‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 54 sur 172 · ÉMOTION D'ANNE D AUTRICHE · texte numérisé non relu

ÉMOTION D'ANNE D AUTRICHE

<l*<?nvoyer la cavalerie de Champagne et de Picardie, pour le 4jiiérir et l'amener dans la Bastille sûrement (1). » Il y avait <[iielqu'un au Louvre qui était beaucoup moins aise que le cardinal, Cétait Aime d'Autriche, Tremblante d'être nommée <lans les papiers de Montagu et de se voir renvoyée en Espagne par Louis XIII, « elle en perdait le dormir et le mander (2) »>.

Heureusement, après l'aventure d'Amiens, elle a donné à La Porte un jLrrade dans sa compagnie <le gendarmes, — celle qui doit garder Montagu durant son voyage. La Reine mande Lii Porte dans sa « liambre au Louvre, un soir après minuit. Klle le suj)plie, elle lui fait « beaucoup de belles promesses à la manière des grands quand ils ont besoin des petits » : elle craint il'ètrc désignée sous un nom supposé dans les papiei-s de la valise, elle le conjure d'obtenir que Montagu ne prononce jamais sou nom véritable. La Porte part avant le jour, il est bientôt à Coiffy. Juste les troupes s'ébranlent. Voici, au milieu de neuf cents cavaliers, .Montagu « sur un petit bidet, sans épée et sans éperons ". Le baron de Ponthicu, guidon de la compagnie des gendarmes de la Heine, qui atlectionnait La PoHe, se doutant de sa mission, la lui facilite. Un soir, à l'étaiie, tandis que Montagu joue au r<;vei*sis avec Bourbonne et les officiers, comme il manque un <}uatrième, Ponthieu fait asseoir La Porte entre lui et le prisonnier. L'Anglais lui marche aussitôt sur le pied. La Porte « lui rend son ix>mpliment ». On joue et, non seulement cette fois, mais tous les soirs ; La Porte, sans éveiller les soupçons des ofticiers présents, linitpar lui dire l'angoisse de la Reine, et le bon Montagu répond «luelle n'est nullement en cause dans les papiei"s saisis et qu'il îumerait mieux mourir que de la compromettre. .\.nne d'Autriche, avertie, en tressaille de joie.

M. de Bullion et M. Fouquet, — le futur surintendant de Louis XIV, — eurent à examiner les papiers de Montagu. Enfin Richelieu tenait la preuve de ce qu'il avait soupçonné depuis longtemps.

Que de révélations sanglantes dans ce grimoire : le comte de

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. 11. p. 733.

(2) Mémoires de M. de La Porte, p. 39.

12fl I, INTRIGl'E PEHCKE A JOUR.

SoisflOTîS, (lès lo mois <1p juillet «lomior. jirètà conimiindcr Hoizo iiiiilr (•imoniiK, à faire ses apinoiiioiits h Valoiire; loiluc do Savoie décidé à lui piv'-tr-r maiii-foHo; 1«' «lue «lo Lorraine onVaiif île levi-r dix mille liommcset (piiiizo cents chevaux: l' Km ]M*ri*ur promettant six mille hommes ej mille chevaux: Verdun menacé; le due de Mohan h la veille de i-ceevoir «lu «lue de Savoie deux luiflfî homnicH et (juatorze cents chevaux: Venis*» contribuant à la solde de dix mille hommes «le |>ie«l j)our <()n«ourir à ce coup décisif contre son alli«''. U' roi «le Fran«'e!

lUickin^imm hattu. le complot découvert : «louhlc désastre ]>our les adversaires «lu cardinal. Huckintrham «lemaii«ie la pai\. Hi«helicu la refuse. Il «onsi'ille cepon«lant ;ï Louis XIH «le rend n-, par égard pour sas«i'ur la reine «l'Angleteri-e, tous les prisonnii-rs. Mesure courtoise, qui montrera aux Anglais les avaiil.i r. du manasre de France et j>erniettra au <li]>lomate qui se rendra en Angleterre. — où. dailleui-s. il ne verra pas le Roi, — de «lire à la Heine plusieui-s choses couh«lentielles.

Pour achevé!' sa victoire, Michelieu compte ou feint de compter sur les Ksj)agnols et sur cette fameuse flotte toujours annoncée, n'ai'rivant jamais. Il impose silence aux railleries des courtisans : »( Si l'on fait semblant, explique-t-il à Louis XIII, «le croire qne les Espagnols n ont jioint manqué, cela les obhgera à mieux faire une autre fois pour cou^Ti^ leur boute, ou du moins promettre plus que jamais un nouveau secoui-s : ce qni est capable «rempècher que les Ajigtais ne reviennent promptement secourir La Rochelle. »

M. de Bautru, chargé par le Roi d'aller à Madrid contremander la flotte espagnole, inutile désormais devant La Rochelle, reçoit l'ordre de prodiguer les plus grands remerciements à Sa Majesté Catholique.

Effet meneillcux ! Le 28 novembre, Wngt jours après la défaite de Buckingham, don Frédéric de Tolède et la flotte qui devait chasser les Anglais, surviennent sans être annoncés. Le duc de Guise, sur la côte de Morbihan, traite don Frédéric avec splendeur. Fêtes à bord et à terre, festins et même pèlerinages : à Vannes, on montre aux Espagnols le chef de saint Vincent Ferrier.

