MINUTIEUSE PRÉPARATION DE LA SURPRISE
entrés à pied dans La Rochelle plus de cent fois par ce chemin](l).
Le Rochelais catholique avait obtenu du maire un passeport sous prétexte de quelques affaires domestiques à réguler. En réalité, il voulait voir si rien n'était changé à la disposition de la voûte Mauhec. Il avait rapporté que tout était en même place. Richelieu avait fait contrôler ses dires et ceux des sauniers par deux gentilshommes de sa maison, MM. de Saint-Germain et de La Forêt.
Du rempart, nul n'avait aperçu le paysan et les gentilshommes passant et repassant de nuit sur le bord de la contrescarpe,^ en face de la voûte grillée; nul, à deux semaines d'intervalle, ne les avait remarcpiés discutant au même endroit avec M. de Marillac. L'obscurité les dérobait aux regards et c'est impunément (pie M. de a Forêt, une jandie pendante le long de la contrescarpe, avait avancé le bras et sondé, au moyen d'un bâton, la profondeur de l'eau, qui n'était que de trois pieds, aIoi*s que la mer descendait encore.
Le cardinal, tout enflammé de ce beau projet, avait ra.ssemblé des pétardiers pour faire .sauter la porte Maubec. Le marquis de Feu(piières offrait de se metti'e à leur tète. Il était allé en <[uérir à Paris qnel([ues-uns de sa connaissance. La Gascogne et la Bretagne envoyaient au cardinal ce qu'elles possédaient « de plus habile et de plus estimé » en ce genre. Il arrivait des pétards de Paris, de Saintes. Ceux que l'on fabriquait chez le cardinal étaient en bois « reliés de bandes de fer », forts et légers tout ensemble et des ouvriers des plus (( rares » travaillaient sans relâche.
Le 25 janvier, M. de Feuquières avait reçu de M. de Marillac l'ordre d'aller, pendant le jour, reconnaître de loin les avenues de la porte Maubec. M. de La Forêt le guidait. Les voici à mille [pas de La Rochelle. Qu'est-ce que ces hommes qui se cachentj ^là-bas derrière des masures?... Fusils, arquebuses (1)... « L'ennemi! » s'écrie Feuquières. Mais La Forêt, qui connaît le quartier, explique d'un air entendu : « C'est un corps de garde que les nôtres ont avancé. » On se rapproche... Soudain, les masures s'enveloppent de flammes et de fumée : une salve de douze coups, La Forêt est tué d'une balle dans la tête : le cheval de Feuquières, (1) Mémoires du Cardinal de Richelieu, t. Vlll, p. 68-71.
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blessé à l'épaule, s'abat sous son cavalier. Fouquières lire son «{>«•• et n'a ({ue le temps d'érarter ries doux bras doux anjuobus*hug-uoiiotcs (jui lui toucbont la poilrin<!. Ikîux dôtonatious a «<*>■ cùtôs, presque à la fois; il n'est pan effleuré, mais il est pris et 1«- Arqucibusiere l'emmènent vere la ville avec le cadavre de l'impiudont La Forôt, On aperçoit rjuclques royaux accourant au loii pour venir ou aide. Trop tard. Los protestants vont s'en^^a^cr sur le premier poiit-lcvis de la porte Maubec. Gepondaut Fou(pii«îreK. sous son manteau, n'a pas mancpié de mettre en petits morceaux qu'il répandait sur le cbemin le papier qui contenait " le nom et l'ordre de l'attaque «los lieux et «les troupes ». On travei^e les trois ponts h. présent. H parait fatigué de la coui-se, il ralentit. C'osf ([u'il veut graver dans sa mémoire les moindres détiiils de la porl<v de la grille et de la voAte. Feu({uières est homme de ressources Môme prisonnier, il communique avec Richelieu. I^e Père Joseph a des intolligonces dans la ville depuis plus de quinze ans, Cousin-genuviin du religieux, Feuquièrcs lui « écrit deux fois la semaine », il fait savoir au cardinal « qu'à son avis rcntrepn>>' peut réussir et beaucoup mieux qu'il n'eût pensé auparavant (1)
Il fallait laisser aux assiégés le temps d'oublier cotte alerte. Un mois s'est passé. Le cardinal a devant lui un habitant de La Rochelle, un catholique dont il est sûr. Comment est-il pai*venu à faire sortir cet homme de la ville? Ses Mémoires ne 1- (Usent pas; mais, comme l'a observé Louis XHl. le cardinal a plus d'un tour en son sac. L'homme lui dit que la sécurité règne dans La Rochelle. Point de changement dans les loies, point aux mui"s de la ville, point à la porte Maubec. Voilà une porte dont les gardiens sont fort négligents : chaque nuit, deux ou trois heures avant le jour, la plupart des trente hommes qui sont là pour veiller, « s'en vont chez eux dormir » à leur aise et se font remplacer par leurs valets. Ces renseignements sont confirmés par MM. de Corbevilleet de Cahusac, dépêchés à la porte Maubec avr-. les principaux pétardiers pour une dernière exploration : jamais « si mauvaise garde pour une telle ville » .
