LE PROBLÈME PROTESTANT
Nous connaissons le problème protestant et la place qu'il occupe dans la pensée de Richelieu. Assurément, le prélat est loin de se laisser entraîner par l'esprit de sa robe. Homme d'État avant tout, il considère la difficulté d'État plus que le problème des croyances. Tout en ayant combattu, dans ses écrits épiscopaux, la Réfonne et dénoncé l'attentat qu'elle a commis à l'égard de l'unité chrétienne, ses sentiments le porteraient plutôt vers une tolérance à la Henri IV, Nous avons cité déjà (1) les paroles qu'il adressait, en prenant possession de son siège épiscopal, aux protestants du diocèse de Lu^'ou : « Je sais qu'en cette compagnie il y en a qui sont désunis d'avec nous, quant à la croyance; je souhaite, en revanche, que nous soyons toujoure unis d'affection. Je ferai tout ce qui me sera possible pour vous convier à avoir ce dessein qui vous sera utile aussi bien qu'à nous. » Dans le coure de son ministère, le cardinal devait faire les plus grands etlbrts pour arriver à « l'union », à la « réunion » des deux Églises.
Mais ses fonctions l'obligeaient, maintenant, à considérer les choses du point de vue de l'État, de l'autorité l'oyale, de l'unité française. Or la situation créée, dans le Royaume, au corps des protestants par l'édit de Nantes lui-même, était du maniement le pilus délicat. La pacification, si péniblement obtenue par Henri IV, avait reporté les difiicultés plutôt qu'elle ne les avait résolues. De l'application de ledit, il résultait des difficultés chaque jour renaissantes qui mettaient le gouvernement royal sur un fagot d'épines, les torts étant, d'ailleure, des deux côtés. D'une part, à la Cour, le parti catholique, — notamment du temps de Sillei-y et de Puisieux, — empiétait systématiquement sur les conditions de l'édit : à tout moment, c'étaient des places protestjuites occupées ou fermées, des forts détruits, des grands seigneui-s convertis par autorité ou corruption, des pasteurs détournés ou séduits, si bien que les protestants, pour avoir des hommes sûrs, étaient trop souvent obligés de prendre leui's ministres parmi les étrangers. En 16*23, le s\Tiode national de Charenton avait formulé des réclamations, la plupart fondées,
(1) Histoire du Cardinal de Richelieu, l. I. p. 88.
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contre les infractions au traité, ÏAi Uoi avait ivpondu d'une façon assez favorable sur le principe : « L(*s réformés conserveraient le bénéfice des anciens édits, tant ((u'ils ne maintiendraient dans le devoir do l'obéissance »; njais il formulait nettement sa volonté « qu'aucun ministre ne fi"it <ié.sormais re<,u dans l'ordre s'il n'était sujet du Royaume ». Il renouvelait l'interdiction de» assemblées politiques, et même imposait la présence d'un commissaire-orateur rej)résentant l'autorité royale dans eliaque synode. Les protestants n'avaient jm obtenir ^'■ain de caus*; sur les deux revendications qui leur tenaient le plus à cuîur : la destruction de la citadelle que Valençay, gouverneur pour le Koi, construisait à Montpellier et le rasement du fort Louis que le» ingénieui-s royaux élevaient à proximité de La Ko(lielle(l).
C'est à la suite de ces divei-s mécontentements (jue le» prolestants, encouragés sans doute par les difficultés où se trouvait engagé le Roi du côté de l'Espagne, avaient, à l'appel de Soubise et de Roban, repris les armes. Le sud-ouest tout entier était en rumeur et se préparait à la guerre, avec La Rocbelleromme bastion vers le nord et comme porte ouverte sur l'océan.
Le cardinal considère toute cette tempête « d'un cœur assuré ». « On en était en un point, écrit-il dans son mémoire de 1625, où tout semblait conspirer à rabattre l'orgueil de l'Espagne : la force et l'autorité du Roi, ses armées bien munies, ses caisses pleines, ses alliances confirmées, son appui recbercbé par la Savoie, par l'Angleterre, tout paraissait se prêter au succès de la politique énergique engagée contre l'Espagne. » Cependant l'homme d'État, franc avec soi-même, est bien obligé de reconnaître, qu'en cette heureuse conjoncture des affaires, l'attitude des protestants lui donne de graves sujets d'inquiétude. Cette disposition du parti tendant à profiter de tous les embarras du gouvernement royal pour s'essayer à ces tentatives de rébellion qui vont jusqu'à prévoir une sorte de séparation, est chose intolérable. Un jour ou l'autre, il faudra en finir avec un esprit de hargne qui fait courir de tels dangers à la cause publique.
(1) Voir Anquez, Un nouveau chapitre de l'Histoire politique des Réformés de France, 1865, p. 80-100.