NÉGOCIATIONS AVEC LES ESPAGNOLS
qui porte aujounl'luii le nom de Hichelieii. Un fourmille nient d'ouvrière IjAtait le travail, f(ue \o cardinal surveillait en personne. Mais il fallait compter avec les erreurs, avec la mer, avec les obstacles des choses et dos hommes : le 10 janvier, la mer ayant enlevé le parenioiit de la dig^ue, il fallut recommencer l'ouvrage sur des assises plus larges. lUchelieu expliquait le tout à Spiiiola : au lieu de reconstruire le parement en verticale, on avait d\\ le reconstruire en talus.
IjC Génois, clignant ses j)etits yeu.v noii*s, dit (|ue « si l'on bouchait le canal et si l'on payait bien les gens de guerre (chose rare en Espagne) la ville était perdue ». Es tomada la ciudad[\). Il ajouta qu'il voyait bien que le Hoi s'était « engagé»» daiis ce siège sur le seul avis de son ministre. Songeant à tant de travaux qui contaient des sommes immenses, il félicita le cardinal d'avoir trouvé « l'unique moyen pour arriver à la lin d'une si grande entreprise : abrir la mono y cerrar el puerto (ouvrir la main et fermer le port (2) ». Sept joui's après le départ de Sj)inola, Richelieu écrivait au cardinal de La Valette : « Il faut avouer la vérité, que c'est un des meilleurs hommes du monde et que sa bonté égale sa capacité. >:
Il se montrait également satisfait de l'amiral espagnol : « Don Frédéric, ajoutait-il, est aussi, pour la mer, un très honnête homme (3). » Mais cette maudite escadre, si tardive à se montrer, pouvait-on compter sur elle ? Elle était en mauvais état et son chef ne songeait, d'après les ordres de sa cour, qu'à la mettre à l'abri dans les ports d'Espagne avant le retour des Anglais; et il partit en effet.
Spinola et Leganès tirent avec le cardinal un projet d'articles, pour « éclairer » le traité du 20 avril 1627, régler la composition de la flotte espagnole et de la flotte française cpii opéreraient conjointement et fixer les « buts de guerre » : rétablissement de la religion catholique en Angleterre et conquête d« deux ports de descente anglais. Le Génois et l'Espagnol obtin-
(!) Mercure françoix, t. XIV, deuxième partie, p. 595.
(2) Entretien det' Champs-Elysées, par J. Sinnond. — Recueil de Hay du Chastélet, éd. 16.39, p. 206.
(3) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. III, p. 26.
L'AIIMÉE BIEN PAYEE. 133
reiit, en outre, de liichelieu ce qui leur tenait le plus à cœur : le droit de recueillir sur lel côtes de Guyenne les débris de deux grandes caraques portugaises, qui valaient plus de deux cent mille livres. L'Espagne s'accommodait fort bien d'une guerre (jui ailaiblissait à la lois l'Angleterre et la France. Elle était enchantée que Buckingham eût échoué devant Ré. Elle ne désirait pas moins vivement que La Kochelle demeur&t imprenable et tint Louis Xlil et son armée loin de ses propres possessions d'Itahe. L'attitude des Provinces- Unies n'était pas moins ambiguë : leui's chantiers construisaient des vaisseaux pour le Roi Très Glirétien, mais elles permettaient que l'on recrut.lt chez elle des cavalière pour le roi d'Angleterre. Ainsi, cathobques d'Espagne et protestants de Hollande desservaient sourdement leur alliée, la France : étemels dessous de la politique !
Cependant le cardinal, — eu dépit des travei-ses d'une santé chancelante, — multiplie ses eflbrts. La teuq>éte ni le froid ne l'enq^ôchent d'être à Coreille le 3 février; avec Bassompierre, il regarde enfoncer dans le canal une estacade de trente et un vaisseaux dont on a maçonné l'intérieur ; le 7, il i*eparaU, en compagnie du maréchal, sur la «ligue. Ces travaux le retieiment de longues heures, son manteau flottant au vent. Les vaisseaux murés que l'on coule parallèlement à l'ouvrage, du côté de la haute mer, vont rendi'e le passage impossible, bien avant que soit achevée la digue eUe-mênie. En vain les Rochelais tentent de les incendier à marée basse. Que Dieu donne au cardinal quatre jours de beau temps et « les vaisseaux ennends n'entreront plus à La Rochelle, s'ils ne volent » !
Sachant que « la solde est l'âme du soldat et l'entretien de son courage », Richelieu, qui couvre d'or les constructeurs de sa digue, fait payer toutes les troupes avec une régularité parfaite. Plus de « passe volants », plus de ces figurants qui remplacent, les jours de re>'ne, les soldats que les capitaines ont congédiés pour s'approprier l'argent de leur solde. L'argent est remis chaque semaine à des commissaires intègres, les capitaines sont surveillés et les compagnies toujoure au complet
iU LE nOI S'ENNUIK.
Le Hoi jusqu'à présent sont iiioiitr<^ vrai chef de giieiro. Au mois (io janvier, il faisait l'admiration de Spinola; au njoin de «l/'remhro, il avait fait colle du cardinal : « 0""i<|Hf !<■ li<Mi soit trcs mauvais, «pie les tempOîtes. que les vents et les pluie» y soient ordinaires, qu'on soit dedans un continuel niarc'îcaR"e, avait mand<^ Ilichelieu à la Reine nit're, Sa Majest<' ne lalsHc pas de demeurer avec autant de gaieté r[ue s'il était au plu» beau lieu du monde. Avant-hier, il fut trois heures durant à la digue. Non seulement y faisait-il travailler îi sa vue, main il voulut lui-même mettre la main à l'œuvre (1). » Sou» un «iel noir de décembre, lo roi de France bAtissant comme un simple ma<;<m l'énorme digue battue ries eaux et des vents, «quel spectacle réconfortant pour le soldat !
Mais voici qu'au mois «le février, Louis Mil se .sent las. Ce n'est rien, un simple malaise, mais qui va s'aggraver, si le Hoi ne fait un tour à Paris. Le cardinal s'ojipose à ce départ, « représentant qu'il y va <le la réputation de son maître >». Il tremide que la Reine, ([ui se laisse circonvenir par le garde des Sceaux Marillac et le cardinal de Rénille (2), ne retienne son fils à Paris : « Au moindre accident qui arriverait devant La Rochelle », Richelieu serait congédié. Ne sachant s'il doit accompagner le Roi, il consulte le Père Joseph, qui lo presse de ne point s'éloigner. Ira-t-il, n'ira-t-il pas? « Deux jours entiers il est en ce combat (3). » Cependîint Louis XIII linit par reprocher à Richelieu do prendre toujours parti contre lui. La discussion, comme il arrive trop souvent, aboutit à mie cote mal taillée : le Roi rentre au Louvre et le cardinal reste au camp; le cardinal demeurant, il n'y aura personne qui ne croie que le Roi ne revienne bientôt.
Louis XIII partit le 10 février. Pendant l'espace de deux lieues, sur la route de Surgères, Richelieu l'accompagna. Il fallut se séparer. Louis XIII fit, en pleurant, ses dernières recommandations. Un traître soleil, avant-coureur du printemps, éclairait ses
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. II, p. 751-752, décembre 1G27.
(2) Le Père de Béralle avait reçu le chapeau le 30 août 1627. (.3) Lepré-Balain, 1629.