I>KS SUPPLIANTS AL CAMP KOYAL
dînai. Hitl'aiit, (l('-|>iiU> du Coiis(>ii, (>t Jouniauld. d<'*|>ut^ du |><'ii|dc. sortent à ])i(>d de la villo, /^ii^'-ncnt une maison d(* Rontpsay, non loin de Hoaulieu. CVst là (ju'a «Hé fixi^'C l'ontrevuc.
Kilo (luvii pltisicui's iM'ui'f'S. I.os «l(''|>ut<'S «If La UorhclW' af(i< Ihrent <l('s ])i-rt(>utions surjii'<naiitrs. Hi<-li<>li<Mi lUt h'('\h\hh'Ïh point et leur dit « de ne {ms trop compter kui* les Kocour» ang-lain. «|iii ne leur sei'viraient de rien, même s'ils «e iitontr-aienl dans |. chenal »> ; ajnrs l'arrivrV de la Hotte aii^MaiM*, le Koi siMait jtliix sévère, tandis «pi'il était disposi' à laissiT aux llotlielais « leur vie. leui-s hiens et la iiheiié de leur religion »». « Par ma foi! ajoutat-il. Foi de frentilhomme! Foi de rar<linal(l)! »»
Les députés s'éloifrnèrent du lo^'is de Hiclielieu, les oreilles j)leines des sei-meiits dont Sa Seitrneurie ilhistrissitiie avait émaillé ses discours. « Ils renlrèreiil à La Ko<lielle plus satisfaits «lu cardinal (|ue lelui-ci ne l'était «l'eux et sans avoir rien «-ouj-iu observait le nonce du l*ape. Uichelieu comptait cependant que ledéputés revieiidnii«Mif l«' 1 1 et «pie, «-e jour-là. serait siL'iu'-e \:< capitulation «le La Ko(lielI<'. Il n'en fut l'ien. Dans la nuit «lu 11 un brûlot rochelais tenta même d'incendier la palissade qui pr-otéîreait la digue, (hiiton, par sa manonivre, avait tra^nié que!<pie délai.
Encore la flotte britannique
Maintenant que l'arrivée de la flotte britamiique était l'esjKjir suprême et la suprême pensée de La Rochelle, tous les habitants s'abandonnaient aux mirages de la faim. Ils croyaient apercevoir au loin des voiles, «les voiles encore, émergeant de la brume, grossissant d'heure en heure, les plus beaux vaisseaux de l'AngleteiTe s'avançant en bataille; la digne s'écroulait, martelée par l'artillerie des rambergesmonstmeuses; tous les vaisseaux du Koi, tous les ouvrages laborieusement élevés par le cardinal sabimaient au choc des engins perfectionnés en usage dans la marine anglaise, « ces globes d'artifices qui vont entre deux eaux et, venant à toucher quoi que ce soit, se crèvent et enlèvent tout ce qui est
(1) Voir F. de Vaux de Folelier, Le Siège de La Rochelle, p. 24*.
LA FLOTTE EN VUE! l"?!
dessus (1). ») Le coiiibat faiitastique recouimençait pei-jîétuellelaent, chaos de rêve, hallucination colossale de toute mie >ille.
Le 28, voici qu'apparureut en eflet sur la nier, dans la fosse de Loix, les premières voiles hritanniques. mies approchèrent de la pointe du Wonih le 29. Là-ljus, vers Laleu, se hûte un cairosse. Il est à portée du canon des murailles. Le canon tire ; couverts de la teire qu'a soulevée le boulet, Richelieu et Hassonipierre, assis dans le carrosse, n'en continuent pas moins leur route vei-s le diner qui l 'S attend au logis du man^hal.
Le Hoi s'annonce après le dhier, il veut loger chez Bassompierre ; le fastueux Lorrain s'empresse : chand>re, garde-rohe, mousquetaires à cheval, chevau-légers, gendarmes, compagnies des gardes, compagnies de suisses, gentilshommes au nombre de douze cents, grands et j)rinces de sang, il i*e<;oit dans son quartier de Laleu l'énorme suite royale; il va « festoyer sans embarras » tout ce monde, (|ui s'émerveille. Il est tout glorieux des huit cents écus qu'il va lui en coûter par jour.
