NOUVEAUX EFFORTS DU GALANT FAVORI
gliaiii à York llouse. Bassonipieire, assis à la table des majestés l)ritaniiiques, dans la somptueuse maison de campagne du favori, a<lmii'a « le plus supei'he festin » ([u'il eût jamais vu, les services appoi'tés en cadence par des danseuis et des danseuses, les tables cbang-ées comme par enchantement, le Roi servi par le duc, la Reine parle comte de Carlton (1), lui-même par le comte de llolland, Aj>rès cette mag-niticence, il admira, sur un théiltre l'ievé dans la salle voisine, le ballet politico-mytholog-icjue imaginé par son hôte. C'était une sorte Ac Ruliens vivant. Attention délicate du ministre de Cliarles pour l'ambassadeur de Louis, on voyait Marie de Médicis à la cour de Neptune, sur les flots qui séparent la France de l'Angleterre. Entourée de ses trois filles et de ses trois gen<lres, le roi d'Espagne, le roi de Grande- Uretagne et le prince de Piémont, la veuve de Henri IV félicitait Frédéric et Elisabeth d'avoir recouvré le Palatinat.
Il en coiltait à l'État, dont le trésor s'épuisait, six mille livi'es, à Ruckingham l'ennui d'être décliiré dans les bas quartiei-s de Londres par «h*s poètes de taverne, vilipen<lé <lans un pamphlet intitulé le Diable et le Duc : « Oui gouverne l'État? Le Roi. Qui gouverne le Roi? Le Duc. Qui gouverne le Duc? Le Diable. » Mais Ruckingham se soucie fort peu <hi puritain exaspéré (jui a trouvé ces formules lapidaires. Ce ipi il veut, c'est gagner les bonnes grâces de Rassonipierre, èti*e re(;u à la cour de France en qualité d'ambassadeur extraordinaire, revoir la Reine à qui il a osé déclarer son amour. Il a oublié la lettre que, de Paris, lord llolland lui écrivait vei's le dél)ut de l'année, pages illustrées de ligures mystérieuses où une fleur de lys représente le Roi, un cœur la Reine, une ancre le duc de Ruckingham, grand amiral d'Angleterre : « J'ai été ici l'espion le plus attentif à observer les intentions et les sentiments en ce qui vous touche, lui avait mandé l'amant de la duchesse de Chevreuse. Je trouve beaucoup à craindre, pour vous, et point de certitude d'un accueil sincère et sur. Le ^ pei-siste dans ses soupçons, en j)arle très souvent et se laisse dire par les vilains que ^ a des tendresses infinies,
(1) Dudiey, lord Carllon d'imbercourt, plus tard vicomte de Dorchester, vice-cbambellan du roi d'Angleterre.
'ji i;a\ii»assai)K manouée.
vous iiiitifiiuoz v<!is qui. C'est, (lit-on, un propos courant parnii les jeunes et étourdis bravaches de la Cour, qu'en jin''S<'ncc de tous les hruits répandus, celui-là ik* serait pas un hon Frainais qui souUrirait que ^ i-evlnt «mi France. »
Rien ne peut fléchir la volout4'' du ministre. Q5 qu'il veut nurtout, c'est avoir un prétexte |K)ur se trouver hoi-s d'Aji^lct4?i'r«> pendant la session dti Parlcnicnl, qui s'annonce orafi-euse. Justement la question des navires saisis par i An^'^leteire n a pu être réglée; elle se conqdique d'une ad'aire <le représiiilles : toute une flotte anglaise chargée de vins <(uc liichelieu a l'ait arn^ter (Ml ])leine <îironde. FAc<*llcnte oc*casion pour Iturkinsrliani de venir traiter de l'ailaire à Paiis.
Le mercredi 3 décemlire, Hassompierre s'éloijtrnait de Loinlres avec un équipage de quatre cents personnes, parmi les^fuelles soixante-dix prêtres qu'il avait tirés des prisons d'Angleterre et que Charles T' lui avait permis d'eniniener en France. H aniva le 5 à Douvi'cs, où la tempête le i-etint quatorze jours. Profitant de ce l'ctard^ Hucking'ham l'invita à venir dlucr avec lui à Cauterbury. Le favori quitta son palais de Lon<lres. poui-suivi paj* les invectives de la populace qui ci-iait dei-riére son carrosse : (( Ne l'evenez plus! » Ce qui ne l'empéclia point de faire plus que jamais étalage de son luxe à Canterl)ur\ , pour gagner lewvoyé de Louis XI! I.
Bassompierre s'cnd)arque enfin; il erre de Douvres à Dieppe et de Dieppe à Douvres; il perd ^vingt-neuf chevaux, morts de soif pendant une travci*sée qui a duré cinq joui^s au lieu «le trois heures et deux carrosses précipités dans la mer, chute «l'autant plus fâcheuse que l'un d'eux contenait quarante mille francs de l'obes que le galant ambassadeur avait achetées à Loiulres j>our ses belles aiuics de Paris. Le 22 décembre 162ti. à peine arrivé, il est accueilli par uii ordre de Louis XIII lai enjoignant d écrire au duc de Buckiughani de ne pas venir à la cour de Fi-ance, car la présence de Sa Grâce ne serait point agréable à Sa Majesté Très Chrétienne.