SEVERITKS DE RICHELIEL. li^

M. <lo Gui8c et l'évêque de Mende conjurent don Fréd/Tii d'attaquer l'Angleterre, dont le commerce se meurt, où la

« n<k'cssitc est iiu royablo •>. où tout l'État crie contre HuckinL-liani.

Au moment où le lég-er Buckingham décevait à la fois TAusleterre et La Rochelle, le duc de Rohan demeurait toute 1 csp«'M*ance de la cause protestante, dont il était le plus puissant cei'veau. Depuis le li octobre, il est déchu du piivilé^e de la pairie : c'est le Parlement de Toulouse qfui le jugera. Les pamphlets protestants fulminent contre le cardinal, qui s en Ht. Mais le duc de Rohan se rit plus encore des procédures : le moyen j>our les magistrats toulousains de metti« la main sur un ca])itaine à la tête de ses troupes! l»c Mmes, où il vient d'arriver <*n force, Rohan peut, en cas de revei-s, gagner les Gé*'ennes, se cacher dans les déiilés du vaste niastdf, y refaire ses ti*oupes dans les villages peuj)lés d'ardents religionnaires. se ravitaillci sur les coteaux et, <le limmense camp retranché ([ue lui oll'rent ces montagnes, exécuter sur l'ennonii des sorties victorieuses.

C'est pour lui enlever les places qui commandent les poi-tes des Cévennes ouvertes sur la vallée du RhAne, (pie Monsieur le Prince a «pntté Lyon. Il occu|)e en Vivarais Soyons et Iteanchastel. deux petites villes situées sur le tleuve, d'où M. de Hrison. qui a horriblement j)eui* d'être pendu, « s'enfuit |>ar des lieux inaccessibles » ; il occupe vSaint-Auban sur l'Ouvèae, dont la garnison presque tout entière (trente-quatre hommes) est j>assée au til d«> li'pée.

Dans sa maison de Pont-de-la-Pieri-e, Richelieu approuve de telles sévérités : « Gela empêchera que beaucoup d'autres bicoques ne résistent ». écrit-il à Monsieur le Prince vei's le i20 décembre 1627. Toute place forte peut éti*c, en ce moment, taxée de bicoque sauf la grande cité des huguenots. C'est La Rochelle qui concentre tous les reganls et le cardinal ajoute ces lignes triomphantes dans leur simplicité : (< Je ne vous mande rien de de<;à, sinon que le Roi avance toujours le blocus de l^ Rochelle et fait une (hgue qui, dans trois semaines, sera avancée <ie trois cents toises dans la mer, le pouvant assurer que, dans la tîu de-

»28 SPI.NOLA EN FHANCK.

janvier, rien ne ]»oiJiTa pasHcr par le j>ort dan» \jà Kot^hcUe. Il ne reste plus qu'un fort à r.iire par terr^ pour enreindre «ett* ville (1 . ..

Sons les murs (\c L;i Rorh««ll#»

A tiiivci-s irs |-u<'s M|»s(iir«'< on l'ari-- (!•■ i.oiijs MU. ]>rr<'.«'«ii' de quatre pa^en. qui eliarun portaient un tlaniheau devant nt>u carrosse, un protestant, lils de Sully et gendre du niantchal <l La Force, le comte d'Orval, se rendait du l>ouvrc à rambanHadi* d'Kspapne. Premier écuyer de la Heine, il venait, en cette soir*'î<* du 11 janvier 1028, visiter, au nom de Sa Majesté, Andiroi*^ Spinola. marquis de Los Italbazès, carie rapitaine prnois au ser vice de l'Espagne, c^ fameux capitaine, dont la prise de Bréd.. immortalisée par Vélascpiez, avait illustré le nom, allait ile liruxelles à Madrid et il éfait arrivé à Paris le matin même.

Le lendemain, ce fut Spinola (pii se rendit au Louvre, daiLS un carrosse du maréchal d'F'strées, suivi <le douze autres carrosses jdcins de seigneurs et de gentilshommes de la Cour. Kévérences, courtoisies, longues causeries en espagnol à l'audience de la Reine mère, puis dans la chambre de la Reiiie régnante. Ijt surlendemain, visite au duc d'Orléans, qui, après la délivrance de Ré. s'était retii'é de l'armée. On parla de la défaite de Fiuckingham beaucoup de gentilshommes présents y avaient contribué par leur valeur < et ainsi devisèrent quelque temps de guerre >>.

Nulle convei*sation ne pouvait plaire davantage au gran<l capitaine pour (pii les fêtes mondaines avaient peu de charme. C'était un homme de régime, qui ne soupait jamais et, certain soir où le marquis de Mirabcl, ambassadeur <l'Espagne, lui fit servir, dans un repas de neuf couverts, neuf plats seulement, remarque avec dédain le Mercure, l'infortuné capitaine <( se trouva malade x. Il n'en coucha pas moins tout habillé, car c'était son habitude en voyage comme en campagne : « Quand il va aux armées, rapporte encore le Mercure, du jour qu'il part pour y aller, il ne se dépouille que quand il est de retour à Bruxelles (2). •) On

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. II, p. 766-767.

(2) Mercure français, t. XIV, deuxième partie, p. 145.

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