Le lendemain, les mêmes jM'i'sonnages, Hui, cardinal, ministres, maréchal, étîiieut en contenq>lation sur le rivage devant la Hotte anglaise immobile sur ses ancres et semblant attendre la marée. Le maréchal conduisit ses hôtes à la batterie «le Chef-de- Baie, où ils trouvèrent trente canons « en état «le faire du l)i'uit », disait lièreiiient liassompierre. Le Roi voulut «{ue deux l>atteries nouvelles fusSiMit édifiées entre Chef-de-Baie et La Rochelle; il se ren<lit jusqu'au l)out de la partie septentrionale de la digue, u ma (Ugue » comme Bassonqiierre appelait ce ti'onçon pour le distinguer de l'autre, qui n'en était plus éloigné que de quatreving-t-dix pas, car on avait jugé bon «le rétrécir encore le passage (2). Louis Xlli ordonna tpae plusieurs barques fussent coulées dans le ch«^nal et déclara «l'un air coimaisseur que les « Anglais ne pourraient pas faire gi-and chose ». l'ne sorte «le sérénité confiante éclairait son pâle visage.
La flotte anglaise, gro.ssie de trente et un vaisseaux, leva l'ancre l'après-midi. Cent >-ingt voiles passèrent au sud-est de l'Ile de Ré,
(I) Voir Charles «le La Roncière, Histoire de la Marine française, t. IV, p. 549-550. i'î) Voir F. de Vaux de Folelier, Le Siège de la Hnchelle, p. 240.
172 CANONiNADK SANS HKSILTAT.
outre la pointe; do Sal)laiicouux ot la |M»iiito t\o Cliof-<Ie-Baip. Coiix dos Anglais (|iii irôtaioiitjaiiiaiH vonuHdaiiKloHcaux do La Huohollo, ouront la siirpriso <lÔ8ajL,TÔal)lo do coiiMtator (|Uo la rive Miptontrio iialo do la rado ôtait hrrissro do fortifications ot g^ariiio do irons (le ^^uoi'i'O. Hno ranoiinado ôclala «lo part «'t daiilro, d'aillfuis asHCZ peu niourtriôro. Mais le» oanuns franoais oontrai^rniront los vaisseaux britanniques à choisir itn nioiiiJia^^'o plus ôloi^^né do la «•ùte et plus jM'ocho do l'ilr dr \\i\ Les vaissraiix ilu roi d'An^d*'torro, — il y on avait maintenant cent cin(|uanto, sous loj, unln's d'un amiral fort capable, Uohort Bortio, comte do Lindsey, filloul de la reine Elisahotli, — so déployaient on un vaste denii-cerclr do la pointe do Coi oillo au sud à la pointe de (^liof-de-Haie au nord face à la di^ue, face aux rempai'ts de La Itochello, à ses toui*s. aux clochci*s de ses églises; ils formaient la rade au même on<lroil que la flotte si peu efficace du printemps.
LoN lieiileiiaiils (le 1 ariiiiMl m- iiiaiiireslairnl nul entrain, carlouiN l)jVtimonts étaient en mauvais état. Wans la matinée du 3 octolir»- 1G28, vers dix heures et demie, la galiote do M. de Pontis, fendant les eaux sous l'effort de ses galériens penches sur les rames, parcourait l'entrée du irolfo, <pio venait do quitter la flotte antrlaiso. Un soleil radieux éclairait la mer (ij. La bonace n'avait pas permis à l'amiral Liiidsey d'engager le cond>at le jour précédent. Mais, ce matin, durant trois heures, favorisée par la grande marée et le vent, la flotte anglaise avait canonné Chof-de- Baie, la digue et la batterie de Coreillo; durant trois heures le Roi, le cardinal et le maréchal de Bassompierre à Chef-dc-Baie, le duc d'Angouleme, le maréchal de Schomberg et M. de Vignoles à Coreille, tous les gens de guerre en armes sur les deux rives, une foule innombrable de curieux qui se pressaient à porte de vue de chaque côté de la rade immense, des femmes même, confortablement installées dans leui*s carrosses, décidées à ne rien perdre de l'imposante naumachie cpie leur offraient l'Angleterre et la France, avaient voulu assister au grand drame militaire.
