‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 41 sur 172 · CHALAIS DANS SA PRISON · texte numérisé non relu

CHALAIS DANS SA PRISON

espionné et servi? Au temps si proche encore de sa loHune, il avait entendu répéter à M'"" de Chevreuse que « c'était uue honte que, le Roi étant idiot et incapable de gouverner, ce faquin de cardinal gouvernât ». Cette fois, Chalais rendit hoiuiuage au génie de Richelieu : « Voilà, s'écria-t-il. une action de haut biseau d'avoir non seulement rompu et dissipé uue grande faction, mais anéanti l'espérance de la rallier ni de la lacconiuioder jamais. Il n'appartenait qu'au Roi et à M*' le Cardinal de faire ce coup d'État. Il est liien employé qu'ils aient pris Monseigneur (le duc d'Orléans) entre bond et volée. 0 grand Roi, et trois fois lieurcu.\ de se servir d'un si grand ministre! 0 giand uiinisire digne d'un très grand Roi ! »

Sachant que ses paroles, soigneusement notées, sei'out mises sous les yeux du cai-dinal, qui tient sa vie enti'e ses mains. Chalais no modèi-e pas son enthousiasme. Il a, dès les premiei-s joui* de sa détention, ihî(;u la visite de Richelieu: il n'a pas oublié les promesses du redoutable visiteur : « Vous aui*ez votre grâce, je vous réponds de votre vie sur la mienne. Dès que je me «eiïii tiré de l'allaire que mes ennemis ont tramée coutiie moi, je ferai en sorte que le Roi vous comble de biens et d'honneurs au delà de ce que vous pouvez espéwr (1). »>

Si Itichelieu a vraiment tenu ce discours perti<le, ou couiprcud sans peine la fureur d'avouer qui s'cmpaiv de CJialais. H charge ses complices ; il assiii'e que, même après l'attentat manqué de Floui'v, même à Rlois, la faction parlait à moti» oourerts d'aH8assiner le cardinal. « Fà^ non content de se condaïuuer (lar sa bouche, ivmanjue Richelieu, il se condanme par sa pmpre main : il écrit au Roi, il le supplie de lui paj^ioiuier, de se .souvenir cfu'il n'a été de la faction que ti'eize jours. » Il écrit à la Reine mère, il é<a*it suitout à M'"® de Cîievi'euse : « Si ces beaux yeux que j'adoi«e, soupii-e-t-il, l'egardent cette lettre, j'aogure bien de ma fortune et, s'il adviejit le contraire, je ne souhaite plus ma liberté, puisque j'y trouvea'ais mon supplice (2). » M"" de Clie-

(1) Levassor, Histoire de Louis XIII, t. III, p. 54.

(2) Pièces du Procès de Henri de Talleyraad, comte de ChaliUs, |>. tll.

84 nKlIlKSSE D'UNK MÈRE.

vi'oiiso lit iis«( rjM>iivant(r cos liynmos (raiitotii' <|iii la roiiijuu mcttont.

Richelieu les lit aussi. 11 mùl i\u(' M"" dv Clicvnnisi' m* <-onUMite de répondre oralciiiont au serviteur <lc Chalais (}ui les lui pori' Il sait ou il «levinc rcxasjirratioii du |ii-is<>iiiiioi'. Il raltis**. I'ih* jalousie cruelle dévore Clialais, lorsijue le cardinal lui ntontn' les beaux yeux qu'il a<lorc se tournant vei*s d'autres adorateurs (' Depuis (juc vous me fîtes Thonneur de nie dire qu'elle avait médit de moi, je n'ai plus eu autre intérêt, maiidc-t-il a Ui«lielieu, (|uc de me conserver aux bonnes ^'rAces du Hoi. » Tond)é dans le j)ièp:e de police, il ne cesse pas d'accuM*r sa maltresse. Il oli're de l'espionner. Son but suprême est désormais l'an'esla tion, la condamnation de la femme (pi'il croit infidèle, l/in^^rat M'"" de Ghevrcusc va trouver le cardinal, insiste au]»rés <!<• lui , mais Hicheliou l'arrête d'un mot de ses lèvres minces et lui tend la dénonciation de Chalais. Voilà notre su])pliante changée en furie.

Une voix plus émouvante intercédait auprès du Hoi. « Sir*ayez jntié et miséricorde de mon pauvre et misérable enfant - . criait vingt-quatre ans plus tôt à Henri IV la mère du maréchal de Biron. Aujourd'hui c'est une autre mère eu détresse, une Montesquiou, Jeanne-Fran<;oise de Lasseran-.Massencome, princes.se de Chalais, qui implore la clémence de Louis XIII en faveur de son fils coupable : « Ayez pitié de lui, Sire. Son ingratitude passée rendra votre miséricorde plus recomniandable. Je le vous donnai à huit ans; il est filleul du feu Roi votre père, petit-fils du maréchal de Montluc et du président Jeannin par alliance. Les siens vous servent tous les joui-s, qui, n'osant se jeter à vos pieds de peur de vous déplaire, ne laissent pas de demander avec toute humilité et révérence, la larme à l'œil, avec moi, la vie de ce malheureux. » Comme jadis celles de M™* de Biron, ces larmes sont inutiles. Ce n'est point par hasard que le cardinal a soustrait son prisonnier à la juridiction ordinaire. Le Roi a nommé une chambre de justice, un de ces tribunaux d'exception qu'aflectionna toujours Richelieu. Parmi les juges, siègent le garde des Sceaux, Michel de Marillac. dont le frère sera si cruel-

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