MAIS LE ROI EST MALADE. I
<liiial. que dites-vous de cette descente et de ce qui se peut faii*e j)our travailler les ennemis et secourir la citadelle? Vous avez ét«'' à la mer et vous savez ce que c'est. Une jupcz-vousque l'on puisse faire contre ces gens là? — C'est chose qui ne se peut résoudre <iu'en voyant l'ordre que les ennemis tiennent », répondit Beauiieu-Persac. Kt, le cardinal lui ayant demandé s'il voudrait .. s'employer à cette occasion >». il répondit qu'il n'avait « pas de ])assioii jdus forte que celle de servir le Koi. — Kh bien! re])rit !«' cardinal, vous m'obligez. Pourricz-vous partir hientùt pour aller trouver M, d'.\ngoulème et M. de Marillac, pour là aviser avec eux ce qui se jwurra faire contre les ennemis? — Je suis prêt, dit Iteaulieu-Pei'sac. Il ne me i-este que vos commandements (1). 0 Ces commandements furent <le retournera Paris, d'y toucher une ordonnance de cincj cents écus pour le voyage eu Poitou, puis de prendre la poste à destination de Marans, où noti'c voyageur lut en trois joui's. Richelieu savait choisir les hommes : il n'avait ])as oublié cpie Heaulieu-Pei'sac était un marin cpi'il ne fallait pas laisser s endormir dans ses terres.
Les nouvelles inquiétantes, les pi-éoccupations qui l'assiègent, Hichelieu ne les communique pas à Louis XllI : il ne veut point accroiti'e la maladie du Roi. Le cardinal pourvoit seul à toutes choses; ses onlres sont <> prompts et puissants ». En cas d insuc- <ès, on lui reprochera de n'avoir pas averti le Roi, ses ennemis iM' manqueront pas de lui dire que son maître « y eût mieux ))ourvu ». Qu'importe? Il aime mieux >< hasarder sa fortune et sa réputation » que la puissance et la pei-sonne de son maître. Sans cloute aussi ses mesures sont-elles si bien prises, qu'il se croit assuré du succès. Il demeure tout le jour auprès du prince et le <piitte fort peu la nuit. Il regarde ce malade que la fièvre tourmente, (pie l'on enfouit sous les couvertures, dont on réchautle les pieds avec des bouteilles; il voit la médecine que présente l'apothicaire, la lancette du chirurgien, les « demi-bains » au moyen desquels on lutte contre la fièvre, niais sa pensée est ailleurs. Ce qu'il combat, lui, c'est l'Anglais envahisseur. .Son
fl) Mémoires de lleaulieu-l'ersac, publiés par Charles de La Ronclère, p 12«j-130.
iOV DISPOSITIONS PUISES POl K LE Slfc(;E.
(^Hprit ik; se ({«'taclii' pan tUm oifii«s qu il tant doiuicr à la (l<'*iiii»<-i ]»our Mîcuurir l lie.
JK' Hayoïiui', m^ (*oiiiiiiaii<J<'iiiciits tiiciit les |>iiiuHx^ l«>iiuiic«t rtroitos ri léfiiTcs, <|ui, par tes temps tir taliiu* plat, roinroiit sur la iiicM*: au itavro, il aniic cinq vaisHtraux-tlrauuuh; t^ur 1' (■aronne c>t la lk>i'(lo^''i)e. des l»ai'qu(^>, des ^^aliotcM. dtm IViu^ rcniplis de vivros. Uv poui" d ('•]Miisor lo tr»'s<»r. il avaiiri* tl<* >«•dciiiois ((uatrp-viii,i:t-riiu( niilli' Iraiics. plus d<* doux niillimis <!• uoti'c nioiuiaie d aiijourd iuii : ù icttc soniiiir il ajouti* viu^l deux inillo pistole» cinq niillious «'nviron de < «'ttr iimmim* MUMiiiaic. qu< pi*éteut Ips pi'/>sid<.nits Cliot^Iior, de Fiovellfs. de Clievry. de (^htilJe et du lloussay.