(1) Lepré-Balain, année 1628.
LE ROI ET LE CARDLNAL ARTILLEURS. r,2
La galiote do M. do Pontis avait reçu, coniine toute la flotte fran<,*aise, l'ordre de se tenir à couvert sous les canons du promontoire de Chef-de-Baie ; elle avait essayé d'attirer les vaisseaux anglais sur les has-fouds, pour les faire échouer. Plus d'une fois, la g-aliote s'était hasardée à suivre un vaisseau anglais, quan<l, après avoir lâché sa bordée sur la dig-ue, il se retirait au plus vite. Mais elle était obligée de revenir en toute liAte « de peur d'être surprise par quehpie autre », ce qui ne l'enipèchait pas d'avoir eu sa co(jue fortement endommag"ée et deux de ses galériens crnpoi'tés par un boulet. Il semble que l'on peut croire sur ce ])oint les romanesques Mémoires de Pontis, dont M'"* de Sévigné a dit : « H conte sa vie et le temps de Louis XIII avec tant de vérité et de naïveté et de bon sens que je ne j)uis m'en tirer. » Ces Mémoires décrivent en ternies impressionnants l'attaijue majestueuse et vaine des navires britanniques; « le tonnerre des pièces de marine et de siège » ; « les mille éclairs déchirant la fumée noire et épaisse qui couvrait toute la mer » ; les rand>erg-es colossales, « (pii ressend)laient à de grandes maisons flottantes sur l'eau et qui, s'avançant les unes après les autres, en très bel ordi-e, sur la digue, y faisaient tout d'un coup, en présentant le flanc, une décbai'ge <!<' tiiKjuantc ou soixante Vidées de caiion à la fois ».
L'artillerie anglaise avait battu les pointes de Chef-de-Baie et de Coreille, d'où rij)ostaient les quarante canons de l'une et les vingt cinq de l'autre. Louis XllI, dans la batterie de Chel-de-Baie, avait entendu passeï*, au-dessus de sa tête, plus de trois cents boulets, qui portaient à trois cents pas en arrière : certains de ces projectiles étaient tond)és fort près de lui. Aussi brave que Henri IV, il s'en était peu soucié. Il avait tiré lui-même plusieurs coups de canon, « prenant un singulier plaisir à tout ce qui regardait l'exercice de la guerre et il ne fut jamais plus libéral ni de plomb avec ses ennemis, ni d'or et d'argent envers ses canonniers, qu'il encourageait en leur jetant des pistoles ». C'était le cardinal qui avait donné le signal de la canonnade : il avait « choisi le plus assuré canonnier et le meilleur canon »; il avait pointé la j)ièce lui-même sur la proue d'une ramberge et vu,
