EST-CE L'EFFET DU BILLET DE LA REINE
pour s'en aller, a fait signer à Vcrgnault, Bouguier et autres j)rincipaux Roclielais qu'ils n'avaient pas trouvé le passage libre, comme iLs l'avaient représenté en Angleterre. » Les vaisseaux du Hoi, loin de « s'enfuir en Charente, Brouage et la rivière de Bordeaux », les attendaient résolus au conihat. Cette fière contenance les avait décidés à la retraite (1).
Était-ce la Reine qui avait obtenu cette niii*aculeusc retraite? Cent ans plus tard, à la coui* de Louis XV, une tradition demeurée vivante lui attrijjuait le miracle. Voltaire, qui interrogeait avec une si infatigable curiosité tous les survivants du siècle de Louis XIV, l'aflirme dans VEssai sur les mœurs : « La Cour, dit-il, a toujoure été pereuadée que le cardinal de liichelieu, pour j)arer ce couj), se servit de l'amour même de Buckingliam pour Anne d'Autriche et qu'on exigea de la Keine qu'elle écrivit au duc. Elle le pria, dit-on, de dillerer au moins l'embarquement et ou assure que la faiblesse de Buckingham l'emporta sur son honneur et sur sa gloire. Cette anecdote singulière a acquis tant de crédit qu'on ne })eut s"em})écher de la rapporter : elle ne dément ni le caractère de Buckingham, ni resj>rit de la Cour. » L'intrigue des coui-s a souvent frisé le romanesque.
A La Haye, dans l'entourage du prince d'Orange, le bruit s'accrédita, en ce printeuips 1G28, que Buckingham avait i*eçu de la cour de France deux cent mille couronnes pour ne point délivrer La Hochelie (2). Affirmation lancée du haut de la chaire par des ministres en fuiie. L'ambassadeur de Venise dans les Pays-Bas, Giovanni Soranzo, qui la rappoi-te, n'y croyait guère.
Bossuet, qui interrogea les entoui*s de llenriette-Maiie, inthque simplement que la reine d'Angleterre usait de l'influence qu'elle avait pu prendre sur le faible Charles, pour réconcilier son époux avec son frère : « Qui ne sait, proclamait-il le 16 novend)re 1669, dans l'église de Sainte-Marie de Chaillot, qu'après la mémorable action de l'Ile de Ré et durant ce fameux siège de La Rochelle, cette princesse, pi'onqjte à se servir des conjonctures importantes.
(1) Aveiiel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. III, p. 113-115.
(2) Voir Calendar of State J'apers, t. \\\, p. 108 el 114.
f50 UN AMIRAL DE COUIl.
fit roncluro la jmix qui oiiijm^cIwi l'Aiiirlntnrrc »lc rontiiiiior »<*ii secours aux caivinistcH r/'voitôs (1)? -
I/aïiihassadour (le Voiiisocii Frainc rcrivail au Iht^r, \v 7 ffw'u'v l(i28 : (( MfNiux {'2) a apportr à la IW'iiie une li'Un* <K' s;i lillc, (pil implore la paix (3). » l^a vrrité parait bien <Hre tpie le roi CliarK's après la retraite de neiihi^'li. ii'enterulait nullement renoncer à (Irlivrer les Hoehclais. L'histoire n'est ffuère plus avancée sur l< fond (les chosfs (pie l'amhassadeui' v<''nitien, (pii, du eamp de ]..< it(K-helle, mandait k son frouverncment lo -20 mai : « On ifrnoi-' si ce dc'pai't des Anglais est dû à la nécessité, à ({uchpie arrangement ou quelcpic dessein {^). -
Concluons, avec l'amiral Juricn do La <ira\ i« rc, (pje ce bciihi^'li qui, malgré l'aide du grand vent et de la grande marée, n'avait môme pas tenté de forcer le passage, n'était pas un Nelson. On a dit à propos de la bataille de la ilogue que c'était la « gueri< des cotillons » ; on peut en dire autant de la retraite de honhigh bombardé amiral, ])our le seul mérite d'avoir épousé la so'ui* de Huckingham,
Le plus extraordinaire, c'est cju'au moment où sa flotte faisait voile vers la c(*)te anglaise, Charles I"" encourageait encore La Rochelle : « Tenez bon, je suis n'solu quo toute la flotte j)érira plut(^t que vous ne soyez secourus. » Lors({u il eut appris ce (pii s'était passé, le Roi bouleverse dit et répéta « que, sa flotte erttelle péri, le désastre serait peu de chose auprès de la honte prtîsente ». L'opinion, très hostile à Ruckingham, ne se montra pas aussi émue et on n'avait pas encore porté la loi qui justifie la boutade de Candide : « Dans ce pays-ci il est bon de tuer de temps en temps un amiral, pour encourager les autres. »
(1) Bossuet, Oraison funèbre d'Henriette de France {Œuvres de Bossuet, I. XYH, p. 306).
(2) Louis de Mcaux, sieur de la Ramée et de Douy, gouvernear des Ponts-de-Cé.
(3) Calendar of State Papers, vol. XX, p. 587.
(4) Ibid., vol XXI, p. 9i.