(I) M"" du Tremblay et de Feuquières étaient nées La Fayette : voir Dedouvrtf-;, ■op. cit. t. I, p. 301-302 et Négociations de M. de Feuquière.%, I. éd. 1753, t. \, ;>. 88.
i;aitaqce de la porte 139
Le cardinal se décide. L'entreprise est fixée au samedi 1-2 mars. Ce jour, à cinq heures, le cardinal apprend d'un autre catholique, mystérieusement extrait de La Rochelle comme le premier, qu'il n'y a ni changement ni soupçon dans la ville.
Sept heures : à Périg-ny, petit village, près duquel prend naissance le ruisseau qui devient canal du côté de la Moulinette et se jette dans le fossé de La Rochelle à (juelques pas de la porte iMauI)ec, Richelieu tient conseil de guerre, passe en revue pétards et machines. Dix iieures : la clarté mourante de la lune permet encore de distinguer cinq chaloupes amarrées non loin de la Moulinette. Des gens s'embarquent : MM. de Cahusac, de Gharnacé, de Saint-Germain, de La Louvière, vingt autres gentilshommes do la maison de Richelieu, puis des gardes, puis des soldats d'éhte. Les clialoupes ghssent silencieusement dans la nuit plus sombre. MM. de Ranneville et de Beaui-egard ont charge d'applifjuer le pétard à la grille de bois sous la voûte. Il y a dans les bar([ues toute une provision de pétards et de tenailles, des marteaux et des haches. Les cin<piante liommes bien armés et résolus, choisis par le cardinal, sauront se fi'ayer un passage. Le gros <le la troupe dégringolera aisément de la contrescarpe dans le fossé, suivra les clialoupes, dont les occupants auront soin de sonder l'eau devant eux. C'est M, de Corbeville qui doit soutenir avec ses carabiniei'S les pétardiers conduits par Pierre «l'Albon, sieur de Saint-Forgeux.
La mamiHivre parait simple. On se trouve en face du pont de pierre bî\ti au milieu du fossé; un pont-levis le rehe à la contrescari)e, un autre pont-levis le relie à la première porte de la ville. Les assiégés lèvent chacjue nuit les deux ponts. Les assiégeants ont apporté un pont volant. A l'aide de cette étroite passerelle, quelques hommes franchiront la première j)artie du fossé jusqu'au pont de pierre, puis la seconde du pont de pierre à la première porte, qu'ils feront sauter au moyen d'un pétard. Cependant plusieurs d'entre eux, avec des ferrements fabriqués exprès, auront abaissé les ponts sans bruit. Les soldats du Roi passeront alors le fossé, entreront par la porte rompue dans le couloir creusé sans le j'enq)art. La deuxième porte, dépourvue de pont-
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levis et (le herse, volera liienUit en «''dais : iln seront dans la villr et donneront la main aux gens des rlialoui)es, entr<*s par la poiHff du canal.
Les deux troupos jrunies, soutenues par les < iu«| «ents hommes de Marillac, soutenus eux-niénics par les quinze cents de Sclion. herg, » tailleront vu pièces le corps de gar<le », établiront un corps «le bataille « sur la place de la ville neuve --. Les premiers arrivés courront à la porte de Cogne, à tpiati'c r<iit> toi<«s ,111 noid de la porte Mauhec, ouvrir au canlinal (1;.