174 LES ANGLAIS PAIiLE\!E>TKNT.
non sans plaisii-, la n'wve louniRr légèrement houk le <u>ui» 1
Aii,irlais oi Français avaient «'•cliaiiff/' rinq mille iMnilets, on ])oui'rait jn'osquo «lire -< sans n'Hultat », car len Holdats il*- Charles l*"" com|)taient <leux cents mortn et ceux de Louis XIII vingi-Hept. Maintenant que le combat <^tail terminé, quantité t\r débris flottaient sur la mer. Pontis aperçut, ballottéesur len vapties. une belle ju'oue <lorée an\ ar-nn's d'Angleterre. l'n |)arcil tropliét lui parut un présent <li^Mie du Uoi : il panint à jrnmd peine à !«• jdacer sui* sa p:aliote, accosta bientôt le rivap^e, avertit le Koi, rpii voulut immédiatement l'aller voir. Tout en dewendant de Chef-de- Baie, Louis XIII demandait à Pontis où il l'avait trouvé. « Sur bi droite », expliquait Pontis, qui 1 avait trouvé en ellct dans la li^'mde tir de la btitterie. « C'est moi-même qui ai tiré ce coup, aftirmait le Roi; j'ai vu le vaisseau, qui s'est sauvé dans l'instant qu< le coup a été tiré, je me doutais bien qu'il était blessé. » Ponti-qui, naturellement, n'avait rien vu, s'empressa d'aj»puyer le sentiment de son maître, « apportant diverses preuves (pii furent un très grand sujet de joie pour le prince ». La chose était vraisemblable, sinon vraie, le Roi « se piquant de tirer fort juste (2) ». Lespi'onosticsdu cardinal s'étaient réalisés. Richelieu ne doutait plus de l'échec détinitif des Anglais. En vain, le k octobre. iU appareillèrent de fort bonne heure : leurs capitaines commencèrent la canonnade de si loiii, qu'elle ne fit point de dégât (3). Neuf brûlots et un vaisseau chargé de mines furent rliiigés sur la flotte française, qui occupait un poste plus favorable que le IL Les felouques royales saisissaient, au moyen de longs cAbles, les brûlots et les faisaient dériver sur la falaise de Chef-de-Baie, contre laquelle ils se consumaient le plus inofl'ensivement du monde. L'après-midi de ce jour, les Anglais en étaient déjà auv négociations (4); le surlendemain, deux députés rochelais, Frignelet et l'Estreille, qui étaient venus d'.Vngleterre à bord de la flotte anglaise, furent autorisés à parler, dans des chaloupes, à
(1) Lepré-Balain, année 1628.
(2) Mémoires du Sieur de Pontis, t. I, p. 437-448.
(3) Voir F. de Vaux de Foletier, Le Siège de La Rochelle, p. 264.
(4) F. Rodocanachi, Les derniers temps du Siège de La Rochelle, relation du Nonce, p. 81.
LA DIGUE REMPORTE LA VICTOIRE. Ho
iiii-cheiiiin des deux flottes, à M. de TreuillehoLs, un protestant, capitîiine de l'un des vaisseaux du Roi. Mouta.sru, à qui le Roi avait permis, cinq mois plus tôt, de regagnei" 1" Angleterre, les accompagnait. La convei-sation fut des plus banales: mais le 15, Montagu, dînant chez le cardinal (un assez mauvais diner, de l'avis même de Richelieu), au chAteau de la Sauzaie, demanda si l'on ne ])ouri*ait lui garantir que les Rochclais, en cas de reddition, seraient « assurés d'un hon traitement ». Il en fut référé k Louis XIII, qui réj^ondit qu'il n'avait jamais dénié sa miséricorde à la ville rebelle, maLs que les Rochelais « n'appiiMidraient point ses volontés j)ar une voie étrangèi-e, la raison ne le voulant pas ainsi ». Richeheu pensait comme Louis XIII et il écrivit à Marie de Médicis dès le lendemain : « Le sieur <le Moutagu fut plus de deux heures à me vouloii* pereuader que cette réponse était trop austère, mais le Roi. Monsieur et son Conseil n'en voulaient rien ci'oire. Ainsi il se retira, dLsant qu au premier moment favorable aux .\nglais noiLS connaîtrions ce qu'ils savaient faire (1). »
Deux jours après ses menaces, Montagu se renconti-e de nouveau avec le cardinal sur le vaisseau Ao M. de Valençay. I^ cardinal s'embarque avec lui sur la galiote <Ie liassonq)ierre et ne manque j)as de dire à son })artenaire que les Anglais ont été bien trompés ])ar les Rochelais, qui leur ont fait recevoir une grande confusion outre une dépense dont l'^tViigleterre n'avait pas besoin (2). Richelieu fait les honneui-s de sa digue et «le toutes les machines qui emhari'assent le canal. Montagu contemple ce travail de géant avec une stupeur qui comble d'orgueil l'àme du cardinal ; à regret convaincu, il avoue que c'est une entreprise impossible de forcer la ])asse. Le soir même, muni d'un sauf-con<hiit, il courait la poste, atin de s'embarcjuer à Saint-Malo pour l'Angleterre. L'évoque de Meaux, qui racconq)agnait, l'attendit dans la petite ville bretonne d'où il avait mission de le reconduire au camp de La Rochelle, dès qu'il serait revenu de Londres.
