‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 53 sur 172 · ÉCHEC DES ANGLAIS AL FORT SAINT-MARTIN · texte numérisé non relu

ÉCHEC DES ANGLAIS AL FORT SAINT-MARTIN

^lea habitants de La Hochelle cliantreiit leur l'ésolution ; mais latteiïte du secours est décevante ! Les niallieureux soldats, morl'oiidus dans la boue des tranclu'es. tri'inipent, aux heures de relève, sur les toits du villag-e de Saint-Martin et fouillent de leuis lunettes lininiense horizon de la nier, où nulle voile ne sort de la Iji'unic : < Ayez pitié de nous! » g:éuHt un soldat dans une lettre écrite des tranchées ang-lainos à destination de TAng-leterre ; si notre lord lloUan»! ne se hAte j)as, il nous faudra trousser sacs <•( bajuapes (1). » Devant l'aflluv des troupes françaises, Buckin- ^ihaui linit, selon son premier dessein, ]>ar tenter sur le fort Saint-Martin l'assaut ^•«'inéi'al que demandent les Hochelais.

Toiras est uv«'rti le 5 noviMubre à la tond>ée de la nuit. L«' lendemain matin à j>ept heures, Beaulieu-Pei-siàc voit entivr, dans lu cliandire qu il occupait sur le Nonsttch, dos officiels ang-lais <|ni lui disent : <( Venez voir prendre la citadelle. — llieu nous en ^arde! » réj>ond le prisonnier, «pii Uionte avec eux sur le tîllac. Cin«[ minutes plus tard, les oflicieis an^^lais tirent tims cou}>s de <aiioii : la première sjilve commande aux troupes de se pivjjarer, lu deuxième de uiairher, la troisième de donner. « liien de plus furieux nidcplusim))rudemnient attaqué que cette place, laquelle ils veulent emporter de vive force >, sonire Beaulieu-Heisac (2). Les assaillants, au nombre de tleux mille hommes dans 1 attaque })rincipale, gagnent rapidement les dehoi's, que les Français ne ])erdeut pas leur temps à défendre. Le long de la falaise, dont la Jiiarée descendante a mis à sec les bases, quarante échelles se posent, des pelotons d assaillantes atteignent le deniier échelon, se hissent sur la crête, s'avancent voi-s le bord du fossé. Mais le feu des mous<]uetaires les arrête. Les malades eux -mêmes sont soi'tis de leui's huttes, se sont aventurés sur le bastion. Ceux qui se sentent trop faibles chargent les mousquets de leurs camarades; ceux »pii ont voulu combattre et que leurs forces ti*ahissent, disent aux autres : < Ami, je te donne mes bardes, je te prie, fais-moi ma fosse. » Ils s'y couchent et meurent.

Cependant, les mousquetaires du Koi \narchent aux ennemis

(1) Gibbs, T/ie first Duke of lluckuujhum. y. 3i0.

(2) Mémoires de lieautieu-J'ersdv, p. 1"M.

120 KICIIKLIKU ALKUTK SON MONDE.

qui sont iiiabscs entre le honl du foss4'> et le hoivl de la faluÛMï. I^en Anglais reculent, se liAtent voi-s leurs échelles. Ils Hont eulliutfS». j)r«''ciinté.s.

Los échelles restent aux mains des vain({ueurs ainsi <(ue cinquante prisonniers. Dans le village de Saint-Martin, les Anf^lai^ lilf'ssés se trahient en foule jusqu'à leurs lopis. pour mourir.

