UN COUP DE SONDE A J.O.\DKES
sa folie »jue le cardinal le redoute : .< La raison, i'eniai*quo-t il. y perd son escnnie. »
Rappelons que trois semaines avant la condamnation de Clialais, Richelieu écrivait à Louis XIII : « Si Dieu me fait la /arrâce de vivre six mois, comme je l'espère, et davantage, je mourrai content, voyant l'orjyiueil de l'Kspaisrne abattu, vos allii's maintenus, les huguenots domptés, toutes factions dissipées, la paix établie dans ce Royaume, une union très éti-oite dans votre maison royale et votre nom glorieux par tout le monde il). » Or, ces grands desseins, voilà que les intrigues de Chalais et de M'"" de Chevreuse, la folie de Buckingham empêchent le cardinal de les réaliser comme il s'en était flatté. Quel coup au début d'un ministèi'e qui s'était bercé de tels espoirs !
fiichelieu jette la sonde, d'abord, du côté de l'Angleterre; eu octobre 16^0, il expédie le maréchal de Bassompierre à Londi*08, pour protester contre le renvoi de la maison de la Reine, se plaindre de plusieui-s saisies do navii"es fi*an(;ais opérées par des corsaires britanniques et réclamer un rapprochement honorable du roi d'Angleterre avec la princesse fran«;aise (ju'il a épousée.
Le plus beau cavalier de la cour de France fut d'abord assez médiocrement i-eçu par Charles l^*" et Buckingham. Il ramenait dans sa suite le Père île Sancy, que Marie de Médicis et Louis XII! avaient jugé de leur honneur de ren>oyer en Angleteri-e; mais, comme Charles P"" pensait qu'il était du sien de le l'envoyer en France, Bassompieri-e dut déclai"cr que, le Pèi*e étant son confesseur à lui, Sa Majesté Britanni(|ue n'avait que faire de s'occuper de son train. A l'audience publique, où il ne fut point question d'affaires, succéda bientôt, dans le château de Hanipton- Court, l'audience privée, où Charles dut subir le long défilé des réclamations de l'ambassadeur. La mauvaise humeur du Roi peu à peu se trahit et tout à coup sa colère éclate : Bassompierre est venu lui déclarer la guerre, qu'il s'acquitte de sa mission! « Sire, répond l'ambassadeur, je n'ai pas l'office de héraut pour vous annoncer la guerre, mais bien celui de maréchal de
(1) Avenel, Lettres du Cardiinif de Jticlt('lieu,i. II, p. 225.
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France pour la l'aire (jii.mkI le Moi iiion maltir l'aurait n'-ntAiu- . jusqu'à j»n''sent il fait avec vous romim* nu frère. » Alors. <laii^ la galerie où se prolongeait cette (liscussion, entre les tîntes à la Van Dyck, s'interposa le roi h dentelles île Hnrkin^'hain : " J< viens faire le holà entre vous Avux », s'écria le favori. Uasvnn pief*ro n'avait pas besoin de cet eUront*' holà. Il était assez «liploniatc pour céder un peu, alin d'ohtenir beaucoup.
Le samedi 2V octobre, à Somerset Ifouse, rand>assadeur, ayant assisté chez la Reine à une (pierelle du ménage royal, suivait le Roi dans sa chand>re et patiemment écoutait ses doléances de mari. Le dimanche 25, il conduisait Ruckingham chez la Reine, le « raccommodait » non sans difticnlté avec Henriette « raccommoflait » aussi le Roi: le jeudi 12 novend)re, il si; brouillait, à son tour, avec la princesse. ])arce qu'elle s'était de nouveau brouillée avec son époux : « Je lui dis, a-t-il raconté, que je prendrais le lendemain congé du Roi et dirais au Roi (son frère) et à la Reine sa mère qu'il tenait à elle (que tout venait d'elle). » La lu'ouilie ne dura guère. lU's le samedi, elle avait cessé. Henriette pouvait savoir ^rt' à Rassompierre : il lui avait obtenu une nouvelle maison française, moins nond)reuse. il est vrai, que la précédente, mais fort honorable cependant : douze prêtres ou capucins, y compris le confesseur, un grand chandiellan, un secrétaire, un écuyer, deux dames du lit, trois femmes de chambre, une empeseuse, un gentilhomme huissier de la chambre privée, un valet de garde-robe, un gentilhomme servant, un joueur de luth, dix musiciens, un chirurgien, un écuyer de cuisine, un apothicaire, un potager, un pâtissier, un boulanger, un panetier, un écuyer du gobelet, — quarante-troi- Français qui devaient entourer d'une petite France la fille de Henri IV exilée sur le trône d'Angleterre. Mais des années devaient s'écouler avant qu'on lui constituât autrement que sur le i^apier la maison que lui avait accordée son époux.
Cette ambassade, où Rassompierre n'avait remporté qu'un demi-succès, finit au milieu des fêtes. Le 15 novembre, Charles sortit de Whitehall avec Rassompierre, le fit monter dans sa barge et, par la Tamise, le mena souper chez Ruckin-