LES VENDOME PRIS AU PIÈGE
cernent actuel du Trocadéro) dans le somptueux log-is du beauj)ère de Chalais, M. de Castille, intendant des finances. Le g-eudre du niaîti-e de la maison l'y instruisait fort commodément des desseins du «lue d'Anjou et lui promettait de le servir.
Les Vendôme cependant arrivaient à Hlois. Le 11 juin 1G2G, tandis que Louis XIII se promenait dans les janlins du cliAteau, ils se présentèrent devant lui : « Sire, coniiucnça humblement le duc, je suis venu au premier commandement do Voti-e Majesté, pour lui obéir et l'assurer que je n'aurai jamais autre desseiu ni volonté que de lui rendre* très humble service. » ^ui douterait des bonnes intentions de Louis XIII? Le Roi vient de se décou- \ rir, il met la main sur l'épaule du duc de Vendùme, il répond du ton le plus aimable : « Mon frère, j'étais en impatience de vous voir, » « Voulez-vous, lui demanda-t-il pendant le souper, venir demain chasser avec moi du côté d'Aud)oise? » Le duc s'excuse sur la fatigue que lui a causée son long voyag-e eu poste, et le Roi répond avec courtoisie : « Je vois l)ien que vous vouiez voir vos amis. Je vous laisserai faire vos visites. »
Il tint j)arole, mais, le surlendemain, vers la lin de la nuit, les Vcndùme, logt^s au chftteau dans la même chambre, furent l'éveillés en -sui'saut et se trouvèrent soudain devant des pointes de hallobanles. MM. du Hallier et de Mauny, capitaines des liai'tles, à la tête de seize gardes du corps, s'appi'ochaient l'un du «lue de Vendùme, l'autre du grand prieur et faisaient connaître les oMres du Roi. Les deux frères ne disaient mot. Le duc, les yeux fixés sur le grand prieur, l'ompit le silence: « Hé bien, mon ïvin'Q, ne vous avais-je j)as bien dit en Bretagne qu'on nous arrêterait? — Je voudrais être mort et que vous y fus.siez, répondit le grand prieur. — Je vous avais bien dit, reprit l'autre, que le cliAteau de Rlois était un lieu fatal pour les princes. »
Quelques instants plus tard, au bas de l'escalier qui aboutissait à leur chaml)re, Mauny les faisait monter dans un can-osse du Roi qui les conduisit à la Loire, Les premières lueurs de l'aube éclairèM'ent bientùt sur le fleuve le bateau qui les emportait vers le chAteau dAmboise. On apercevait derrière ce bateau d'autres endjarcations pleines de soldats des gardes franeaise et suisse et.
78 MAINTENANT, CliALAIS!
sur les deux rivos, l'escorto de ^cndanneH de la g-arde, le« chcvaulégers et les iiiousquotaires.
Richelieu à ce nionicnt n'était pas avec Louîk XIII. Ne Hachant s'il pouvait ronj])ter sur la feniiot*'- du Hoi, mais certain de pou voir conij)tcr sur la colère des ^ran<ls, il «'tait resté au chAtean d« Limeurs, et môme il avait écrit une nouvelle lettre h LouiH XI II pour le supplier do le décharger du fardeau des atraires. I.< 9 juin, le Roi l'avait prié de consencr le pouvoir: « Tout. irrAiws à Dieu, a bien succédé depuis (|ue vous y êtes, avait-il répoixlu. J'ai toute confiance en vous et il est vi*ai (jue je n'ai jamais trouvé personne tpii me servit à mon pré comme vous. Assurezvous que je ne chan^'erai jamais et «fue. quiconque vous attaquera vous m'aurez pour second. >•
Le 13, il lui ainion(;ait l'arrestation des Vendôme et le priait dise rendre lï Hlois, si sa santé le lui peruu'ttait.
Le cardinal arrive. Ses espions ne tardent pas à lui apprend nque Chalais a été vu la nuit dans les 4;alei'ies du «liAteau de Hlois. allant en robe de chambre s'enfermer chez Monsieur. Chalais est demeuré de longues heures avec le prince. C'est que Chalais es( furieux des mesures prises contre le grand prieur, son ami. li excite maintenant le faible Gaston à la révolte. Le cardinal songe à faire arrêter Chalais lui aussi. Plusieui's voix lui conseillent la rigueur et notamment celle d'une de ses futures victimes, l'imprudent Bassompierre. qui lui reproche de « n'être pas dangereux ennemi ». Richelieu n'a pas besoin de se faire violence pour se rendre à de tels avis. Nul plus que lui n'aj)prouvcrait la fortf maxime qui fut celle de Nai)oléon : « Quand on dit d un l'oi que c'est un bon homme, c'est un règne manqué. »
Le cardinal cependant n'use pas de brutalité. Une de ses maximes favorites est qu'il faut négocier toujours. Il négocie donc avec ce Chalais qui le trahit. Des ambassadeurs officieux rappellent à Chalais sa promesse de bien servir, l'avertissent de (( n'estimer plus avoir de sûreté à la Cour sur la parole du cardinal ». On lui montre le mécontentement du Roi, l'abime où il se précipite. Mais il est trop engagé; sa passion pour la duchesse de Chevreuse ne lui permet pas de revenir en arrière : déjà le duc
L'ARRKSTATION DE CHALAiS. :o
d'Épernon et son fils, le duc de La Valette, ont été priés par lui de recevoir Monsieur dans leurs gouvernements de Guyenne et de Metz.