Tandis que IJuckingliam assistait, le sourire aux lévif^n et la moi't <laus l'Ame, à la r'uinr de ses espéraïues, Kirliolicu pourvoyait avec entrain au ra\itaiilement des forts. On peut en ju^er j)ar le court hillet <[u'il adressait à M. de (iuroii do Hechiiiuevoisin. ce vieil ami. ce joyeux Curon que les courtisans apj)elaient^<« le Flévéren<l IVre ». Le cardinal, en ce 7 novendire 1027. écrit de sa i)lus helle encre et helle humeur au Kévércnd l*èrcî Guron. gouverneur de Marans : « Monsieur, je haille demain au sieur Hébert de rari;<'nt, pour fournirdes vivres à Marans pour la Préeet payer les banques .selon que <lemande <lu Lac : il vous ira ti'ouver. >» Kt soudain, changeant «le ton : « Si tu veux mobliger à supporter toutes tes imperfections durant ta vie et tes humeurs grapillantcs, fais entrer de ton chef ((uelques barques à la F*rée. chargées de vivres, et je ]>aierai le tout. » De nouveau, style administratif : «< Kn outre, faites en sorte que les vivres de Bigotteau et tcu\ «ludit Hébert soient heureusement et promptement trajelfS». Il faut tn faire passer une partie au Plomb, afin que plus commodément on secoure la Prée, c'est-à-dire les gens de guerre ([ui y sont descendus. » Puis, nouveau changement ; le cardinal laisse libre cours à la joyeuse ardeur qui l'anime : « Si tu me mandes que tu aies fait entrer en abondance des vivres, je te dirai ce que je ferai; si encore trois joui*s après tu me fais savoir quelque nouveau secours, tu connaîtras par quelque action ma if\jouis.sance. Père! il ne faut point tarder : vous me donnerez la vie si vous faites entrer des vivres. Adieu. Père, c'est le cardinal de Richelieu (1). >.

Le lendemain 8 novembre, on aimonce au cardinal l'échec de l'assaut britannique et. le surlendemain. Schomberg envoie son

(1) ATCnel. Lettres du Cardinal de Richelieu, t. II, p. 695-696.

SCHOMBERG ACHEVE LA VICTOlhE. 121

Vejii, vidi, vici : « Sire, j'ai fait en uii niêine jour la descenteen Ré, vu lever le siège et défait et chassé l'armée anglaise. '( Us s'embarquent tous >'. mande Richelieu, triompliant. à l'évèque de Maillezais. bient<*)t archevêque «le Bordeaux, son bras droit dans les atfaires de marine et qu il appelait, avec un sourir»'. « mon lieutenant des eaux douces et salées . Et. comme s'il ne pouvait croire à tous les bonheurs qui lui arrivent à la fois, il' écrit à Schouiberg : c Beaucouj) «lisent ici que Buckingliam est «lenteuré sur la place ou mort ou fort bjj-^'i»' • nn«' >.«'< (»ii.l«- .|('j»«*«lii' de votre part en rendra certain (1).

Buckinghani n'était ni mort ni blessé. Il avait )>i"avé les balles-, franchi le dernier le pont «le bois «[u'il avait fait construire entre l'île de Ré et la presqu'île «le Loix. où s'i'lait «jpéré l'embarquement de ses troupes.

Le cardinal lisait avec orgueil les glorieux d«'*tails «le la victoii'e de Schomberg. Poursuivis par le mai*échal et MM. de Marillac et «le T«iiras à la tête des tin^upes du Roi. «levant l«'squelles marchaient trois Capucins, le crucitix «laus la main droite (2), les Anglais s'étaient retii'és dans la l'égion des marais salants par une chaussée de vingt pieds de large qui. i-esseri-ée cntiv les «leux lignes «l'eau de ses fossés, courait veis la nier au milieu «le l'immense marécage. .\u bout «le la chaussée. api*ès plusieui*s zigzags, on aj>ercevait. au-dessus d un canal large de quarante toises, un pont foHiiié sur lequel six chevaux de front l)ouvaient passer sans peine. Les troupes britanniques l'atteignirent entin. L'infanterie anglaise s'était retournée pour tirer. Elle e.ssaya «l'arrêter, par un«' «léiiiarge «le ([uinze cents coups de mouscjuet, l'infanterie frau«;aise. qui n'était plus qu'à cinquante pas. Détail à peine croyable, les mousqnelaire>i «lu Roi n'eurent qu'une dizaine de morts ou «le blessés. Ils répon«lirent par une «léchari;e meurtrière. Attaqués aussit«'>t par la cavalerie de Buckinghani. ils furent dégagés par la cavalerie du Roi ,3;. La cavalerie britannique fut renvei'sée par la n«Mre. l'infanterie

(Il Avenel, Lellres du Cardinal de Richelieu A. II. y. "lu 10 norerobre lG.i7 . (2) Lepré-Balain. année itvr.

(3^ Ibidem.

