MINUTES SUPREMES
Les affamés de La Rochelle.
« Monsicui*, cette lettre est pour savoir si vous |)rétendez que j aie coiiiiiiaiHlenieut en cette armée ou non. Si vous le prétendez, vous obéirez, s'il vous plaît, à l'ordre que j'ai donné à M. de Rothelin de prendre les chevaux qui sont eu votre quartier pour aller quérir des poudres à Sauniur. Si votre })rétention n'est pas telle, puisque celle du Uoi est auti'c, vos pensées n'enipécheront pas que je sois obéi, ne désirant pas que la patience que j'ai eue en plusieure occasions euqjéche en celle-ci que le service du Roi ne soit fait selon que le bien de ses affaires le requiert. C'est celui qui a toujoui's été et veut être, etc., etc. (1) »
Rassonipierre trouva «( fort piquante » cette lettre que venait de lui apporter à Chef-de-Baie, le samedi 24 juin 1028, M. de IJcauplaiv, capitaine des gardes du cardinal. 11 se rendit au château de la Sauzaie, où l'attendait Richelieu.
La réj)onse de Hassouipierre à la liautainc semonce était toute simple : il n'y avait plus une charrette au parc; toutes avaient été données pour la digue. Introduit auprès du cardinal guerrier, <( fort jaune et j)ensif de visage », il re(;ut un accueil aussi fi*oid que la lettre : (* Il y eut encore de grosses paroles », raconte Bassompierrc. Mais le maréchal ne se troubla point, il «lit ses raisons et le ministre amadoué, sinon satisfait, l'invita à diner avec Schomberg.
L'humeur du cardinal s'expUque : sur la thgue, les boulets des assiégés semaient les cadavres des travailleui*s; il fallait doubler les équipes, hAter le travail à tout prix, surcharger de ponts couverts de pierre les vaisseaux coulés. Le 26 juin, dans sa gahote, entouré du maréchal de Bassompierre, de l'airhevêque de Bordeaux et d'autres chefs de guerre, le cardinal visitait les machines de M. du Plessis-Besançon. Quittant le navire, il monta sur les vaisseaux de la flotte et traita sans aménité le commandeur de Valençay. Il n'ignorait pas, ^naintenant, que la flotte anglaise
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome 111, p. 120-121.
l.'iS I.E IMAN DE BATAILLE DU HOI.
se préparait h revenir et (|iie cette fois l'attaque serait île /e-raiide envergure : einl)ossée contre les vaisseaux «lu couiniandeur, la flotte anglaise permettrait à deux nulle soldats liritannitpies de débarcjiKM* sur la côte de l'océan, derrière la pointe de Ojreille et les li'oupcs viseraient le fort «l'Orl/'ans. S'appuyant à droite sur le fort rocliclais de Tadon, elles tien<l raient sous le feu de leur artilh'rie et les vaisseaux français <le la rade et la di^ue et les galiotes de lavant-port. Valençay serait pris à revers il).
Le pieux Louis XIII avait ordonné six semaines plus lût les prières des quarante heures, atin d'ohtenir la retniite de lord Denhigh. Le samedi 10 juin, vigile «le la l*entec<*»te, le jeune Hoi, musicien passionné, avait veillé jusqu'à minuit, <- en faisant ries concerts et des faux-hourdons ». Le «limamlic, il avait lait « l'offlce de MM. de la Chapelle durant les vi^prcs » et rccoinnicnc<^ le lundi. Une « pei-sonne de «pialité », invitée à l'entendre ce même luntli, regardait ave*- admiration le Hoi au milieu des chantres et le comparait à David jouant de la harpe devant l'arche. Et, le mardi, à Surgères, loi'squc le Roi était venu gagner son jubilé, « qu'il faisait beau le voir », après «le longues prièi-es, s'agenouiller sur les marches de l'autel! « 11 semblait, continue le même personnage, qu'il prenait son cœur et l'offrait au j»ied du Saint Sacrement (2). »
Ce fut le '2k juin que le cardinal avertit son maître des nouveaux projets l)ritanuiques. Le marquis de La Force (fils aine du maréchal) fut chargé d'en porter la nouvelle au Moi. Louis XIII se trouvait à Surgères. Revenu assez fatigué de la cliasse, il dormait. Loi'squ'on lui eut appris que ce retour de la flotte anglaise n'était qu'à l'état de simple projet, il ne cacha point son contentement. 11 écrivit au cardinal une longue lettre, à laquelle il joignit un fort curieux document. De même qu'en 1621, assiégeant dans Montauban le maréchal de La Force, il avait tracé une carte fort exacte des campagnes environnantes; de même, ce 2i juin 1628, il dessina un plan de bataille où figurait la place que devait
(1) Voir une lettre de La Ville-aux-Clercs (9 juin 1628) citée par Charles de La Roncière, Histoire de la Marine française, t. IV, p. 548.
(2) Mercure françois, t. XIV, 2= partie, p. 619.