‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 68 sur 172 · LES AFFAMÉS DE LA ROCHELLE · texte numérisé non relu

LES AFFAMÉS DE LA ROCHELLE

le savait bien, ce n'était pas seulement au sujet d'une querelle l'cligieuse mais pour l'unité française (pie le siège était mis devant La Hoc belle .

Les survivants pétrissaient un pain eiJroyable avec des morceaux de parchemin et de cuir bouillis dans du suif et de la cassonade; ou bien ils préparaient un gâteau de racines et de chardons sous le nom de pain chandé; ils s'en allaient à marée basse diercher des coquillages dans les vases de l'avant-port. malgré le feu des batteries, qui achevaient ces mourants. Ancrée dans sou opiniâtreté. M'"" de Rohan relevait le courage des mallioureux qui s'asseyaient à sa table. Or, le 1"" août, son cuisinier, qui n'accommodait pas de tels menus, planta là casseroles et fourneaux et franchit la porte de la ville; un parti de l'oyaux le fit prisonnier. Cet liomme aimait mieux être pendu haut et court que d'user ses talents à composer des gelées de l)ottes et des i)i\tés de vieux soubei-s (1).

Vn des plus grands partis de La Rochelle, une jeune fille qui possédait une dot de trente mille livres, suivit l'excnqile du cuisinier. Elle sut qu'il y avait, dans le i*égiment de M. de La Hergerie, du cAté de Honq)say, « un lieutenant de belle apparence ». IJien (|u'elle ne l'eût jamais vu, elle forma le dessein de l'épouser : le mariage lui paraissait être un moindre mal. Avisé par l'amoui-euse aifauïée, le beau lieutenant, de son côté, accepta le l'isque. Les Rochelais (pii venaient iiendant la nuit chei-cher leur nourriture sur les plages à marée basse, ne s'expliquaient pas pourquoi il leur arrivait de trouver du pain abandonné sur des planches et même des « pochées de blé ». Le 22, la jeune fille parvint à sortir de la ville. Le nonce du Pape, qui se trouvait alors au canq) royal, supplia le Roi de permettre le mariage et de renoncer au droit de confiscation qu'il avait sur les biens de la i'el)olle. Louis XllI ne refusa aucune des grâces qu'on lui demandait et les noces se firent au son des trompettes et des fifres (-2).

Mais le Roi et le cardinal se montraient sans pitié pour les

(1) Mercure français, t. XIV, 'i-^^ partie, p. 635.

(2) Les derniers temps du Siège de La Rochelle, p. 31-33.

UlCnELIEl'. — T. m. 11

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envoyés de La K<k:Ii<*I1c, qui. i-oveiiaut <rAiiKi''tciTe, s'rtforvaû'u i lie travei'Sf'r 1rs li^ii(«. L'un «i f*u\. un ^-eiitillioninie jMiitfviii, M, i\c Lu ('•ross('ti«'r('(l ), «pii avait rir [uifzc «lu lloi. fut aïKt»-. au début de juillet, dans la l>our^adc normande do La llayf-dii Puits, prè« de Cai'tcrct, 0101*8 qu'il venait «le didianiucr kui* un«' jdag-e déserte. 11 était allé |>resser Charl<"s 1" ot |{u<'kiii^''liaui de liAter le déjmrt do la flotte si impatieninient attrnduo. Los Hocholais prétendirent réoluiuKor contre M. de Fouquièrcs; ils invo quaient le droit deH frcns. Kiclielicu leur répondit : «« Vous n'ét< ni de condition ni en état de traiter avec votre uiaitro : la pensée en est criminelle. Partant, je vous conseille de n aufrmontor point j)ar cette voie [o. nomiiro do vos fautes. Jo ne sai«^ quollo ost la volonté du Roi (dont la bonté ost infinie) sur lo sujet do 1^ (ir(»^ sctièrc, mais je sais bien qu'il ne saurait i-ecevoir aucune peino qui ne soit moindre quo ses déméritos(-i). » \^>, i{o( liolais monacorenl dusor de repi'ésailles : n'avaiont-ils jwis Foucjuioivs ontro lcui*s mains? Richelieu cnit j>rudent de suspendre le procès >[> son piisonnier; mais, aprc^ la chute de la place, il fit jujror à Poitiers, condamnera mort et décapiter l'infortuné ^'ontilhomnic dont la ttMe. expédiée à 1^ Rochelle, fut expo«éo, an bout d'unlance, sur la tour de la Lanterne.

Les Rochelais consenaient toujours l'espoir d'une délivrant qui viendrait d'Antrleterre. Kn effet, à cette même fin d'août H'rlH. le roi Charles se décidait à envoyer une flotte formidabb Soixante vaisseaux de ufuerre, trente brûlots, quinze i-amber^edix pinasses, quarante navires reg-orp-eant de \'ictuailles, df^ transports montés par deux mille hommes de débarquement : telle était la force de cette nouvelle flotte. On pouvait tout esp< rer. Buckingham était résolu à vaincre ou à perdre la vio.

(1) Voir Tétudo de M Louis Batiiïol sur M. de La Grossctière, dans Au temps '/ Louis XIII, p. 190-279. '

(2) Lettres du Cardinal de Richelieu, t. Ilf, p. 1S2.

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