‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 78 sur 172 · ET LE MARIAGE DE MONSIEUR · texte numérisé non relu

ET LE MARIAGE DE MONSIEUR

Se retournant vers Bassouipierrc, qui s'était retiré discrètemont au bout de la chambre, le Roi s'écrie : « Voici qui viendra avec moi et m'y servira bien — Où? demande le maréchal — En Italie, où je m'en vas dans huit jours, reprend le Roi, faire lever le sièg-e de Casai. Apprôtoz-vous pour partir et m'y servir de lieutenant général sous mon fi*ère (s'il y veut venir) : je prendrai avec moi le maréchal de Créqui, qui connaît ce pays-là et j'espère que nous ferons parler de nous (1), »

La résolution prise, Louis XIII rentre au Louvre pour en faire part aux deux Reines et à Monsieur. Le cardinal ne se sent pas de joie. La délivrance de Casai était devenue sa grande affaire depuis la prise do, La Rochelle, il ne pensait plus à autre chose.

Le dernier (hic de Mantoue, Vincent de Gonzague, mort en décembre IG'27, avait choisi comme successeur le cousin établi en France, Charles «h^ Gonzague, duc de Nevers (le père de la jeune fille qu'aimait le duc d'Orléans). Le Gonzague français avait donc pris possession du bel héritage italien, et, comme le Mantouan et le Montferrat étîiient des liefs de l'Empire, il avait envoyé l'évêque de Mantoue prêter en son nom hommage à l'Empereui'. L'Empereur n'était pas contraire : ce Nevere qui n'avait pas craint d'aller en Hongrie se battre contre les Turcs et i-ecevoir des blessures au service de Sa Majesté Très Sacrée, lui était sympatliique : homme bizarre, il est vrai; mais on pourrait exploiter sa marotte de la guerre contre les Turcs. Cependant d'autres princes prétendaient à l'héritage, la duchesse douairière de Lorraine, Marguerite de Gonzague, sœur aînée des trois dernici's ducs de Mantoue, François II, Ferdinand et Vincent 11; un cousin de ceux-ci Fernand de Gonzague, duc de Guastalla; enfin le duc de Savoie, Charles-Emmanuel. Le Savoyard assurait que le Montferrat, comme fief féminin, devait revenir à sa petite-tille Marguerite, dont le père était le duc de Mantoue François, frère aine du duc Vincent.

Dès le mois de janvier 1628, Charles-Emmanuel, toujours prompt « à changer de roupille », s'était tourné vers l'Espagne

(1) Mémoires du Maréchal de Bassompierre, t. IV, p. 2.

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et lui avait propos/; île lier leui-s iiit('*rôts par le paiHa^^e du IMontfeirat. Alléclir, Philippe IV s'adresw; à rKnipercur ri lui lait observer que si l*liiiip]>o III a rononcé à se« pr(>teiitionM xur la IlolK'^nie, la llon^'ric et l'Autriclie, c'est h condition d'ohtcnir, le cas l'cliôant, tous les liefs d<' l'Knipin; en llalir. Hichrlicu sentait bien que Tuniou d«^ la Savoie et de TF^ipa^ne n'«Hait pas peu de chose et il avait conseillé au duc de Nevers d<; w lU'frAf^ar (lu c6t«'' «lu duc «le Savoie nioNcniiant douze mille livres de rento en terres souveraines. Il avait même fait luin* aux yeux de Charles-Kmmanuel la couronne royale, sjins parler <h; quelque» avantages territoriaux dans la ré/rion contestée. Kn un mot, il n'avait rien épargné pour empêcher cette redoutable cond)inaisf>n. Peine perdue. A la fin de l'hiver 1028. Albe et Turin avaient été prises par le duc de Savoie, Moncalvo j)ar le prince de Piémont, fils du duc de Savoie, et Casai enfin, que défendaient quatre mille soldats du nouveau duc de Mantoue et quelques gentilshommes français, se trouvait assiégée par le gouverneur espagnol du Milanais, Gonzalès de Cordova (Ij. Le comte de Guiche avait cajjitidé dans Nice-de-la-Paille et les troupes que liichelieu avait autoiisé Charles de Gonzague à lever en France, s'étaient, faute <le munitions, dispersées à leur entrée en Italie.

Tous ces événements s'étaient déroulés tandis que les armées françaises étaient retenues devant La Rochelle. Mais maintenant on avait les mains libres. « La défense de Casai, disent les Mémoires, non seulement reprenait courage, mais ne sentait plus rien de tous ses maux, trouvant abondamment en cette seule nouvelle tout ce dont elle avait besoin (2). » Le cardinal ne « craignait plus que, par la \iQe protestante, comme par l'ouverture funeste d'un autre cheval de Troie, on pût faire entrer dans le Royaume des armées ennemies, pour y mettre le feu et y entretenir un long embrasement; il ne faisait point de doute que le parti huguenot ne fût ruiné, puisque la communication avec

(1) Don Gonzalès de Cordova. duc de Soma et de Sessa.

(2) Mémoires du Cardinal de Richelieu, t. VIII, p. 210.

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