122 BL'CKINGHAM AVOUE SON IMPUUDKNCE.

^loi-cée j«i.s<ni au (lrai»cuu. La Inri*' ïnuu&itu'. cmi>oi'ta Jet» tr(>ii)KfH juHquà doux cents toiscK nii-«lelù «lu pout, Lo sol, derricrc «-Il «'tait Jonclif' «lo cadavres liT-itannutucH, Inaii du canal ennai -^''lantée.

Ihi vaisseau sur loijuol «o trouvait B«»uuli«Mi-l*r*i*WM;, on n*' voyait '<|u une iiirlée confuse. Las dr rejrarder wins conipnMidrc. le jn'isonnier était «iescendu dans sa «hainln'e, où il s'était mis ù lin Il tut inten*on»|Mi par l'entré»! atloléf de son valet : « jMonsir>ui . <<;riait cet iioninie, vous êtes perdu. Voilà le capitaine Kous, qui vient <1«' me <lirc »|ue les Frangais ont coupé la ^'orfi-c auv Anglais -en lierre, nmis (juc vous et juoi en 'pâtirons. Il y en aura liien peu <le reste, s'il n'y en a ]»oui' nous ôter «l'iri ii). » Ces propvs nempùcliaient pas lieaulieu-Poi'sar de continuer sa lectun-. Le soir, toutefois, il monta sur le tillac. Il y i*cnconlra le terrihl' capitaine, qui lui apprit les dernières nouvelles : <- Anf.'IaiH et Français s'étaient battus et il en était «iemeuré plus de (pjaire .mille sur la place et les An^'-lais s'étaient retirés dans ril«;de Loi\. » Invité à sou]>er par les ofliciei-s, il vit arriver, au nionrent de se .mettre à table, deux caj)itaines fort crottés, qui étaient de la déroute. L'un d'eu.x, après souper, accompajLnia Heaulieu-Persar dans sa duunhre et ■ lui raconta franchemont la dis^-^rAce d'larmée anglaise.

Sur la flotte, les choses n'allaient pas niicu.x. L'épidémie faisait ragre, malgré -les précautions observées, les lavages des navires à i;rande eau tous les deux joui*s. au vinaigre toutes les semaines, jnalgré le goudi'onet l'encens Ijrùléspour purifier lair, les bassin»; •de charbons ardents promenés dans les entreponts.

Le lendemain, sur le Triump/i, vaisseau amiral, ce fut le récit (le Buckingham lui-même que Beaulieu-Pei*sac eut l'heureuse fortune d'entendre. Le duc causa longuement avec lui sur le pont et finit par l'emmener dans sa chambre, sa belle chandjre dor<«e, <iù l'on foulait des lapis de Perse, où, sur une espèce d'autel, plusieui*s flambeaux, si l'on croit TaUemant, étaient allumés devant Jejportrait d'Anne d'Autriche. Buckingham « attribuait tout son

(ï) Mémoires de Beaulieu-Persac, p. 181.

i;EUROPE S'É-MEUT des succès français. 123

uiallieur à la bonne conduite et diliuence de M. le Maréchal de Schoiiiberg et de M. de Toiras, duquel il estimait le courage et les l'usfis ». Quelle folie de s'être laissé prendre aux belles pi-opositions <le ce Toiras, (jui avait voulu ^aj^rner du temps! <•. Le duc parlait Tort dignement, ajoute Beaulieu-Peisac, de ^I**" le Cardinal et avec force honneur et de grandes louanges de son couragfc et de son esprit, me disant que c'était le premier honune du monde (1). »

Helàché sur parole, Ueauheu-l*ei*sac, avant de retourner en Angleterre, où il devait rester jusqu au paiement de tia rançon, jdla trouver Richelieu et lui répéta les discouii» du chevaleresque Anglais. Nul doute que le carthnal n'ait goiUé l'endroit où lUickiugham reconnaissait (|u il avait de 1 esprit. 11 est un détail cependant <pie lUcheheu se rappelait avec plus de plaLsir encore : Soubise, <pii avait rejoint Buckingham depuis quelques sentaines et qui <l('{)uis le 17 novembre voguait vers l'Anglet^îri-e à bord de la flotte anglaise, (( avait eu tant d<' hâte de se mettre en sécurité » le jour de la déroute de Loi.v, - qu'il s'était mis à l'eau jus(|uos au col pour gagner une chaloupe i2. ".

