LE ROI IRA A CASAL
d'opposition muette favorable aux impétueuses revendications de la Florentine.
Autour de ce noyau féminin, la famille royale dissidente : à sa tète, cet écervelé Monsieur et cet ambitieux Condé, que son intérêt du moment retenait dans une apparence de fidélité. Puis les derniers Lig-ueurs, les Guise, les Épcrnon, les IJelleiErarde, les Bassomjûerre, les Lorrains et leurs alliés, les grands, la haute noblesse; jmis les favoris d'intrig-ue, les séides, les gens de main, impatients du rej)os; puis les parlementaires, toujours en goût de critique ou d'opposition, les financiei^s inquiets pour leurs profits, les privilégiés enragés de leure priNilèges, les défenseui's, attitrés ou non, du « pauvre peuple » ; eu tout et surtout ce grand parti « catholique», frais émoulu de la Ligue et cpie les sentiments les plus généreux ralliaient autour de l'unité religieuse européenne, avec comme ultime but, le refoulement des Turcs et la délivrance des Ijeux Saints.
Le secours de Casai, tout tournait donc autour de ce pi\ot. Et voilà que le Roi s'y portait de lui-même î (Juel pas accompli et quel triomphe au lendeniain de la prise de La I{<xhelle!
Ayant saisi au vol cette preniièi*e adhésion du Roi, le cardinal ne songeait j)lus qu'à la faire confirnier par le Roi lui-même en présence de la Reine Uière. In entretien fut convenu, auquel assisteraient seuls, auprès de Louis MU et de Richelieu, Marie do Médicis et le Père Sufifren, confesseur de Sa Majesté. Dans cet entretien, Richelieu entendait parler à la fois eu prêtre et en ministre d'État. Ayant i>ris son parti de secourir Casai, qjiels que lussent les sentiments de l'Kspagne, il dressa un long mémoire, une sorte d'examen de conscience, qu'il devait soumettre au royal pénitent et dont les en-têtes de chapitres, écrits de la main des secrétaires ou de celle de Richelieu, sont conservés aux archives du ministère des All'aires étrangères (1). Promptitude, soupçons, jalousie, avemons, impressions, changements, oubli des services, facilité à blâmer ceux qui servent, inexécution des lois, libéralité, mauvaise honte, mépris des
(l) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. III, p. 179-213.
200 LIÎS (iHANUS DESSEINS l)V CAHDINAI.
affaires : tels étaioiit les sujets sur lesquels on allait attirer l'atten lion (lu Itoi. Kn elierehant à é<lairer sur lV»tat «le leur cniiHcieri' Louis XIII et Marie (!<• M«''(litis, le cardinal eherciiait surtout à !•
£:jil:h<i- <lt'liiiitiv<'nieiit îi sa poiitifpie.
L'examen de conscience da Roi.
lîl Janvier 1()21), i'audieiuu» jirévue pour ravant-veillc du jour où le Uoi va prendre la route de l'Italie. Rien nest plus fa«ile à porcor que le jeu du cardinal ; il risque le tout pour le tout. Après avoir expos*' les projets qu'il inédite, les raisons qu'il a de s'inquiéter ou de se plaindre, les oppositions qu'il rencontre chez le Koi, <Ians la famille royale, chez les ^--rands. il mettra le Roi en queUjue sorte au ])icd du mur. Il lui demandera devant la Reine et devant le confesseur, plus trendtlant encore que suspect, de se prononcer une bonne fois et de lui accor<ler avant de partir un appui et un enc-airement contre rintrit.nio. Il veut ôtrc garanti même contre les défauts du Roi, 1 hésitation, la jalousie, la suspicion, mais avant tout contre les coups fournies coalitions et les menées de toute nature tpii le menacent sinon, il cède la place, quitte la Cour, laisse le îrouvernement. Un autre tera mieux, s'il le peut. Kt le cardinal de déveloj)}»*'!ses projets. 1> abord le plus facile et le plus agrréable au Roi : achever de détruire la rébellion de l'hérésie, prendre Castres Nîmes, Montauban et tout le reste des places de Langiiedo< Rouerg-ue et Guyenne; raser toutes les places c[ui ne sont pa> frontières, ne tiennent point les passages des rivières ou ne servent point de bride aux grandes villes mutines et fâcheuses ; <( prendre en main le gouvernement : abaisser et modérer les parlements, qui par une prétendue souveraineté, s'opposent tous les jours au bien du Royaume ; faire obéir les grands et les petits : remplir les évêchés de pereonnes choisies, sages et capables - • racheter le domaine du Royaume et augmenter son revenu de la moitié, comme il se peut, par moyens innocents ». Ensuite, une première vision des grands desseins, hérités de Henri IV. et qui sans doute ont été l'objet fréquent des conversations intimes