‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 48 sur 172 · PRENEZ GARDE A LA PEINTURE · texte numérisé non relu

PRENEZ GARDE A LA PEINTURE

ce lialthazar Gei'ljier, peintre lui-iucMue, à qui son origine IVaiu'aise, sa naissance hoUan<laise, son métier d'espion anglais font trois nationalités sans lui faire une patrie. Kubcus, par (jui J{uckinfrliain, lors du mariage de Henriette <le France, désirait <I être j)eint, brille de joindre à la gloire de laiiiste celle du <liplomate. Son rêve est de négecier une suspension d armes entre l'Espagne et l'Angleterre. i/Espagn« refuse de reconnaître rindé]>cndance des Hollandais, îdliés de Charlc» I*' et sujets rebelles de Piiilippe IV. Hiclielieu par bonheur a devancé Buckiugham (li.

A Madrid, M. <lu Kargis(2), auibasHiideur de France, <lovau- <;aut le peintre diplomate s'enti-ctient avec Olivarès d'une alliance contre l'Augletei-re: à Paris, le Père de BéruUe aborde ce même <« sujet d Angleterre » auprès du marquis de Mirabel, aud)as.sadeur d Espagne. Richelieu approuve du Fargis, mais lui recommande d'insister pour cpie lEspagive fasse une démou!^ ti'ation hostile à rAngleteriv, sans que la France, qui n'est pas prête, soit obligée de ronq)i*e avec les Anglais avant le mois de juin 1628. (divarès, de son cùté, voudi'ait entraîner la France ilaji» cette même guerre contre l'Angletenv, brouiller le Koi Trè» Chrétien avec la Hollande, les princes pi'otestants tl Allemagne, les Suisses, la Savoie et Venise, quitte à l'abandonner une foi*» <|uil 1 aura compromis. Kiclielieu a pénétré (divarés, il ne néglige aucune précaution du côté des anciemi alliés de la France. Olivai*ès, ayant vu Rubens, fait entendre à du Fargis que la gouvernante des Pays-Bas espagnols va conclure avec Buckingham une ti*ève qui engagera l'Espagne. Du Fargis prend l'alarme. Il signe, le -10 mai-s 1627, un traité où l'Espagne tient tout en suspens-, l'entire en gueri*e ne devant avoii* lieu qu'à la lin du printemps de l'amiée suivante. Richelieu, qui comptait sinon sur la coopération de l'Espagne du moins sur sa neutralité, bblme ofticiellemeut son ambassadeur, ce qui le dégage lui-même. Au fond il n'est pas fâché d'une demi-mesure qui le délivre de la ci-ainte

(1) Voir lîabriel Hanotaux, Les Chemim de l Histoire, t. I, p. 264, Richelieu e( Rubens.

(2) Charles d'Angennes, sieur du Fargis, comte de La Rochepot.

iticiiELiEi;. — T. m. 7

MH mJCKl^^;llAM (:in(;i,k vers la uo<;Hfc:i.i.K

«l'iiiio alliance an^'Io-cspa/.'^iioU' <'t qui satiNfHit le parti ilrvol. «Ion' il a besoin: il finit j»ar ratifier le trait*'- sans retirer son hlAin« qui pèsera désorinaiH sur la carrière du même du Karfi^is. affili à la coterie <les Hoines (20 avril K527,.

Cependant lturkin/.''liam a terminé ses préparatifs: quelqu<*>> mois plus t<'>t, il n'avait ni ari.'^ent ni <rédit : im|>ossilde t\c trouver les soniuics nécessaires jiour l*- subside à verser au Jl.i neuiark et pour les gages des oflicici-s de la Keine, qu'il fallait bien payer. puis<pron les ronûédiait. Mais le favori avait pu emprunter en Hollande sur les bagues «le la Couronne et 4onimauder une quête dans les églises. D'ailleurs, plus l>esoiii dquêter : ordre a été donné de saisir tous les navires français qui l'elAchaient «lans les ports «le l'Angleterre ou voguai«'nt le long «l< ses côtes; on a ven<lu toutes les cargaisons. Le fruit «le ce brigandage a permis «r«''(piiper une flotte. Le favori a une confiance si orgueilleuse en la suprématie navale de l'.Vnglcterre. qu'il ci-aint peu les flottes de France et d'Espagne réunies. F^mbarqué. il cingle maintenant, téméraire et magnifique, vers les côtes occi dentales «le la France : « C'est la flotte de CléopAtre », disent l«- «courtisans de Louis Xin(l), tandis qu'en Angleterre la duchcssde Huckingbam, la pauvre Kale (2), si souvent délaissée, écrit ;i l'époux infidèle et adoré une longue lettre «le lamentations et signe tristement : Your poor f/rieved and obedient uife.

