les lins et abondants cheveux d'un blond ciuUain, le beau sein, la délicatesse et la vivacité, la grAce et la passion » de la nouvelle duchesse ont enchanté, au bout de deux siècles, l'imagination de Victor Cousin. La <luchesse enrôlait, à la cour de Louis Xlil, une légion d'adorateuis. Le cardinal lui-même n'était pas insensible à ses attraits, mais n'en faisait pas moins surveiller par <les espions la dangereuse sirène. S'il ne savait pas encore que Chalais l'avait pour confidente loi-s du complot de Fleury, il n'ignorait pas que M'"" de Chevreuse rendait Anne d'Autriche de plus en plus liostile au mariage de Gaston et de M"" de Moutpensier. il suivait de loin, avec une égale attention, les efforts du duc de Vendôme pour se proclamer indépendant en son gouvernement de Bretagne et faii*e valoir les droits que sa femme tenait de la maison de Penthièvre.

(I) Écrits inédits de Saint-Simon, I. VI. |>. 59.

76 LES « FKKÉS » CONSIMHliNr.

De sept et trois ans plus Afrt^s ({ue Louis XIII, O'tnar, duc de VendAino, et son îvh'c Alexandre, chevalier de Malte, ^'^rand prieur de France. «Haieiit fils de Henri IV o\ de fiahriellf d'KstnVs. Uuand on disait en 1(>()8 au haiijdiiii, né en HiOl : « Monsieur, ils sont vos frères », le futur Louis XIII, (jui les appelait /^^/^^ Vendôme et /"(^fé chevalier, répondait : « Ho! c'est une autre race de chiens! » Ce qui ne l'enipiVliait jias de |>l<Mirer à chau<les larmes si fé/é chevalier devait rejoindre en Hn'ta^rne /é/é Vewlôme. Parvenus à l'âpe d'homme, les deux légitimés de France avaient donne plus d'une marque d'insoumission à leur cadet légitime. Le cardinal était résolu de les niettn* hors d'état de nuire. 1^ difficulté était d'attirer à la Cour le ^'ouverneur «le liretîiKi"'. «P'i avait (juitté le Hoi en «lisant à ses intimes qu'il ne le reverrait plus qu'en peinture.

Par bonheur, le g-rand pneur, in([uiet d'avoir joue un rAh dans le complot avoi-té de Ficury, vient rendre ses devoii-s à Richelieu et le prie de lui obtenir lamirauté de France, dont le duc de Montmorency va se démettre. Richelieu cajole le jeun* homme, lui fait craindre que le Roi ne refuse une telle prrâcc au frère d'un prince qui « écoute troj) de jrens malintentionnés » et comme le grand prieur oflrc d'aller chercher le duc de Vend«'ini< en Bretagne et de l'amener pour qu'il se justifie, — à condition toutefois qu'il ne reçoive aucun déplaisir, — Richelieu répond : « Le Roi veut aller se divertir à Blois. Partez pour la Bretagne et venez à Blois. Quant à l'assurance que vous demandez, c'est au Roi de la donner. Il ne vous la refusera pas. » il ne la refuse pas en effet, mais il se sert de termes singulièrement équivoques : * M. de Vendôme peut venir à Blois, déclare-t-il. Je vous donne ma parole qu'on ne lui fera pas plus de mal qu'à vous. » Pour Louis XIII, Blois avec son château délicieux, ses terrasses et ses jardins, sa rivière de Loire qui s'attarde au pied de la colline et donne tant de charme au paysage, n'est pas un lieu de divertissement, mais une simple étape. Le Roi va à Nantes et c'est là qu'il entend afTemiir son autorité.

Quelque temps auparavant, Richelieu, prétextant sa santé toujoure languissante, était allé se reposer à ChaUlot (sur l'empla-

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