‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 79 sur 172 · LE SIÈGE DE CASAL · texte numérisé non relu

LE SIÈGE DE CASAL

Tétrangcr lui était ùtéc et qu'il ne pouvait plus tirer de nourriture et de soutien de dehors (1) ».

Assuré de sa force, il n'hésitait plus à mettre en scène le Roi lui-même : « si le Roi ne perdait point de temps, il donnerait la paix à l'Italie au mois de mai et en plus revenant avec son armée par le Lang-uedoc, il donnerait la paix à la France au mois de juillet et rentrerait \ictoricux à Paris au mois d'août (2) )).

Le fds de Henri IV, hrave comme son père, était séduit par ce beau rôle : il avait parfaitement compris qu il s'agissait <le la grandeur de sa Couronne. Mais une opposition violente jouait à fond contre les desseins hardis et la faveur de Richelieu. Laissons le ministre s'en e\])liquer lui-même : « Ces gens, écrit-il, haïssaient le cardinal, premièrement pour ce qu'il était aimé de son maître et que c'est chose ordinaire dans les couin des rois que, là où est l'amour et la confiance du prince, là soit aussi la haine dos courtisans, en cela semblables aux démons qui accoui"entet essaient de s'insinuer par leur malignité en l'Ame en laquelle ils voient que Dieu habite par sa grAce. Ils le haïssaient j)ar envie, qu'ils portaient à sa gloire, d'avoir si sag-ement prévu, si courageusement pei*sévéré, si heureusement réussi en ses conseils contre leur intention et leur désir. »> Ils abhorraient en lui le ministre qui établissait et atlermissait l'autorité souveraine et les conti-aignait eux, la familh' royale, la Cour et les grands, forts de la faiidessc de l'État, à servir au rang qui leur était assigné.

« Voilà le principal sujet pour le(juel ils pestaient et forcenaient contre le cardinal (3) » et, du même coup, on comprend tous les dessous de l'entretien de Chaillot. Richelieu se taisait comme les grands politiques savent se taire, mais il voyait d'autres conséquences plus lointaines. Les protestants une fois abattus comme parti d'État, l'heui'e allait sonner où l'on mesurerait le danger de cette formidable coMd)inaison Autriche-Espagne qui écrasait l'Kurope et le cai'dinal découvrait dans la péninsule

(1) Mémoires du Cardinal de Hichelieu, t. Vlll, p. 211.

{').) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. III, p. 150-152. décembre 1628.

(3) Mémoires du Cardinal de Richelieu, t. VIII, p. 211-235.

198 VUES DK HICHEMELI SUR L'ITALIE.

italienne le talon d'Achille où l'on ponirait atteindre niortellenuMit ce grand corps (jui 8c croyait invulin-rahle (1).

Cette éternelle affaire de la Vallcline, (fui avait contrecarré KCf premiers desseins, était toujoui-s présente à son esprit. Or Mantoue, Montferrat révrillaient vu Ini le même souci, les mêmes calculs, les mêmes espoirs. La volte-face d«' la Savoie aggravait le danger, si elle devenait définitive et si l'on ne donnait l'astucieux Allohroge un sévère coup de cave<;on.

Fallait-il aller juscpi'à la guerre et j)ourrait-on i(tii< r à temps le doigt de 1 engrenage? telle était la (|uestion qui hantait ses nuits. Mais il sentait aussi (pi'il n'y avait aucun avantage à tergiverser. Principiis obsta! C'est la grande loi de la politicpie. Que fallait-il cependant pour agir à coup de prestige et intimider l'adversaire? Il fallait, autour de la majesté du Roi, l'union de tous les Français. Donc toujoui-s la même pierre d'achoppement : la Cour, les partis, les coteries, en un mot la cahale des deux Reines.

Le parti protestant avait succond)é, mais la (juerellc confessionnelle n'était pas close; le parti dévot, après le succès de La Rochelle, entendait pousser à hout sa victoire, se saisir du pouvoir, en revenir à la politique de l'alliance espagnole : pour but le refoulement des puissances protestantes du nord et pour moyen l'unité catholique en Europe avec prédominance assurée à la maison d'Espagne.

On en revenait toujours à la politi(|ue de la Régence lors de la conclusion des « mariages espagnols ». .Marie de Médicis avait suivi d'instinct jadis cette politique qu'exaltait encore son entourage; et quel appui lui apportait la présence au Louvre dune reine espagnole! Celle-ci, jeune femme timide, mais passionnée et tenace, comme l'avenir devait le montrer, restait bien renfermée dans l'étroite surveillance où la tenait l'impuissance jalouse du jeune Roi; mais entourée d'un personnel gagné d'avance à la cause, la Reine à qui la couche royale ne ménageait pas les pénibles attentes, se maintenait dans une ligne

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. III, in fine.

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