‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 40 sur 172 · L\ BELLE HUMEUR DU PKINCE · texte numérisé non relu

L\ BELLE HUMEUR DU PKINCE

à ce voyage, qui est, en vérité, le plus divertissant du monde. Son Altesse s'amuse de tout. Le moyen de ne pas s'amuser? Voici un ^entilliomme trop passionné pour la chasse aux mouettes, oublié dans l'Ile après la collation, qui, debout sur un rocher, fait des signaux à la flottille cinglant vei*s les côtes et ({u'il faut aller chercher à grand'peine; voici le lancenjent d'un vaisseau de deux cent cinquante tonnes au Pouliguen; et l'entrée burlesque dans la petite ville du Croisic : le prince sur un cheval sans bride, avec sa suite sur des ânes et des mulets sans selle, ])aradant au fracas des salves qui éclatent dans le port. Ni les conlitiires, ni les vins d'Ks])agne ne manquent au logis du prince, meuldé à la mode du pays, orné de butlets bretons que cliargent dos jii'ofusions de chandeliers en cuivre et qui ébahissent tous ces gens de cour.

Monsieur, qui n'avait pas cessé «le vivo pendant tout h* vovage, était (rcxcellente Immeur loi*sque le vent et la marée l'eurent ramené à Nantes avec sa flottille de trente voiles. « Il arriva (le dimanche 2 août) assez tard, nous confie Bois d'Ennenietz, son favori, mais il ne hiissa j)as de rendre des compliments au Roi, aux Reines et à Mademoiselle sa maîtresse ; après avoir ri avec elle des accidents ([ui lui étaient ai'rivés, il se retii*a très content. »

Comment ne le serait-il i)as? Voici, — comble de la fortune, — son chancelier, le président Le Coigneux, seigneur de Lierville.et de Racliaumont, qui vient lui annoncer que le Roi lui donne « les duchés d'Orléans, de Chartres et comté de Blois jusqu'à concurrence de cent mille livres de rente » et qu'il y ajoute une pension de cinq cent soixante mille livres u pour l'entretènement de sa maison ». Sans compter les biens de sa tiancée (les principautés de Bombes et de La Roche-sur- Yon, les duchés de Saint-Fargeau et de Châtellerault, environ quatre cent mille livres de rente), il va jouir d'un revenu de six cent soixante mille livres, — trois millions trois cent mille francs de notre monnaie d'avant-guerre, seize millions de notre monnaie d'aujourd'hui.

De Chalais et du maréchal d'Oniano, en faveur de qui le président Le Coigneux avait charge de négocier, peu ou point de dis-

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Hi GASTON GAVK hi MAHIK.

cours. Huis «l'Kiiiwnu'tz fit rfinnrqucr, il ost vmi, « <|U il n avait point «le raison <jiic Ui iiiaria.i.'<' df Monsieur fU! sanglant - . La ivU' Irtroro du jeune j»i'iuce se flattait de rcs|>érauce (ju il ne le serait pas.

Ku acceptant le mariage dorô que |{i<-lielieu avait tant à cf»ur. sans avoir rien convenu pour le Naliit Ar Clialais et du niar/rliai d Ornano, iMonsirur est n» train de prrdie le seul moyen cpii lui restAt il'agir sur le canlinal. Selon rexjireission éiier^quc de Michelet, Kichelieu l'étonUe dans l'or. .Mandé au Omseil par Louis XllI, qui lui donne orfi<'i<>|l«'nient son apanaie. Monsieur remercie s<jn frère, « proteste; avoir un »'xlivine déplaisir de tout'les pensées ((u'il a eues, jure <{u'il ne se 8<'»parera jamais du mt vice du Roi, au<[uel il rocoiiiialt ^tre extriuirdinai renient oLIit'- — Parlez-vous sans les é(piivo<[nes dont vous avez plusieiii*s fois usé? lui demande crûment Uiuis .Mil. — Oui >». répond !'• nouveau duc d'Orléans, et il fait un serment sf>lennel.

Le soir de ce jour, 5 août HiH't. il lut marié avec M"* de MonI pensier, <lan's la chapelle de l'Oratoire <le .Nantes, jiar le cardinal, qui le lendemain dit la me.sse au couvent «les Minimes, en j)résence des deux conjoints, du Uoi, des H<Mnes et de toute la Cour. La présence <le tant de majestés ne parvint jvis à éjtrayor la cén monie : « Il ne fut jamais vu de mariage si triste, rarontc H<}is d'Enuemetz. Ma<Iame était vêtue d'une robe de satin ldan< parée de ses perles et de celles des Ueines. On n entendit ni violons ni musique de tout ce jour-là. Monsieur n'avait ])as un habit neuf. » Les majestés assistèrent au coucher des mariés. 1^ Roi donna « la chemise à Son Altesse et le conduisit dans la chandire de Madame )\ que les Reines avaient couchée. Lorstpie chacun se fut retiré, le silence de la nuit fut ti*oublé soudain par <les jappements et Gaston eut ce spectacle inattendu : sa belle-nièrc, la duchesse de Guise, pénétrant binisquement dans la chambre nuptiale et poui*suivant de meuble en meuble un chien, le sien peut-être, qu on y avait enfermé par mét.'^rde.

Quelles furent les impi-cssions de Chalais, loi-squ'il apprit deux joui's plus tard, — Richelieu a>"ait commandé qu on lui en dit la nouvelle, — ■ le mariagre de l'écervelé qu'il avait tour à tour

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