‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 77 sur 172 · LE PAS DE SISE · texte numérisé non relu

LE PAS DE SISE

Le 3 janvier IGii), Louis XIII dcsceutiait de cairosse à la porte (le la maison que M. de Castille, l)eau-frèi*e de l'infortuné Clialais, possédait à Ghaillot. Cette maison de campagne, bâtie par Catherine de Médicis, couronnait la colline au pied de laquelle la Seine s'incurve avec tant de mollesse. Eu amont sur la rive droite, les hôtes de l'ancien contrôleur des linances distinguaient, (|uand la journée était claire, les Tuileries, la porte Neuve, et par delà les sraleries du Louvi-e parées de toutes les gi-àces de la Henaissance, les toui*s pointues couvertes de tuiles (pii, tlu côté de l'ouest, du nord et do l'est, conservaient au vieuv palais de nos Rois son air morose de château féodal. liichelieu se reposait (1) aloi*s dans ce délicieux logis, dont les terrasses étagées, — remplacées de nos jours par les jardins du Trocadéro, — descendaient jusqu'au lutid de la riWère. Rassompierre était à cette heure avec lui.

Le cardinal se reprochait d'avoir offert à Monsieur le commandement de l'armée qui se préparait à délivrer Casai. Mais comment faire? Monsieur voulait épouser Marie de Gonzague, lille du duc de Nevers, depuis peu duc de Mantoue. La Reine mère eût préféré pour Gaston une des deux Médicis, filles du

(1) Mémoires du Mitréchal de Bassompierre, t. IV, p. 2.

HiciieuEU. — T. m. 1.3

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graiid-diic «le Florence, Or l'ahnV, fiancée au <liir <le iNiniie, était seule jolie, et Gaston ne voulait pan entendre parler de l'autre. La Heine mère ressassait en son esprit un mot du <lu<' de Nevers : ce prince, dont elle avait pari»'- ave<' lieaucou|i de mépris, avait dit cpiil « savait le respect «ju'il devait à la mère de son Uoi, mais que, hors <le là. personne n'ij^'norait que ceux de (ionzauu»' étaient princes avant «pu* les MédicJK fussent gentilshommes ». Uichidieu, jxiur des raisons j>oliti(pjcs, était opposé au mariage Never's. f.,ouis XIII, ainsi conseillé, avait prié son frère de j'cnoncer à sa princesse, Gaston avait répondu que, si on lui donnait le commandement de Tarmée d'Italie et cinquante mille écus pour son é«piipage, < 'était une affaire faite et que même Marie de (ïonzague (piitterait la France, «piinze jours après son propre départ. Le Koi avait accepté le marché: mais le cardinal, qui connaissait Monsieur, était d'avis maintenant cpie le comman<lement présentait plus d'inconvénients que les épousailles.

C'est pour en délibérer qu'avait lieu la rencontre de Chaillot. Probablement suggérée, une pensée obsédait l'esprit de Louis XIII : son frèi'c n'allait-il pas conquérir à la fête de l'armée une gloire qui ravalerait la sienne? La jalousie l'a empêché de dormir et il accourt. Le cardinal écoute avec respect les doléances de Louis XIII, mais, obsei^ateur aux regards duquel rien n'échappe, il songe à part soi : « Cette grande jalousie du Roi n'a-t-elle pas été émue par cette chasse où les chiens de Monsieur donnèrent mieux que les siens et parurent si excellents ({u'après que la meute de Sa Majesté eut un jour failli un cerf dans la forêt de Saint-Germain, les autres y en prirent un le lendemain nonobstant tout l'art qu'on pût y apporter pour le faire failUr, ce qui se pratique d'ordinaire entre chasseurs. » Or, voici que ce Roi, incertain en tant de choses, parle en maître : « il ne saurait souffrir que Monsieur commandât son armée delà les monts; il entend que le cardinal fasse en sorte que cet emploi se rompe. Richelieu répond froidement « qu'il ne sait » pour le Roi qu'un « seul moyen de le rompre », prendre le commandement lui-même et « partir dans huit jours au plus tard

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