Ce refus dicté par l'antipathie à Louis XIII, la politique de Richelieu 1 avait conseillé. Le cardinal avait représenté que lar-
BLCKLNGHAM St VKNGERA. 9»
rivée de Buckiii^haiii était « honteuse au Roi, préjmliciable au repos de l'État et peu utile à la correspondance des deux Couronnes. On n*a que trop de connaissance, ajoutait Richelieu, de la part qu'il avait dans la dernière conjuration et de la haine qu'il porte à celui qui, par son industrie et couraare, a dissipé leur mauvais dessein et relevé l'autorité de son maître ». Le cardinal ne se souciait pas de compter ;iu I,<»uvr'e un conspirateur de plus.
La réponse de Hassonipierre à Huckinghani, fort aili-oit*' et modérée, avait été entourée de tout<?s les cii"conlocutions «l'usage. Il y était «lit notamment que le Roi ne pouvait i-ecevoir aucun envoyé, que la « contravention » laite au traité de uàariajre par l'éloicnement des officiei*s <Ie la Reine n'eût été réparée. <« Sa Majesté voulait être exemptée de toute occasion de se plaindre, lorsqu'elle verrait auprès d'elle un ambassadeur du Roi son he^iu-lrère et désirait n'avoir à jienser qu'à lui faire hoiuie ciière(l). »
Rucking-tiam, oti'ensé dons sa vanité sinon dans son amour, ne son.yea plus qu'à satisfaire sa vengeance; il comptait hien ne pas manquer Richelieu.
Vers la guerre des réformés.
Le cardinal, après avoir triomphé de la conspiration de Chalais, venait d'obtenir la disg-Mce de ce Fi"ançois de Baradat, marquis de Damcry en Champagne, premier écuyer de la Petite Écurie, capitaine <lu Petit Rourbon et premier gentilhomme de la Chaudu'e, favori de Louis XUl comme jadis le connétable de Luynes. Richelieu n'avait pas voulu laisser à ce « jeune homme (le nul mérite, venu en une nuit comme un potiron », le temps de devenir nuisible, et Bassompierre, à son retour de Londres, avait constaté ([ue le favori avait été remplacé auprès de Louis XIII par « un jeune garçon d'assez piètre mine et pire esprit nommé Saint-Simon », le futur duc de Saint-Simon, père de l'iuimortel auteur des Mémoires.
(I) Bibl. nat., Ms. fr. 3692, 1^210.
96 MONTAGU ËMISSAIHE l)K L'INinKilK.
Ces doux victoires du cardinal ur dôcoura^'cnt pas Huckiiigliaiu Il n'a plus ((u'uiie idce : renouer aulour de la Fran<e et rontr< la Franc(î le vaste encerclement (jue le niaria^'*' de Moiisimi et l'exécution de Chalais avaient élargi san» le liHscr.
Soubise, retiré en Angleteire, sollicite le ministre de Charles Rolian (pii, de son Languedoc, entretient des intelligcnees ave. « tous les factieux du dedans >» et « tous les lirtiuillons du delioi*s », se garde bien d'ouhlier Huckingliani. \ji Savoie et la Lorraine, prêtes à jouer le rAle d'entremetteuses, offrent «!•• procurer la paix entre l'Angleterre et IKspagnc; les réfiimu^ attendent l'heure de donner les mains à l'Angleterre et à l'Lspagne réconciliées. Au mois de mai*s 1G27, Walter .Montagu jmsse en Lorraine, presse le jeune duc Charles IV d'entivr dans le grand dessein (pii se prépare contre la France. Charles est d'ailleui-s stimulé par la vanité et j*lus en«ore par la duchesse de Chevrcuse, réfugiée à sa cour, gloire de ses fêtes, de ses combats à la barrière, de ses chasses, dçnt elle suit les péripéties dans son carrosse aux mantelets relevés. Le sourii* aux lèvres, mais au fond du cœur la haine de Hichclicu, les yeux moins fixés sur les plaisirs de cette petite cour ])ro vincialc (jue sur son injure, elle j)ousse le duc de Lorrain* dans le précipice, sous la lointaine surveillance du froid cardinal.
Montagu ne s attarde pas à Xancy. Sans oublier au ]»assai:c les pi'otestants fran«;ais, il vole chez le duc de Savoie, connue <lit Richelieu, « l'esprit le plus remuant de la cabale », et il trouve auprès du Savoyard le comte de Soissons qui en revient à ses projets d'assassinat. Bercé de si douces espérances, Montagu continue sa route et se rend à Venise, où il suscite au cardinal d'autres ennemis.
Mais rien n'est gagné, si l'on ne gagne le comte-duc dOlivarès, premier ministre du roi d'Espagne (1). Sous prétexte d'acheter à Rubens une collection d'antiques, Buckingham dépêche à Bruxelles, auprès du peintre, l'un de ses agents,
. (1) Gaspard de Gazman, comte d'Olivarès. duc de San-Lucar.