En cette nuit du 12 au 13 mai-s 1G28, par un froid piquant, le cardinal atten<lait, à trois cents pas de la Cogne, avec mille chevaux, quatre mille hommes de pied et son valet de chand>re. Une venait l'aire là ce valet <le chand>re d'évôque, s<uis doute Des Bournais? Il tenait prêtes les armes de son maître, (pii « voulait se Lattre comme les autres (2) ». Voilà donc notre prélat à cheval, revêtu <le la cuirasse couleur «l'eau. <ju'il endossait volontiers sur l'habit feuille morte brotlé «l'or, le chapeau à panache sur la tête, l'épée au cAté et les pistolets à l'areon. Quel triomphe pour le cardinal si, demain, il i)ouvait écnrc à Louis XllI que La Rochelle est prise, la digue inutile, tous les projets de Huckingham déjoués! L'atiairc s'annonce le mieux du monde. Elle a été « conduite avec tant de secret durant quatre mois », que les Rochelais semblent n'avoir connaissance de rien. Ils entendront tout à l'heure le fracas annonciateur de la chute de la ville, le pétard de la porte Maubec.
La nuit passe silencieuse et lente. Richelieu s'impatiente, s'étonne. Déjà le ciel blanchit vers l'est. C'est l'aube grise sur les marais gris. Les énormes murailles apparaissent estompées dans la clarté blafarde et peu à peu s'éclairent. Que se passe-t-il? Marillac ne fut jamais « hasardeux » : il a dû « saigner du nez à cette occasion » ; il n'a pas « osé entrer dans un lieu dont il ne voyait pas la soiiie », songe le cardinal en comprenant cpie l'afJaire est manquée. Il se retire de fort méchante humeur. Marillac infortuné I
(1) Mémoires du Cardinal de Richelieu, t. VIII, p. 76-78.
(2i Relation véritable de re (jui s'est passé en l'ordre de la surprise de la ville de La Rochelle (Bibliothèiue nationale, Cinq-cents de Colbert 2, fol. 123).
ÉCHEC COMPLET l)V COtT DE MAIN. Ul
On sut bientôt que Marillac et Corbeville s'étaient mis en route avec leurs hommes vei*s onze heures du soir, mais s'étaient arrêtés bientôt, pour construire deux ponts destinés à rendre moins pénible la travereée des marais; ils avaient ensuite attendu les pétards. Saint- Forgeux et les autres pétardiers, qui les suivaient avec les machines et devaient arriver à la contrescarpe vers deux heures <lu matin, n'avaient pu retrouver dans les ténèbres les gens que le maréchal de Scliond)erg mettait à leur disposition. Le temps de les cherclier et de faire porter par un petit nombre ce qui devait l'être par un grand, ne leur avait permis d'être au rendez- vous que sur les cinq heures après minuit. Et ils n'avaient qu'une demi lieue à parcourir!
Marillac, ne voyant pei-sonne, avait tenté de joindre Cahusac et ses bateaux. Mais Cahusac, arrivé dès deux heures à deux cents pas de l'endroit où le canal se confondait avec le fossé, avait dissimulé SCS barques, pour les (h^'ober aux regards des sentinelles qui montaient la garde à la j)orte Maubec. Sans le vouloir, il les dérobait également aux regards de Marillac, gêné par un ruisseau qui l'empêchait d'atteindi-e le bord du canal. Cahusac avait fini par débarquer avec plusieure de ses compagnons. Il s'était promené une grande heure le long de la conti'escai']>e, sans être vu par les sentinelles et les rondes qu il t*ntendait sur le rempart. Gela jusqu'au jour, qui l'avait contraint de s'éloigner avec les bateaux. Marillac était depuis longtemps retourné aux ponts jetés sur les marais. Il avait rencontré l'un des pétardiers, qui lui avait dit que les machines n'arriveraient que dans une heure et qu'il serait sans doute inqjossible d'achever l'entreprise avant le soleil levé. Marillac y avait alors renoncé ; il avait enlevé ses deux ponts et chargé Corbeville d'aller avertir le cardinal.