Les habitants de La Kochclle ont ajipelé l'Anglais, et il vient en France pour les secourir. Louis XIII est résolu d'aller lui-niêm< au-devant de ces ennemis qui pensent le surprendre. Voici, d<tous les coins du Royaume, se hâtant vers les routes du ba^- Poitou, les régiments «le gens de pied et les compagnies «i« gens de cheval. Cette armée, le Roi en donne le coniniandement à Monsieur, contraint par cet honneur de demeurer en son devoir, mais devenu, en fait, plus encombrant que Jamais, car il vient de perdre la prudente Madame, tuée à vingt et un ans par la naissance de Mademoiselle, — « Madame qu'on vit

(1) Anecdotes du ministère du Cardinal de Richelieu, tirées et traduites de l'itorlien de Vittorio Siri, p. 133.

(2) Catherine Manners, duchesse «le Bnckingham.

MESIIŒS DE DÉFENSE CONTUE LES ANr.l.AIS. OJ

en dix mois fciiiinc d'un i^^l'and prince. l>elle-sœur do> trois [H'cniiers et plus grands i-ois de la chrétienté, mère et iiioi'te tout ensemble » ! s'écrie le cardinal, dont l'éloquence transpose, avant Bossuet et Racine, un <les plus beaux vei's «le Virgile.

Depuis <le longs mois déjà, Kichelieu, prévoyant une attaque anglaise, était décidé à « mettre La Rochelle à la raison ". Instruit par l'expérience des dernières batailles navales, il a fortitié Tile de Ré, il a construit le fort Saint-Mai'tin près «le la rade de ce nom, à cinq lieues environ de La Roclielle, et le fort «le la Prée au su«l-est <Ui f«M't Saint-Martin, au nor«l-ouest d«' hi ra«le «le La Pallice. M. «le Toiras, gouverneur de l'Ile, le futur maréchal de France, qui fournira une si brillante carrière, est chargé do «Uligenter les ti'avaux, tan«Hs que les lettres du cardinal endorment les méfiances «les liabitants «le La Rochelle, à qui la vue «le tant de fortifications ne dit rien qui vaille. « Ils se penlraient par la voie que le sieur de Soubise voudrait qu'ils emjji'assasseut, «'crivait Richelieu le 31 mai : pour mon jiarticulier, je contril)ucrai toujouis à leur avantage tout ce «jui me sera p<jssible. -

Six semaines j)lus tar«l, en cette Un du mois «le juin 1G27, Messieurs de La Rochelle s'appit^taient à « embrasser la voie »> où Soubise les entraînait et dt'jà Richelieu « contribuait à leur ' désavantage », — en atten«lant leur ruine totale.

Il était environ six heures «lu matin, le 20 juillet 1G27, lois- «juc les guetteui's «le l'Ile de Ré ai»er<;ui*ent. du c«'>té des .Sabler «roionne. dix-huit ou vingt voiles. A la lin de la journée, il yen avait cent vingt en rade : c'était la flotte anglaise qui arrivait de Portsmouth en cinq escadres. Le lendemain matin, il ne restait plus que douze grands vaisseaux à l'entrée «lu Pertuis breton; les autres, continuant leur route vei's le sud-est, blo- «(uaient la côte orientale de l'Ile, du bourg «le la Flotte au fort «le la Prée. Buckingham venait de rédiger, sur son vaisseau, un manifeste pour expliquei- à l'Europe les motifs «le son attaque brusquée, dont le principal était que son maître, protecteur des Églises réformées, n'avait accepté l'alliance fran«;aise que poui* maintenir la Réforme en France.