Les dillic-iiités iinanrièivs uv ««ont pas les |dus i-cdoutaMes: il faut li;U4M- 1 a<-bèveuieiit des quarante vaisHoauii de li^ue quf 1 on construit à lk>rdeau\, à (IlouHe. au Havre, des dix que ion anjc en ll<dlande: il Tant ti'i<»niplier «lu inanxais vouioii* d<*s niat/dots uonuands. 4.|ui l'éclanicut des suides atLardres: il faut vain< i'«riiostilité des arniateui's de Saint-Mulo. qui ne veulent pas qu<* 1- Roi itîquisitionne leui's plusljeaux navire*» et<|ui rêvent de fornin une soi'tc de ville libre et de r«''pul)li<fue ; il faut lutter eonti-e i indifl'éi'euce des ]M)pulations niaritiines de lAunis et du l*oiton. «fui ne tentent rien pour jiunii- I audace des vaisseaux an&rlais. au<ivs si près des côtes qu'elles peuvent suivre les évolutions des «'•qui- Ijag-es. la raoutée des marins dans les hunes (1).
Le i9 juillet 1037, Louis XIII ])arait assez remis jujutse rendre au Conseil et le cardinal lui dil tout. Lue i-echute se produit l«surlendemain. Heureusement les nouvelles ue lardent {«s devenir plus favorables. Les forts Saint-Martin et de la Prée. (jui n'avaient de vivres que pour quati-eou cinq jours, sont ravitailb's pour un mois par les chaloupes du cardinal 2 . Havitaillement que tendent très i*ériLleux l'inexpérience de M. de Mai*sillac, évèque de Mende. et rentêtenient de M. Leclerc, général des Aivi-es : « Monseigneur, écrit au cardinal un vieux loup de mer, le capi-
(t^M. de La Roncière dit qu'ils étaient à portée de mousquet, Histoire de la Marine f7'aneaise (l. IV. p. 510-515).
(2) Richelieu, Mémoires, t. VII, p. 123-124.
SOUBISE A LA ItOCHELLE. KKî-
taille Cantelou, je vous supi>lie de nie délivrer de deu\ nautoniiiers infernaux nommés M. de Mai-sillac et M. Leclerc. Je ne crois pas d'autre purgatoire en «e monde que d'être entre leui-s mains et tout mon déplaisir est qu'ils ne connaissent les vents et veulent aller contre les marées. Je suis contraint de vous dire que, s ils ne me donnent pas un peu de relAche. je me noierai ave« eux (1). >■
Les bonnes nouvelles, — plus, n'en doutons pas, que les tei<rihles remèdes des médecins, — améliorent la siinté de I^ouisXIil. Avec quelle joie, le cardinal, qui <^t allé g-oùter ((uelque repos dans son logis d'Écharcon. reeoit cette lettre envoyée du chAteau (le Villeroy par M. Guillejneau. Tun des Diafoirus qui s'empressent autour de l'infortuné malade : « Monseigneur, le Hoi nous a fait assemider cette apW's-diner. sur la résolution qu il a prise qu il ne [U'cndrait point son apozème ni aucune chose purgative. Nous avons avisé de diauger ses eaux en j>etit lait et lui en faire user dès demain, n'y ayant point d'apparence de le mettre dans l'usage des eaux sans le purger. Nous lui ferons tenir un régime de vivre ti't's exact et userons de clystèi*e tous les jouis afin de s'accoutumer à son humeur. j)uisque nous ne pouvons faire autrement. Il se |>orte fort bien; reste toujours l'inégalité de son [touls. J'ai cru être obligé de vous aveilii*. alin que vous n'ayez jK)int la peine de venir si matin {'D. •»
Cependant la douairière' de Kohan (3), toute puissante à La Kochelle, avait exig-é qu'on y laissât entrer Soubise, qui arrivait en barque, suivi de (piehpies gentilshommes pi-otestants. de quelques Anglais et de sii' William Iteecher, secrétaire de Huckinuham. C'était le jeudi 2^ juillet 1027, par une chaude et orageuse matinée, Soubise s'était présenté, avec sa suite, à la porte Saint-Nicolas, tlont les sentinelles a^aieut refusé d'ouvrir aux ennemis du Roi. Mais voici que l'orage meiiarant depuis l'aube éclate. Va-t-on laisser M^"^ de Soubise se tremj»er jusqu aux os? Ce qu il demande est peu de chose : la permission de se mettre à l'abri dans le cor|>s
(1) Canlolou à Richelieu, lo septembre 1627. (Aff. élr., France, 786, f 143). (•>) Guillemeau à Hichelieu (Aff. élr., France, 786. f ' 86, fin).