Il ne s'était trouvé qu'un évèque pour se charger d'une pareille mission, nul gentilliomme ne consentant à s'éloigner de La Ro-
(1) Avenel, Lettres du Curd'mal de Richelieu, t. III, p. 138. (î) Lepré-Balain, anni^e 1628.
176 UNÉVITABLK FIN.
chollo, <lpj)iiis (|ue IcH Angrlai» rtaiciit am\ï»H ot (|u'ou pouvait ac(ju<'rir <lo la gloire en si' iiiosuraiit user ou\. l/cniuMiti. a|ii*^*i une courte suspcnHiou (raiiiK'S, iw (oniliattait jiIuh <juf niollciuciit. Une rapide razxia dans un village de rcKtuairc de la Cliai-ente le 10 octohre, une abondante et peu nieui'ti'iêre (uinonnade ainsi que d'inoirensifs hn^lots le 2.'l, c'est à j>eu jnès tout <e (pie signalent les chroniipieurs du siège. I,îi parole ali.n* '••''" iion plus aux marins et aux soldats, mais aux suppliants.
Guitoii découvrit un soii* « un gros fagot, apjinHé avec beaucoup de soin, qui brûlait le bas de son logis ». l'n autre soir, le 24 octobre, un voisin, au moment de se coucber, apen;ut des flammes sortant de la maison du maire. Klles provenaient d'un foyer qu'une main inconnue avait allumé avec des sarments bien secs et des copeaux de bois enduits de soufre, de térébentliine et de gou<Iron : incendie aisément éteint, dont l'auteur ne fut point trouvé. C'était, si l'on en croit le nonce «lu l*a]»e. un soldat roclielais en correspondance avec le Père Josepb. Il y avait, en effet, dans La Roclielle un confrère <lu fa;neux capucin, un .Mole (1) qui portait en religion le nom de Père Athanase et avait organis<;, ])our le service du Hoi, une agence d espionnage. C est ainsi que Hiclielieu avait pu écrire à Louis XIII. le 2i décendire 1G27 : « La batterie du port fait nien'eille. Les Rocbelais en sont extrêmement incommodés; le Père Cyrille, étant dans la ville, a vu, de ses yeux, un coup de canon donner dans la salle du maire, qui lit courre grande fortune à sn femme (^^i. »
La reddition.
On touchait à la fin. Dans l'après-midi du 27, six députés de La Rochelle, ayant comme Guiton lui-même renoncé à l'espoir, étaient venus en parlementaires au foi't de la Fons. Bassompierre accourut au galop et, sur l'ordre de Richelieu, les conduisit au
(1) Edouard Mole, frère du futur garde des sceaux, Mathieu Mole.
(2) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. 11, p. 768. — Voir anssi Lepré- Balain, année 1627.
LA CAPITULATION. il!
■château de la Sauzaie, où le cardinal commanda qu'on les fit entrer dans l'appartement de feu le cardinal de Sourdis. De leui' côté, les députés rochelais qui se trouvaient à bord de la flotte anglaise, avaient demandé à parlementer, ils débarquaient de la galiote de Bassompierre en ce moment même et c'est dans le carrosse du maréchal qu'ils arrivèrent à la Sauzaie.
Le cardinal, qui les a fait introduire dans une galerie, les i*eçoil bientôt dans sa ciiambre en présence des maréchaux de Bassompierre et de Schomberg, du garde des sceaux et des autres ministres. Us entrent. On les nomme : M. Vincent, pasteur protestant, originaire de l'Isle-Bouchard, M. Gobert, banquier rochelais. Ils ne demandent qu'une seule grâce : parler à leui*s frères les députés de La Kochelle; après quoi les pauvres assiégés n'hésiteront plus à se remettre dans leur devoir. Le cardinal les congédie : ils attendront dans la galerie.