'< Ces raisons, observent les Mémoires «le Riohehcu, parurent

100 LES ANGLAIS DÉBAKgUEXT A L ILE DE M.

frivoles à toute la cliréticnlV", » Le contrat «le mariage, en «•U'i»» promettait Koula^cnient aux catholiques d'AnKletnri'r», mai» nul!' mention n'y était laite des protestants français. Il y avait <|u<'l- (ju'un outre-Manrhe «jui «'«tait «le l'avis «lu cardinal. «• «'tîiit la comtesse «le lUnkinf^'^ham, mère <in favori (1) : « Loi> «le votn* d«''part, mamlait-elle à son lils, v«)us avez «lit qu** vous partiez pour faire la jiaix, mais vos paroles n étaient point sincère?*, Voum ne prenez |)as le chemin «le la paix, (juand vous endianpiez tout le monde chrétien «laus «les ^--uerres. Après «jnoi, vous «h^lan'z que c est j)our la r«difrion et vous mêlez l)i«'n à ces miséraldes attuircs aussi éloij?iLées de IHeu que le y)uv de la nuit.

Kichclieu se trouvait aloi-s au cliAteau «le Villeroy en Biie, dont les j)arterres. les fontaines, la vaste héronnière fais;ii(>nt 1 a<lminition «les vi.siteui-s et qui appartenait au mar({uis d Alincourl gouverneur de Lyon, lils <lc M. de Villeroy, le ministre d' Hcni'i IV. Louis XllI y était fort mala«lc. Le 6 juillet, le Koi. o-relottaut «le lijnre, cla(piait des «lents : « Je suis pris >», «lisait il. Le 14, «leux mé«lecins «-onsultants, deux Diafoirus (les plu> habiles du monde) arrivèrent à Villeroy. C étaient .M. Charles et M. Bonnart, prévôt de l'ancien collège de chirurgie, qui méditait déjà son grand ouvrage, la Semaine des médicaments observé des chefs-d'œuvre des maitres-harbiers de Paris. La fièvre persistait le 20; le 26, uu courrier «llrhain de MaiUé. marquis «le Brézé, beau-frère du cardinal, ajjportait des nouvelles qui n'étaient pas pour la faire bais.ser.

L'ennemi avait débarqué à Sablaiiceaux, à lextrème pointe est de l'ile de Ré, à un mille et demi du continent, au bout du» « bras de terre » long de six cents toises, large de deux cents. Lés vaisseaux anglais enveloppaient la pointe, les grands à portée de mousquet, les petits à portée de pistolet. Le 22 juillet 1027, sur les six heures du soir, la marée avait poussé vers la plage les chaloupes, qui abaissaient sur le sable des ponts de bois par lesquels descendaient hommes et chevaux. Impossible de s'opposer à ce débarquement, d'engager l'infanterie française

(1) Mary Beauraont, comtesse de Bockingham.

TOIHAS ASSIEGE DANS L'ILE. lei

sur le long bras <le terre exposé <le ti*ois côtés au l'eu des doux mille canons de la flotte anglaise, aux niousquetades des soldats britanniques juchés dans les hunes. Toiras avait abiité ses troupes à sLx cents toises de lenneuii. deriière des dunes de sable, attendant le moment favorable pour lancer sa cavalerie. Cinq escadrons avaient chargé sur la gi*ève, contraint les Anglais de reculer dans l'eau : si mêlés à l'eiiueiiki, que les navires qui tiraient sans relâche avaient dû cesser le fou de peur de tuer leurs propres soldats. Mais l'infanterie n'avait donné que tard. Elle était d aille ui*s empêtrée «lans le sable et Toiras avait oul)lié d«î lui envoyer les deux escadrons qui devaient la soutenir. Il avait fallu battre en retmite, essuyer de nouveau la canonnade de la Hotte. De nond)reu\ i:entilsboniuies français jonchaient la grève, parmi lesquels .M. de Montaigne, neveu de lauteur dos Essais. Nos pertes étaient moins lourdes que celles de l'emiemi, mais Duckinghani ne s'en oonsidérait pas moins comme victorieux.