(3) Catherine de Parlhenay-Lusignan, dame de Soubise, yeare du vicomte d£ Rohan. mère du duc de Uohan et de M. de Soubise.
106 LES DBKMKHES HESITATIONS HOYALES.
<lc pir<Ic, *'ii attenflaiit ramviW» <|ii main-, iju'on ont allr qu«-i'ii •Jl a justement j)our le premiiT iiia^'^intrat «le la cili' ile« leltiv». JnipoHanteH. Et )«• dialo^'-ue qui s'érlianKe ii «-Ht pas fort «HtlY'Wiil (le <-('lui <lu Iou|> et du lii(|U('t dans i crtaiiic fable de \a\ Foiilaiiif. La. porte s'ouvre enfin... La jwtitr troupe ot <lanh la phur. \j' maire survient : il conjure Souhiw de ne retirer |H>ur l'amour de La I{o«lielle et des h!^^ lises. Mais la douairirrc dr* Uolian. aecouruo de Ihôtel de .Marsan où <'lU*«'st installât», a pris la parolf : « Kntr*"Z. mon lils, s'écrie-t-elle. suivez-moi siuis <raint<> avcr ceux qui Hont avec vouH. Tous les frens de bien sont joyeux de votre venue. La maison de Rohan voudra toujours du bien à La Hociielle (ît le j>r« curera de tout son jKissible, » Tandis que parlait la douairière, la 'foule iirossissait. Pr/I'te, comme toutes les foules, a crier stdon bmot «le Ma<liiavel : >< Vivi- ma mort, et meure ma vie •> ! elb* acclame celui dont les «bHestables conseils vont la perdn*.
yuebjues instants plus tard, à rb«'>tel de ville, Sir William Heccker pressait le maire «l'accepter l'assistance «le la flott** aiiL'^laise tant <!<• fois implor«''e jmr la ville. Le maire demanda b* t«'mps «le n'fb'rcbir. Le len«lemaiii, l'échevin Jacques l>avi«l et l'avocat David de Fos, «lépêchés auprès <lc Soubise et de Beecher, déclarèrent qu'ils ne i])OUvaient prendre la responsabilit»'- «lentrainer les ÉfrlLses dans la révolte, sans avoir consulté le <lu«- «le Kolian. iK-contenancé, le secrétaire de Buckinirbam. rejra^na sa bar(jue afin de retourner auprès de son maître, mais il laissait à La Kocbelle Soubise, qui travaillait pour lui (1 1.
Michelet a vanté le loyalisme <l<-s liaiùtauts «le La Rocbelb-, «pji «'avaient pas voulu ouvrir leurs portes aux An^-^lais. Louis XIII (jui, dans les long^s loisirs de sa maladie, avait compris que les Rochelais attendaient la prise du fort Saint-Martin pour se déclarer ouvertement, ne leur en savait aucun i:ré.
Il ne pouvait pas ignorer que la ville assistait l'ennemi en •Jiommes, en vivres et en munitions. Le parti fut pris, le siège décidé.
Rien ne peut maintenant détourner le cardinal de ce dessein :
(1; F. «le Vaux deFoletier, Le Siège de La Rochelle, j>. 87-91.