‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 55 sur 172 · SPINOLA DEVANT LES TRAVAUX DU SIÈGE · texte numérisé non relu

SPINOLA DEVANT LES TRAVAUX DU SIÈGE

conçoit qu'un tel soldat eût grand désir d'aller saluer le Roi au camp de La Rochelle et s'informer des moyens par lesquels il pensait prendre une ville répotée imprenable.

Le 14 janvier, à minuit, il se mettait en route avec son gendre, le marquis de Leganès. Il s'arrêta, au bout de cinq lieues, à Bourg-la-Reine, dont l'hôtellerie Saint-Jacques attirait les voyageurs du sud-ouest et les pèlerins de Compostelle. De ce train il n'atteignit les environs de La Rochelle qu'au bout de douze jours. Le 29, Spinola l'ut reçu à Aytré par le Roi : <« Je suis venu en ces quartiers, dit Louis XIII, contre l'avis de mes médecins, n'étant pas entièrement guéri d'une longue et fâcheuse maladie. » Il ajouta ({u'il était résolu de châtier la rébellion, espérant de réussii* à La Rochelle comme son visiteui* à Bréda.

Louis XIII paraissait tout joyeux d'être au milieu de ses troupes, attentif aux plus petits détails et même plein d'expérience comme un soldat nourri dès l'enfance au métier des armes. Spinola « ne put se tenir de lui dire qu'il n'avait autre regret en sa vie que de n'avoir jamais vu le roi son maître honorer les armées de sa présence; que la noblesse française était bien heureuse de se voir honorée de la sienne, qui la i-endrait invincible ». Soldat cpii savait flatter les princes, il rappela que, l'an 323 avant Jésus-Christ, Antigone, otlrant la bataille à Eumène malade, parce qu'il le croyait hors d'état de se montrer à la tête de ses troupes, et l'apercevant tout à coup porté dans une litière d'où il encourageait les soldats, avait commandé la retraite et déclaré à ses lieutenants : « Ce n'est pas cette armé»', mais cette litière que je crains. »

Spinola inspectait d'un œil de coimaisseur les travaux des assiégeants et les fortifications des assiégés. La Rochelle, plantée dans un vrai paysage de Hollande, au milieu des marais, était défendue, dit un écrivain du temps, le sieur des Cameaux, historiographe du Roi, par tout un système de fortifications « à la moderne » : bastions, chemins couverts, fossés à fond de cuve, demi-lunes, portes robustes et bien gardées-; le tout formant une sorte de fer à cheval dont les deux branches aboutissaient à l'entrée du port, que resserraient

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doux tours inégales et que formait une chaîne. Eu deçà de U obalne, doux cent& vaisseaux roclielais. Au delà, riiiiineiuk; rade, s'élargissant vers l'oc/îan. s'ouvrait onlro dnux poiiito? Chef-do-Haie au nord, (lonnllc ou los .Miiuiiu's au hu<I 1;.

Ville enceinte de inuraillosi colosîialcs, murù ingentù operù cincta, Richelieu l'entourait d'uno lignr de circonvallation défenduo par des redoufos et des forts, (fui w dévclopjmit k perte de vue, en un interminable circuit. La cirroavallation commençait, du c6i6 de la pointe de Gji'oille, au fort de la Digue, à l'int/'Hour (hiquel on avait anu-nagé, pour M. <lc Marillac et ses mestres de camp, un logis et une rljapfUe, « où des Minimes disaient tous les matins la moss<' et, le soir, les litanies de la Vierge (2) »>. Passant au pifd des forts d'Orléans, de Goreillo, de Domio Graine, Saint-Nicolas, de la Moulinctte, de Cogne, de la Fons (au nord-est), elle s'ineln nait à l'ouest vers le fort du Saint-Ksprit et. presfjue en face du fort de la Digue, allait finir sur la rive .septenti'ionale de l'avant-port de La Rochelle, au fort Louis, terreur des Rochclais.

Derrière la ligne de circonvallation, qui était pi'ofonde, de vastes faubourgs semblaient être sortis de terre à la voix du cardinal. C'était le camp royal avec ses maisons, ses Ijaraquements et ses tentes. M. de Vaux de Folletier. dans un ouvrage des plus pittoresques, a brossé le Wvant tableau de cette viUe assiégeante ceignant la place assiégée, étrange amas d'êtres et de choses inhérent à ces sièges qui, tel celui de Bréda, semblent ne devoir jamais finir (3). Le seul spectacle de si grands préparatifs suffit pour expliquer la croissante lassitude de Louis XIll et l'angoisse de Richelieu, dont l'oreille, perpétuellement aux écoutes, saisit les mille bruits de la Cour, entend les murmures ou les railleries des courtisans, qui. selon leurs intérêts ou leurs passions, prédisent la victoire ou l'échec.

Le duc d'Angoulême commandait de Coreille à la Mouli-

(1) Voyez la gravure, p. 315.

(2) Mémoires du Cardinal de Richelieu, t. VIII, p. 33-34.

(3) F. de Vaux de Follelier, le Siège de La Rochelle, p. 236-238.

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jiette, le niaréciial de Schoniberg de la Moulinette à la Fons. le maréchal de Bassouipierre de la Fons au fort Louis. Spinola est auprès du duc d'Angoulènie. il admire les travaux, mais il fait remarquer tout de suite que, « le Roi n'ayant point d'armée sur les bras, il suffit d'avoir des forts, re(ioutes et lignes » pour se dél'cndrc contre les sorties des assiég-«''s, tandis que, devant Bréda, il avait été contraint, lui, Spinola, de creuser « double ligne de tranchées )>, pour se défendre contre les armées de secoui*s. Il regai'da longuement l'estacade de mAts au moyen de laquelle Pompeo Targone, l'Italien (|ui avait su barrer le canal d'Ostende, prétendait barrer celui de La Rochelle, et cette machine flottante, hérissée de canons accouplés, qui, suivant le mouvement des vagues, se trouvaient tous en batterie tour à tour. On lui parla des chaînes que l'on allait placer sur des pipes en travei*s du canal : il objecta que « la plus forte pouvait être rompue par la moiuilre barque ayant vent derrière ». • il est facile d'imaginer Spinola botté de cuir, d'après le tableau de Vélascjuez, vêtu d'un pourpoint fauve, le nœud vert à l'épée, nuiigre et las, le teint bistre, l'œil dur et pensif. Le vieux soldat (lit de Fonqieo Targone que « c'était un homme de grands desseins (1) », uiais quand on lui demanda s'il les exécutait, il garda le silence. Ce qu'il approuva, ce furent les vaisseaux échoués. Richelieu, pour enfoncer du cùté de la haute mer une palissade sous-marine entre les extrémités de l'immense digue, devait en couler deux cents, — deux cents carcasses de vieux navires amenés de Bordeaux, de Rouen, de Saint-Malo, de Roscofl', du Conquet, de Brest, de Concarneau, de Blavet, d'Auray, de Vannes, de Nantes et, les unes après les autres, immergées dans la rade.

L'architecte Metezeau et le maçon Thiriot avaient posé la. première pierre de la digue le 30 novembre 1627. Cette digue était composée de blocs entre lesquels on avait ménagé des trous pour briser l'efl'ort de la mer. L'apport incessant des vagues, le gravier et le limon la durcissaient comme un rocher. Ses deux tronçons partaient, l'un de Coreille, l'auti-e du point

(l) Voir Mercure françois, t. .XIV, deuxième partie, p. 593-595.

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