Le lendemain, iiuit régiments anglais ib- mille hommes se «lassaient sur la pointe de Sablanceaux, et Toiras, iucapalde de les arrètei' avec ses iitille soldats, se j^pliait à deux lieues an nord, dans le fort Saint- Martin, dont les bastions n'avaient pa*» encore ib' parapets, où Teau était i"are. les vivres encore jdus. Cinq jours après le dél>ar(juement. 1 armée angiai.se campait en vue du fort et la flotte de Hucidngham. ayant peu à craindi-e des grands vaisseaux du roi de France, dont la plupart étaient encore sur chantier, se dispei-sait autour de l'Ile, où nul Fiançais nesentbiait pouvoir aborder désormais. L'île de \\ô tout entière appartiMiait aux -\nglais, sauf le fort de la Frée et le fort Saint-Martin.

l'n mille sépare la pointe de Sablanceaux du fort delà Prée. un le fort de la Prée du bourg de la Flotte, deux le bourg de la Flotte du fort Saint-Martin. .V deux milles plus au nord, on attemt la pointe de Loix, à l'extrèniité de la presqu île du même nom, qui devient elle-même une lie lore tles fortes marées. Une jwirtie de la flotte anglaise s'échelonne de la pointe de Loix à la jjointe de Sablanceaux. en se tenant à distance des forts Saint-Martin et de la Prée. F.lle garde la baie de La Kochelle. Pour suncilier le

102 KICIIEUEU SE DKCIDE POUH LK SIE(;K.

l'iva^r iiirriilional «le 1 11»*, tout IhtIssc . <lr ivcils ilu rot»; «lo |;i « mer sauvage », ((uclqncH navires à l'ancre, toujours prôt« ru cas de tourmente À se réfugier <lans le I*ei1uis il'Antioche ou \< IVHuis hroton, rar. nous oxpllifue un illustn' manu «lu <iix-neuvi«'me siècle, l'amiral Jurion <lo La (iravi«T«*. < il serait <iiftlcilo <i imaginer un pire mouillagi* >.

Si l'on en croit les confidents du Père Joseph, Kichelieu fut dahord, surpris et hésitant sur les résolutions à pren<lrr. < llan- «•«•tte anxiété. Son Eminonro rut recours :i son refuge ordinair le père Joseph, leipiej. étant éhxjuent, plein de zèle <'t puissan en paroles, ne man(iua pas, en cette occasion si opportune, de s. sei*vir des raisons puissantes pour le portera l'exécution du grand et difficile «lessein «h* la prise de l/,\ lloelielle. lui r<'iiioijtrant les souhait'^ (ju ils sétoient rummuni<(ués souvent dès leur première connaissance en IGll. Ce Père avait de grandes intelligences et savoit fort particulièrement l'état de la place, de quoi il étoif assuré par des amis certains... Son Éniinence résolut d'y porter le Roi, à quoi Sa Majesté avoit grande inclination tant jM^»ur sa ])iété que pour connaître trop «prelle ne pourrait jamais jiosséder so|i Royaume, se <lire Roi et faire jouir son peuple du repo^ (fu'elle n'eût ôté tous les moyens de rébellion aux hérétiques et aux autres brouillons (1). »

Richelieu était un homme d'exécution; il lit mander sans retai'<l au village d'Écharcon, sur la rive gauche de l'Essonne, à huit cent^ pas du château de Villeroy, un gentilhomme qui avait pris con?:' <le Louis Xni au Louvre quelques joui*s plus tôt. C'était Philippe Prévost de Beaulieu. seigneur de liriailles en Bourbonnais et de Persac en Poitou, Reaulieu-Pei*sac, le hardi capitaine qui, h- 29 juillet 1609. avec son vaisseau, une patache, une légère tartane et l'aide trop discrète «le douze navires espagnols, avait incendié, dans le port de Tunis, sous les cinquante bastions de la Goulette, vingt-trois vaisseaux barbaresques armés de cinq cent trente-huit canons : <( — Eh bien! Beaulieu, commen<^a le car-

(1) V. Lepré-Balain, Supplément, uniw 1627. Sur les vne» et l'action du Père Josepi. , lire le chapitre un peu apologétique, mais plein de choses, du chanoine Dedouvres, L'Eininence grise, t. II, p. 265 et «^uït.

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