Mais recevoir Monsieui' on (iuyeune ou en Lorraine, c"e!»t retarder sinon briser le mariage qui doit se célébrer à Nantes. Procbes parents de M"" de Montpensier, Épemon et La Valette ne veulent pas contrecarrer un mariaere qui les flatte. Monsieur ne peut donc disj)oser de Metz, « cette porte de derrière (1) » sur laquelle il comptait. Monsieur avait écrit à Épernon. Épemon envoie au Roi la lettre de Mons eur. Cela ne suffit pas pour décider l'aiTcstation de Cbalais. Mais, suspect, il suffira du moindre incident pour le perdre. A Saumur, pondant le voya^re de Nantes, une quorollo s'élève au sujet d'une dame, entre Henri de Notrarot,duc ** do Caudale, et Roger de Gramont, comte de Louvigny. Chalais, ami commun des deux rivaux, donne tort à Louvigny et le conjure de ne pas se battre. Louvigny no le lui pardonne j>as. A Ancenis, il se venge. Il n'ignorait pas lo fond de l'intrigue do Metz : il révèle ce qu'il sait au Roi on poi'sonne et, pendant (pi'il y est, il ajoute do son cm que Cbalais a résolu d'assassiner le Roi, que Gaston et ses amis sor(int dans ranticband)ro royale pour assister l'assassin.
Le 8 juillet 102G, au obAtoau do Nantes, où la Cour était arrivée lo 3, où M"" de Montpensier aUait rejoindi-e la Cour, — le Roi, sa mèi-e et son ministre n'ayant pas renoncé à la nuirier avec le duc d'Anjou, — M. de Tresmes arrête le maître de la gai'do-robo oncoi'o au lit. Atterré, Cbalais ne prononce pas une pai'olo. Dire que tout était réglé, mémo l'beure du départ de Gaston pour Paris! Et maintenant... Un exempt entre dans sa cbambre, cbargé, dit-il, de veiller sur le prisonnier : « Je crains plus une longue j)rison que la mort, n'était l'ignominie », réplique Clialais. Lo f'^août, on le faisait descendre au fond dune des toui's du cbtVtoau.
Cbalais se sent perdu. Or, à cette beui*e même, Monsieur vogue joyeusement sur la Loire, au milieu de ses confidents. End)arqué j\ Saint-Nazairo avec la permission du cardinal, il se dirige, à la
(1) Mémoires, t. IV, p. 2i.
80 GASTO.N TliAllIT SES AMIS.
tôte (l'une llottiilc (jui poHo sa suite, vei"» la Hoche percée^ cctt< Uc de deux cents toises <lc circuit sous latiucllc, au bout il< rinniiciiso ostuairc. les flots s'«'n^oiiJIV«'iit dans !<• coidoii- di* piern qu'ils se sont creusr au coui's «Ifs sIitIos, Sur \\U\ des vols dr mouettes se posent, touriiillonnent dans un ^'rand imiit d'ailet» et do cris, s'abattent de nouveau. « Il y a tant d'oiseaux, constat) un favori du prince, qu'il est inq)ossible d'a8Sf>oir le pied sans niaiTJier sur des uîufs ou sur des petits, » (laston «iébarjpif, tire des mouettes, remonte sur son navire. Hien ne trouble son insouciance. Il ne songe qu'à la collation qn on lui prépare dans un< lie voisine.
Ce Gaston si Jieiii-euv de viNre. «e n est ])lns un «onspirateiu c'est un iiancé : il a jiromis d épouser ilans (piebpies jours .M"'"dt Montpensicr. Il est allé trouver le canlinal, d'abord au cbAteau de la Haye, près de Nantes, puis à l'évôché. Il a écoute les oil'n's qui lui sont faites d'un bel apanatre et autres la r^'esses. Kn écban^e. (iaston a tout l'aeonté <lu comjilot ourdi autour de lui. Les M et 12 juillet, devant le Hoi, la Heine mère et le cardinal, il ne craignait pas de trahir ses amis. On conserve au.\ Archives du ministère des Affaires étrangères les procès- verbaux d«s u divci-ses choses que Monsieur a avouées au Roi ». Tristes documents fl . au bas des({ucls se lisent les trois signatures Louis. — Marie. — Armand, cardinal de Richelieu. Gaston y passe en revue ses complices; il est loin de ménager Chalais : c'est par Chalais qu'il a su qu'on voulait l'arrêtera Paris; c'est Chalais qui lui a conseillé de fuir; Chalais connaissait le projet de soulever Paris contre le Roi; Chalais n'a rien ignoré. Monsieur entend bien que ses redoutables confidences ne causeront pas la mort de son ami, car il est bon, mais sa charité commence par soi-même. Il a dit à la Reine sa mère « qu'à quelque prix que ce fût. il fallait sauver Chalais et qu'il fallait en parler au Roi et que de ï*aris on lui avait mandé que, s'il laissait perdre Chalais et qu'il en fût fait justice, il ne trouverait plus personne qui le voulût plus servir ».
Sa conscience ainsi mise en paix, il est retourné à ses plaisii-s.
(1) Publiés par Victor Cousin, Madame de Chevreuse (p. 364-367).