Dire « qu'on avait pris ses mesures si justes » et que même les ennemis avouèrent que le succès était « infaillible sans ce malheur »! On oom^'oit la mauvaise humeur de Richeheu. « Le ])euple de La Rochelle, racontent ses Mé/noires, réputa à miracle d'être échappé de ce danger. » Le cardinal se consolait en pensant que ce peuple n'en était pas moins perdu : <» il y eut bien,
142 AUTHE HKSSOl UCK : UN BILLET l)K LA HKINK.
continuent les Mémoires, (]iioi(]iic .sorte <le luerviMlIc en la conduiUet l'on n'en voit j)as moins en la rupture de ce domein si bien entrepris, 1(mjuc1 Dieu voulut rhaiif^'or en une autn- manière de châtiment plus convenable à la malice des coupables, qui «*tail ni extrême, qu'on ne leur pouvait donner de bourreaux moins cruel;» et plus infâmes que les propres auteurs, se faisant mourir eux mômes par la faim et toutes sortes de misères (1). »
Ces misères, Richelieu travaillait (h; toutes ses forces k les accroître. Les deux tronçons de la digue n'avaient jamais ces8é d'avancer lentement mais srtrement, l'un vers l'autre et, trois jour» après la tentative manquée de Maubec, quatorze navires arrivés de IJoi'doaux, avaient été maronnes et coulés dans le «anal de l,a Rochelle. Le cardinal tenait à le fcnner avant l'arnvée de la flotte anglaise. Mais ce retour n'était-il pas fort incertain ? Lo cardinal n'était pas éloigné <le le croii-e, de|)uis les lon^'-s «Mitretiens qu'il avait eus avec Guillaunic de lî.iiifiii < omfr' (!<• Snr.inf près d'Angers.
Ce Bautru, fin courtisan, avait un esprit aimable et enjoué qui lui permettait d'en user le plus familièrement du monrle avec le cardinal et même avec le Roi. Un jour que Richeheu lui parlait des préparatifs de l'Angleterre, Bautru avait hasardé : « N'est-il pas vrai que Buckingham doit commander la flotte anglaise et qu'il a repassé en Angleterre, le cœur plein d'une indicible passion pour la Reine? — Eh bien! avait interrompu le cardinal, à quoi cela peut-il aboutir? — Il faut, avait repris Bautru, que la Reine écrive une lettre à Buckingham, cpi'elle flatte sa vanité, qu'elle se serve des termes les plus persuasifs pour l'empêcher de secourir La Rochelle; qu'elle l'en prie, si cela est nécessaire, et que je me déguise pour porter moi-môme cette lettre. » Si l'on en croit un récit du maréchal de Tessé, paru en 1745, le « Roi et le cardinal, après bien des contestations, des contredits, de^ répliques et des contre-réphques », avaient adopté l'idée de Bautru. Anne d'Autriche, à la prière de Louis XIII. avait écrit la lettre.
(1) Mémoires du Cardinal de Richelieu, t. VIII, p. 82.
BUCKINGHAM EST-IL TOUCHÉ? lii
« trouvant qu'il y avait quelque chose de grand pour elle de rendre au Royaume le plus grand service du monde et que ce fût l'effet de sa vertu et de l'amour qu'elle avait fait naître dans le cœur de liuckingham (1) ». Et, alin de pouvoir, le cas échéant, désavouer la lettre, on l'avait conliée à un simple courrier, uioius facile à recomialtre que Bautru, même déguisé.