Les députés de La Rochelle sont toujours dans l'appartement de feu le cardinal de Sourdis. Us entrent à leur tour; ils deniandent une grâce : qu'on leur permette d'envoyer quelqu'un à leuit» frères qui se trouvent à bord de la flotte britannique et « ils remettront la viUe entre les mains du Roi, suppliant très humblement M. le Cardinal de leur moyenner de tolérables contUtions ». Cependant ils murmurent (juelques propositions qui surprennent une fois encore le cardinal. Quoi ! ces « ombres d'hommes vivants » à qui « il ne reste plus de vie qu'en la clémence du Roi, dont Us sont indignes >», j)rétendent obtenir un ti*aité pour tout le parti protestant, conserver <( leui's anciens privUèges, franchises et immunités », à l'exception, il est vrai, de « ceux qui peuvent donner naissance à de nouveaux troubles » . Us osent proposer que M'"** de Rohan soit « remise en ses biens », qu'eUe « soit comprise dans le traité » ainsi que M. de Soubise, qui a eu la bonté de venir à leur socoui*s. Us ont le front de vouloir consulter les Anglais, s'opposer au « rasement » de leurs murailles, au changement de leur gouvernement. Us exigent que le traité soit un « traité de paix et non un pardon et une grâce ». Selon eux, leur maire doit être maintenu, les gens de guerre doivent sortir de la viUe, tambour battant, mèche aUumée...
ItlCilKUEl'. — T. III. 12
178 I)h;ne fin dune folle E^mEPuisK.
KklK'lifU les laJHSf' parler. - l ii«* •••ll«* im|»u«lein<'! » Trop heureux s'ils obtienneu» le pardon «pi'ils ne Haveiit nn^nie pas inipior'i'r!
C'est aloi'S «pu- sv j>i«Mluit \r coup <!«• théAtre iiaiiileuient prépar/' : le cardinal sort, il rentre conduisant Vincent et (iol>crl. Scène émouvante, où les regards niuetN sont élojpjiMits ainsi quo les silencieuses embrassades. Puis le pasteur et le l>an<piier disj)araissrnt de nouveau dans la pilerie. Car le ministre, «pii ?t ])ermis les elj'usions, a intei'dit tout cnti-etien.
Les députés dr la ville ont contpris que toutn résistance est inutile désormais : ils implorent les bons oflices du cardinal. Hiclielieu daif^ne répondre (ju'il parlera au Hoi «lans huit jours, loi-sque Sa Majesté, cpii «'st allée se promener, siM'a revenue : « Comment, Monseiirneur, dans huit joui-s! s'exclame l'un des Rochelais. Il n'y a i»as dans La Rochelle des vivres pour trois jours (1). »
Fort de cet aveu, le cardinal fait mesurer aux députés l'abîme où ils sont tond)és: il promet de s'entremettre auprès du Koi pour leur obtenir miséricorde et, tout de suite, il clicte la liste des grî\ces «lont ils devront se contenter : « la vie, la jouissiince de leurs biens, l'abolition de leui-s crimes jiassés et l'exercice libre de leur relijtiion ». Ils ])romirent tout ce que l'on voulut et se chargèrent de porter les articles à La Rochelle. Quelcfues instants plus tard, députés de la flotte et députés de la ville étaient autoris^^ à parler entre eux. Les premiers demandaient aux seconds de les comj)ren<lre dans b'Ui* accommodement. Vincent, plein d'admiration pour le génie de Richelieu, disait à (pii voulait l'entendre « C'est un grand homme (2). «
Le cardinal avait accordé comme une grAce ce qn il tremblait de se voir refuser par La RocheUe : « D'un côté, expliquent ses Mémoires, il savait bien que, dans dix ou douze joui's, on aurait les Rochelais la corde au col, mais, d'autre côté aussi, il considérait qu'il fallait se hâter, pour éviter plusieui-s inconvénients et que Montagu trouvât la paix faite, que l'année navale (anglaise
(1) Mémoires du Maréchal de lUissompierre, l. III, p. 410-412. [l) Voir F. (le Vaux de Folelier, Le Sièye de Ln Rochelle, p. 274.