LE PASSAGE IMPOSSIBLE
Il a sans doute pleinement réussi, car, l'après-uiidi du même jour, un tambour et un trompette arrivent devant le fort de Tadon, mais le capitaine Sanceau, qui commande le fort, trouve cette mission de Laleu suspecte. Les mousquetaires tirent... Une balle de mousquet crève la caisse du tambour et dissipe du même coup toutes les espérances d'accommodement, car le parlementaire se hâte de retourner au camp royal sans avoir l'empli sa niission. Cuiton ne peut que communiquer la lettre de Gobert à divers cbefs rochelais. Des bruits de trabison se répandent : négocier avec le roi de France, quand lu Motte «in loi d'Aiii:leterre est là, prête à secourir la nlle(l) !
Au comble de l'angoisse, Guiton écrit à lord Denbiirli : « Ne laissez point périr vos frères que vous avez, avec tant de l)elles jiaroles, repus de promesses : toute rFumpe a les yeux sur vous (2). »
Le cardinal se rend, le 15, dans le quartier de Bassompierre, sui* la rive septentrionale de la rade : il regarde les vaisseaux anglais qui appareillent malgré le mauvais temps, mais se trouvent bientôt arrêtés par une violente teuipête. Le 10, la lutte reprend : un brûlot et une chaloupe, moutée*par un pétardier émérite, sont envoyés vei-s les vaisseaux français. Le brûlot échoue au pied de la batterie de Chef-de-Baie : le pétardier ne peut approcher d'aucun navire, son pétard éclate à l'imjiroviste et le coule avec sa chaloupe. Dans la nuit du 17 au 18, la flotte anglaise lance des « artifices à feu » : c'est une pluie lumineuse qui éclaire au loin la rade et le canal sans arriver jusqu'aux vaisseaux du Hoi : fusées de fête nautique! Le 18, enfin, Louis XIII, accompagné de Bassompierre, chez qui il avait diné, contournait La Hochelle pour revenir à Aytré, loi'S([ue. passant au foi-t de la Fons, le Roi et le maréchal virent, à l'ouest, la flotte anglaise qui appareillait de nouveau. Le maréchal se liAte de regagner sa batterie de Ghef-de-Baie. L'n immense espoir fait tressaillir les habitants de La Rochelle. Les toure et les clochei's se pavoisent;
(1) F. de Vaux de Folelier, Le Siège de La Hochflie. |>. 194.
(2) Pierre Mer?ault, Uochelais, Journal des c/ioses les plus mémorables qui se sont passées au dernier siège de La Rochelle, p. 330.
i:i4 LA FLOTTE ANGLAISE HENO.NCK.
sur les moulins et les forts de Tadon, les (étendard» claquent au vent, le canon d<' la ville lonno en si^ne ïlall^^rcKso. HandKTjre»» et jurands vaisseaux se sojit rajijU'ocliés de Clief-de-Haie, I/^urs flancs s'enveloppent soudain de fun»«''e; ils hUlient toutes leui>» bordées sur les vaisseaux «lu «ijunnandeur «le Valençay... Kt lf*s voilà, de nouveau, qui s'éloi^'-nent. Sentant leur faim croître avec leur déception, les assiégé»}* suivaient des yeux les voiles blanches <[ui s'estomjiaiont dans le IN'Huis d'Antioclie f 1). liientôt elles se ronlondirent avec 1 horizon. Il était cin(| heures de 1 apre> midi. He sa batterie de Chef-de-Baio, Uassompierrc assistait à la fuite des vaisseaux-fantômes : « Nous les conduisîmes de vue tant que nous ])i^mes, racont<'-t-il «lans son Journal, j)uis nous rt^tourniVmes faire bonne chère sans crainte des ennemis et avec bonne csj)érance de la prompte r<Mldition <le 1^ Uochelle. »
« Savoir ce ([u'ils veulent faire, écrivait le cardinal à Marie de Médicis, le 20 niai 1()28 : il n'y a personne (pii le puisse com- ])rcndre. Il est difficile à croire (pi'ils s'en retournent en Anp-leterre pendant que le Parlement tient. Ils peuvent aller attendre quinze jours à Helle-Ilc, voir si le temps redeviendra I>on, mai» je ne le crois pas'', car, quand ils reviendraient, ils y perdraient leur ])eine et eux-mêmes l'ont trop bien reconnu. •>
La lettre du cardinal était encore sur la table, loi-squ on lui apporta des nouvelles qui lui permirent d'ajouter à sa lettre le plus intéressant des post-scriptum. « Tout présentement, viennent d'arriver dix-huit matelots français que les Anglais avaient mis dans une chaloupe sans gouvernail et sans rames, à la merci de la mer. Ils assurent que les huit ramberges s'en retournent tout de bon en Angleterre et quelques petits vaisseaux de guerre s'en vont pirater où ils pourront sur la mer. Ils assurent de plus que le bon ordre qu'a mis le Roi a empêché que, depuis qu'ils sont à la rade, ils n'ont pu recevoir aucune nouvelle de La Rochelle et que tous les matelots qu'ils ont pris en la nier dans de petites barques, leur ont l'eprésenté le passage impossible. Ils ont aussi rapporté que le comte de Denbigh, avant que de lever l'ancre
(1) Mémoires du Cardinal de Richelieu, l. VIII, p. 146.