Les habitants de La Rochelle se demandaient avec angoisse j>ourquoi la flotte an.elaise ne paraissait jioiut. Leurs députés, MM. Vincent, Salhert et de llinsse, embarqués le 17 novembre sur une patache anglaise (2), avaient rejoint la flotte qui ramenait Rucidugham en Angleterre et ils avaient jeté l'ancre à Poiismouth. Ces députés ne s'étaient donc pas conformés aux instructions qu'ils avaient re(,-ues; ils n'avaient donc pas sujjplié Sa Majesté Hiilannique de hâter l'envoi du secours!... Ruckingham avait levé l'ancre le 19 novembi'e 1G27; on était au début de mai's : près de (piatre mois sans nouvelles ! Aussi quelle joie quand un messager survhit, qui, s'étant introduit dans La Roclielle, avait ouvert un l)outou de son iiabit, tiré la dépéclie qu il avait cachée et donné le message tant attendu aux autorités de la ville! Or, voici ce (ju'il contenait : « Votre ravitaillement conduit par M. de Hinsse s'en allait en mer escorté de quatre rand)erges et quinze vaisseaux de guerre, quand nous avons appris que la flotte anglaise prenait la route de La Roclielle ; le conseil a jugé le convoi trop faible, a rappelé à Plymouth M. de Hinsse pour renvoyer le tout avec une forte armée. »
Le diner des Rochelais était loin d'être servi. Trois semaines plus tard les malheui'cux eurent la consolation de recevoir dans leur port, api'ès une vive canonnade et une poursuite acharnée, le capitaine David, qui, sur sa patache montée par \ingt-deux hommes, avait franchi l'estacade naissante, passé avec le flot
(1) Récit des incidents secrets qui firent que l'Angleterre ne secourut point La Roch'-lle, et que le Roi Louis XIII se rendit maître de cette ville pendant le ministère du Cardinal de Richelieu, par M. I»* M. de T. — Voir Henry de La Garde, AJ. Le Duc de Rohan, \>. 253-558. Si, comme le pense Henry de La Garde, le récit est 1 œuvre de René de Froulay, comte de Tes^é, père du marécbal, qui arail clé élevé entant d'honneur de Louis XML nul doute que le style nen ait été retouché par le maréchal, car plus d'une expression trahissent le contemporain de Louis XV.
(2) F. de Vaux de Folletier, Le Siège de La Rochelle, p. 176.
lU U FLOTTE ANGLAISE ANNONCÉE.
par-dessus les navires submergés, glissé o.ntvc la ligne des vaisseaux cnclialnés et la rive septentrionale de la rade. David, en frAlant de sa quille la palissade Kous-niarinc, s'était cru perdu: il avait jeté à la mer toutes les dépêches écrites par les députés dej)uis leur «lépart i)our l'Angleterre. Les nouvelles orales qu'il api)ortait valaient bien la chaîne d'or que lui remit en récompense le maire de la ville et sur la(pielle était gravée cette devise : Pafrian sunt magni dona /'Cricii : le duc de Buckingham et son beau-l'rère, le comte de Deubigh, arrivaient avec une flotte de soixante navires de guerre. La chance tournait. La Hochellc aurait encore de beaux jours. Et ce n'est pas tout. Quehpies heures après l'entrée du cajntaine David, un autre vaillant marin, le cn|>itainc Sacremore, échouait entre le fort d'Orléans et le fort rochclais de Tadon. M. de Marillac, à la tôte d'un détachement royal, l'attaqua dans les ténèbres et lui tua beaucoup de monde. N'ayant ni hache ni pétards, '^il ne put crever la barqne; la marée sunenant impétueuse, le vent soufflant en tempête ne lui permirent pas de continuer le condiat, emportèrent Sacremore dans le port de La Rochelle et forcèrent les galiotes qui lui donnaient la chasse de renoncer à la poursuite, de peur d'y être emportées à leur tour.
Sacremore avait sur lui un double des lettres jetées à la mer par David. Les précieuses lettres que les Rochelais lisaient avec passion, étaient accompagnées d'un projet de traité d'alliance avec le roi de la Grande-Bretagne. Ils jurèrent cette alliance, en faisant observer toutefois qu'ils entendaient ne point déroger à la « fidélité et obéissance » due « au Roi Très Chrétien, leur naturel et souverain seigneur ». Habituel refrain de tous les rebelles. Un frondeur, mué en courtisan, ne disait-il pas un jour à Louis XIV : « C'était du temps où nous servions Votre Majesté contre le cardinal Mazarin? »
Cependant le paquet de David, trouvé par les assiégeants à marée basse dans les vases de la rade, avait été remis au cardinal. Mieux renseigné que les Rochelais, Richelieu apprit ainsi que le roi d'Angleterre était affligé d'une « prodigieuse disette d'argent » et que le jour où sa flotte pourrait mettre à la voQe,