LES BOUCHES INUTILES REFOULEES
occuper cliacuii des corps de son armée, si les Anglais avaient l'audace de tenter un débarquement fl).
Los semaines passaient, une faim de plus en plus cruelle tordait les entrailles des Rochelais, l^ne surveillance exercée avec un soin jaloux devait empêcher tout ravitaillement.
Le cardinal ne se lassait pas «le répéter à son maître : « Si le Hoi ne prend La Rochelle cette fois-ci, il ne la prendra jamais et les Uochclais et les huguenots seront plus insolents et, tous les ans, on aura la guerre par les huguenots et les grands factieux... Mais, si le Roi la prend, il aura la paix pour jamais; sa réputation ])assei*a celle «le ses pré«lécesseui's : il sera le j)lus puissant roi «le IKuropc et arbitre de la chrétienté. Sans doute un tel dessein sem beaucoup ti-avei^sé, il y trouvei*a l>eaucoup de difficultés. » Il n'en est pas moins certain cjue, si « Sa Majesté pei-sévère, elle remportera et lors il fau«li'a raser la plupart des places de la France, ce «[u'il ne faut point dire », «le peur de se trouver en ])résence «le villes closes (2).
Le :iV mai I(i28, les assiégés avaient essayé de se débarrasser «les bouches inutiles. Les femmes et les enfants s'étaient pi-essés aux portes «le La Rochelle. Leui' exo«le n'avait j)as été de longue «hure : les sohlats royaux avaient chassé le pAle troupeau vere la ville où l'on mourait. I^es habitants avaient semé quelques fèves auprès de la contrescarpe, on les faucha; on faucha le blé (juils espéraient récolter sur les pai'ties sèches de leui^s marais. Dans les greniers plus un boisseau. La ville vivait à demi-ration de légumes, d'herbes et de coquillages. Ce qui n'empêchait pas le maire «raflirmer qu'il y avait encore « assez de vivres pour tenir longtemps ». Le 8 juillet 1G28, en pn^senee de huit conseillei*s et «l'une foule «le i>eui»le, il «lonna lecture «l'une lettre où le cardinal assurait La Rochelle de la miséricor«le «lu Roi, si elle se remettait en son «levoir avant quatre jours. Loin d'accepter cette oil're, Guiton dit très haut que, «lans huit joui's, il comptait recevoir un puissant secouis «l'Angleterre, puis il renvoya sans réponse le tandjour «[ui avait apporté la lettre. Lm montrait-on
(1) E. Rodocanacbi, Les derniers temps du Siège de La Rochelle, p. 16.
(2) Mémoires du Cardinal de Richelieu, t. VII, p. 283-284.
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(|iiol(jiriin (le Ha coniiaissaiu<' (jni |»araissait n'avoir j>lus qu«" !«• souldc : u ÉtcH-vous surpris <lo cela? (lisjiit le maire stulquc; il faudra l)ion (juo nous en venions Ui vouh et moi, si nou» ne sommes point secourus. Il suflit cpiil vu reste un pour fermer les portes (1). »
En ce mois de juillet 1(»28, Malheri>c, aloi-s Ag-é de soixantetreize ans, visitait le camp royal. Hacan lui en faillit les honneurs. Le vieux poète n'avait jamais pensé <pie La Hoclielle pût tenir bî lontitemps. Le 21 janvier, tandis cpi'il se trouvait emore à Paris, il avait éci'it à l'un de ses cousins : « L'Anglais s'atta<piant au Koi est un petit frentilhomme de cinq cents livres de rente <|ui s'atta- (|ue à un (jui en a trente mille. Je ne sais si je vous ai dit qu'il n'y a que deuv rois en Kurope capables de mener du canon en campagne; si je ne le vous ai dit autrefois, je le vous dis à cette heure, car il est vrai. On ne compte que deux puissances en la chrétienté, la France et l'Espagne; pour les autres, ce sont leurs suivants et rien de plus (2). » La résolution des Rochelais surprenait le sage Normand. Un jour, se trouvant à l'ouest de la ville assiégée, en face du bastion dit de Y Evangile, lui qui, <lix mois plus tôt, avait chante sur le mode lyrique :
Ils ont beau vers le ciel leurs murailles accroître, Beau dun soin assidu travailler à leurs forts, Et creuser leurs fossés jusqu'à faire paroitre Le jour entre les morts,
i s'écria brusquement : <( A qui, diable, en veulent ces gens-là de tâcher tous les joui's à s'égorger les uns les autres, encore qu'ils n'aient rien à démêler ensendjle? Voyez-vous cet homme-là, — et Malherbe montrait, sur le bastion, la sentinelle la plus proche, — il souffre la faim et miQe autres inconmiodités et s'expose à tous moments à perdre la vie, parce qu'il veut communier sous les deux espèces et les autres l'en veulent empêcher : n'est-ce pas un beau sujet pour troubler toute la France (3)? » Malherbe
(1) P. Grilïel, Histoire du Règne de Louis Mil, t. 1, p, 591-592.
(2) Œuvres de Malherbe, t. IV, p. 71.
(3) Louis Arnould, Racan, p. 375.