Cependant, sous l'inspiration du Pèi-e Joseph, les libelles poursuivaient l'ennemi vaincu. On évoquait la Puce/le (TOrléans apparue ail duc de Buckingham pour le tancer de sa folle entreprise ; on faisait dire à l'adorateur «l'Anne d'Autriche pai' Jeanne d'Arc en personne : (( N'es-tu ])as de ceux qui fondent leurs querelles j) rivées sur le prétexte de la piété et qui i*endent la religion comme la chambrière de leui*s cupidités (3) >•.

Cependant, couiuie pour contrebalancer cette victoire, des avis étaient arrivés au Roi «■ de plusieui*s parts qu'un orage se formait en Allemagne, sous le nom de l'Empereur, pour venir fondre sur notre frontière de Champagne, sous jirétexte de la protection de Metz, Toul et Verdun ». Richelieu vit bien (jue le coup venait de

,1) Mèmaires de Beaulieu-Persac, p. 183.

[2) Ibidem, p. 188-189. Calendur of state Papers, t. II, p. i88.

(à) Louis Dedouvres, L'Eminence grise, t. II, p. 275-27C.

124 ItlCIlliLlËl SAISIT I.ES COUKHIKHS.

Madriil. I^n Roi Catliuliquc s'était fsuniv d'cuvoycr au Murbihni la flotte proiniso; il voulait faire attaqufu* la Fmncc par rKuipcreur, qui était un nulrv lui inriiie, tout <'ii ïoi^unui do w niontn-i fidèlr» h. l'alliaiuc frant^aisc : >< l/Kspaffuo, distant les Mémoire^ nous faisait une quciollo d"Allomaiid(r). » L'énorR-iquc «Irpéclienvoyée à du Farcis, ambassadeur du Hoi à la cour «le Madrid avait suspendu l'attacpir. Uiiludieu lisait «lans le jeu de ww advei-saires et d'autant plus aiséni(>nt (pi'il s'emparait de lenrseart<*K D'après les papiei*s d»; lUR-kingham, il savait «lepuis lontrtempque l'Anglais était d'intelUfCcnce avec M"* de Chcvreuse, — la <« chevrette » connue il ra])pelait. Aujourd'hui il apprenait qii' c'était ' la chevrette», (pii. .. hucpiinér ... avait conseillé àHuckinj^ham l'expédition <!«' La Rochelle.

Richelieu attendait «l'autres l'évélations : il faisait suivi-e Montagu, qui était de nouveau par les chemins de Lorraine et d< Piémont. \\i printemps 1G27. l'ag-ent anglais avait appris qu <»n venait «l'arrêter pivs de Lyon, puis de relAcher. un ceilain Moiitégni, dont le nom avait été confondu avec le sien (2). Aussi avait-il soin <le ne pas s'aventurer sur les terres du Roi. Mai- M. de Bourbonne. gouvenieur de CoifFy près de Langres, dont la maison était située sur les limites du Barrois. avait mission «le !• saisir au passage, sans respect pour les terres «lu duc de Lorraine. Deux Basques, mis au.v trousses de Montagu. l'obser^'aient sans cesse de près ou de loin. Un soir du mois de novend>r» suivant. 3101*8 qu'il se trouvait à courte distance «le la frontièr»-. l'un des Basques pous.sa jusqu'à M. de Bourbonne. Celui-ci accourut avec douze de ses amis, arrêta Montagu, Okenhem un gentilhomme qui laccompagnait) et un valet de chand)re qui portait une valise bourrée de jiapiei*s. 11 mena ses prisonnier> souper à sa maison de Bourbonne, puis les enferma à Coitiy. « château assez bon pour n'être pas pris d'insulte >•.

« Je suis très aise de la prise de Montagu, écrivait Richelieu « Marie de Médicis le 25 novembre. Je crois que Votre Majesté 1 aura fait venir maintenant à Paris. Si elle ne l'a fait, il sera de besoin

(t) Mémoires //m Cardinal de Richelieu, t. VII. p. 177. i2) Calendor of SUite Paper.s, t. XX. p. 164.

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