UN SERMON DE CIRCONSTANCE
sa lille tout eiiseiiililo. au nièuie tenips vous unit-il en toii*c et votre mère et celui que vous teuez et traitez connue votre lils; fils qui vous doit aimer, resjiecter et craindi'e toute sa vie, non seulement comme son vrai Roi, mais comme son vrai père et qui ne peut fairo autrement sans avoir lieu (ra}>j)rélien(ler une seeondo «lescento «lu ^rand Dieu sur sa poi-sonne, non en niaune < ommc celle d'aujourd'hui, mais en feu et en tonnerre (1). "
Nul doute que Monsieur n'ait trouvé plus ingénieuse quagi'éablc cette façon de passer de l'Assonqition de la Sainte Vierge à la conspiration de Chalais. Ciiapitrt' au Conseil, chapiti'é à l'église, Louis XIII se sentait le juste vengeur de ses sujets, qui avaient failli être oppriuiés par des factieux. Il voulut cependant concilier sii justice et sa l)onté : le 19 août, il lit dire à Chalais qu'il lui remettait toutes les peines > honnis la moi-t ».
La porte de Sau\ etoiit, qu<', sans la clémence de Louis XIII, les juges eussent décorée d'un trophée si hideux, était ilanqui^ de lieux touis. On l'avait choisie jMirce que l'une de ces toui's était le logis (lu Ixjurri'au. Or, on cette journée du 19 août 162(5, le houri'oau n'était pas chez lui ; il n était jjas non plus sur le lieu de l'exécution, place du lioull'ay. Cet homme inilispensaJjle avait disparu, gagné à prix d'argent par Monsieur. Lehruit se répandit d'ahord «laiis la ^ille que cette disjMirition était l'œuvre du cai*dinal, qui voulait donner au condamné le tem)>8 d'obtenir sa griUc. Mais, à la tin du jour, il y avait sur l'échafaud de la place du lîoutfay un exécuteur et son aide. C'étaient deux prisonniers promis au gibet : on leur avait oti'ert la vie, s'ils consentaient à s'improviser bourreaux : ils avaient accepté.
lieux compagnies des gardes du corps vûiront occuper la petite place où s'élevaient alore les tours massives d'un château féodal, le Boutfay, bâti au x* siècle et, depuis la fin du xv*, converti eu palais de justice et en prison. Yeis les six heures du soir, deux cordons de soldats se placèrent entre la porte de la prison et l'échafaud.
(1) Voir Gabriel Haiiotaux, Maximes d'État du Cardinal de Richelieu. |)ubliées tian* la Collection des Documents inédits et Histoire du Cardinal de Kichelieu, t. 1, p. 1 53.
88 L'AFFIIKUX SUPPUCK l>K CHAINAIS.
La [xji'to soiivro; Chalais mairiic au iniliou des Holilatn. oxhoi't*' par un Miniuir, lo Père du KoHier, son confc-Hw-ur. 11 haise do tenipK en tcnipK la croix (!<• sou <lia|M'lot, Il montre une résolution adniirôe des spectateurs (pii se pressent sur la place ou s'encadrent dans les fenêtres des maisons. Il wiit (pie. là-bas, au couvent des Cordeliei-s, sa mère attend en prièrel'arrivée du carrosse (pi'on aj)er«;oit au pied de récliafaud et (pii transportera tout à l'heure son cadavre décapité : « hites-lui a-t-elle réj)oiidu à l'arrlier (pi'il lui a envoyé, (pie je suis très contente de l'assurance «piil me dunne de mourir en Dieu; que c'est la seule chose cpii me peut donner de la consolation et que, si je ne craipnais (pic ma vue ne l'attendrit trop et ne lui «MAt queUjue chose de la j.'énérosité (ju'il témoi^'iie, je Tirais trouver et ne l'ahandonnerais point, (jue sa tète ne fiU s(''])ar(*e de son coi*ps, mais que, ne pouvant l'assister, je m'en vais prier Dieu pour lui. »
Le voici sur IWhafaud. L'e.\('cuteur lui hande les ycu.\ : « Ne me fais point lang-uir », dit Chalais. Il est à j?enoux, les mains liées. L'(^pée, une ép('^e de Suisse, s'ahat sur son col nu. Chalais s'écroule, blessé seulement. L'exécuteur, un cordonnier toulousain, frappe trois autres coups timides. La tète n'est pas détachée du tronc, mais le patient ne parait plus qu'un cadavre. Le confesseur donne des conseils au cordonnier, lui montre qu'il faut relever la tête, l'appuyer sur le billot avant de frapper; il la relève lui-même... Les yeux sont ouverts : « Si vous avez encore quekpie connaissance, dit le prêtre, témoig-nez-nous (jue vous pensez à Dieu (1). — Jésus, Maria »>, murmurent les lèvres qui s'entrouvrent... L'exécuteur impro\-isé a jeté son épée mal affilée. Armé d'une doloire de tonnelier, il frappe éperdument cette tête sanglante, d'où s'échappent des invocations et des soupirs et qui ne tondje qu'au vingt-neuvième coup.
L'horrible justice est faite. Ah! qu'il était loin ce temps où Hugues Capet, demandant à l'ancêtre de Chalais : « Qui t'a fait comte? », celui-ci répondait : « Qui t'a fait roi? »
(1) Eugène Griselle. Lettres de la main de Lotds XIII, t. II, p. 525, appendice Ilf.