LES MERES SE SOULÈVENT
avait ])lus de chevaux, les morts étaient traînés à traveis les rues (le la ville jusqu'à la fosse, par les survivants exténués : « Tel père ou telle mère, conta plus tard l'un des assiégés, portait sou enfant mort à riiùpital et de là tout habillé dans le cimetière. Les plus accommodés n'avaient plus de pain (ju'une once ou deux par jour, et les peaux soutenaient le reste, mais il ne s'en trouvait pas suffisamment, parce que les tanneui*s, aussi bien que les autres, étaient morts (1). » Le moral de la population commentait à faiblir et plus d'un habitant regrettait que l'on eût chassé le dernier héraut, qui a^ait pai'u le l(i août devant la porte <le Cogne, en casacpie de veloui-s violet pai'semé de lleui*sdelys d'or, la toque de velours noir sur la tôte et le bâton royal à la main, pour sontmer La Rochelle de s'en remettre à la clémence du Roi.
Aussi (piand, le dimanche 3 septendire, à l'issue du prêche, Guiton eut annoncé que la flotte anglaise « arriverait in failli l)lement le 29 » : «< Quoi! M. le Maire, s'écria une femme, ne savezvous j)as ([u'il y a <piinze joui's <|ue je n'ai mangé de pain et que la nourrice de mon enfaid meurt de faim avec lui; il n'y a plus moyen d'attendi'e, il faut recourir à la mi.séricurde du Roi ou avoir du pain. »
Cette femme était venue avec d'autres femmes de sa famille. Toute cette parenté se lève. C'est une clameur indignée, (pii redouble lorsqu'une amie de Guiton va souffleter l'insolente, bataille : les deux femmes se preiment aux cheveux et avec tant de force, malgré leur fail)lesse, qu'on ne les sépare pas sans peine.
Mais le capitaine de l'un (h'^ (piatre (|uartiei*s de la ville est allié à la femme qui a interpellé le maire. Il intervient : « Monsieur, dit-il d'un air menaçant, ne nous flattons plus, *e vous avertis que je ne saurais i"etenir davantage mes compagnons, qui sont tous armé^, et (jue vous me verrez bientôt à leur tôte, pour vous forcera capituler, si vous ne trouvez pas les moyens de nous donner du pain (2). »
Guiton répond avec douceur, — avec plus de douceur que de sincérité; — il consent que deux députés aillent trouver le car-
(1) Journal de Pierre Mt-rraull.
(2) Père Griller. Ifistnin- ihi nétjnedc Louis Xlll. I. I. p. 603-604.