‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 86 sur 172 · PAS FRANCHI, PAIX SIGNÉE · texte numérisé non relu

PAS FRANCHI, PAIX SIGNÉE

des villes et principaloincnt en ce tfiii concerne l'honneur des femmes (1) »•

L'entrevue de Suse.

Au moment où écrivait le Père Joseph, Suse, évacuée la veille par les troupes de Savoie, était occupée par les soldats de Louis XUI, (' avec la conduite et le règlement qu'on se peut promettre, ajoutait l'Éminence Grise, de la bonté du Roi et de la piété de M. le Cardinal >». Richelieu et le prince de Piémont y signèrent, le 11 mars 1G29, un traité aux termes duquel M, de Savoie ouvrait à l'armée du Roi les défilés qui menaient à la place. Le Savoyard livrait la citadelle et les châteaux forts des environs, consentait à vendre tout ce qui était nécessaire pour le ravitaillement de Casai. Le Roi, de son côté, s'engag*eait à obtenir du duc de Mantoue, pour le duc de Savoie, la ville de Trino et une rente de quinze mille écus d'or; il s'abstiendrait de toute conquête en Italie et défendrait le Savoyard, s'il était attaqué. Des articles secrets stipulaient que, dès le 15 mars. Casai recevrait « mille charges de blé», cinq cents devin et que Charles-Kmmanuel, s'entremettant aupi'ès de (ionzalès de Cordova, ferait lever le siège (2).

Prompt et décisif succès pour le cardinal. Trois jours plus tard, annonçant à Marie de Médicis la grossesse de la princesse de Piémont, il lui écrivait : « Si Sa Majesté ne réglait ses desseins par sa bonté, je puis vous assurer qu'il lui serait fort aisé d'emporter tous les États de M. de Savoie, mais M'"" la Princesse de Piémont lui sert beaucoup en cette occasion. » Louis XIII, le 21 mars, attendait à cheval sa sœur, à quatre mille pas de la ville de Suse, dont le séjour lui agréait un pou plus que le triste village de Chaumont, car, — Richelieu le constatait avec plaisir, — (( quoiqu'il n'y ait qu'une lieue de distance, en même jour que l'hiver est à l'un, on ressent le printemps à l'autre (3) ». Il vil

(1) lielution de ce qui s'est finssé à l'entrée du Piétii'nt.

(2) Voir Mercure /runçois, l. XV, p. 132-136, el Aveiiel, Lettres du Cardinal de Richelieu, I. m, y. 234, noie.

(3) .\venel. Lettres du Cardinal de Richelieu, t. 111, p. 258.

21 ; CIIHISTINE DE FKANŒ KT LOI.IS Xlll

bientôt w>rtii' d'une litièi'c « r>uvorte oi louU* eu broderie d'oiqu'oscortaiciii le iiinn'olial de Cr<^c|ui et viii^t conicttes do cavalerie, une joiine feiiiiiie richenioiit v^tue à la franraiMï, paréo «< de belles jiorles » et dont les boucles, (|ui tondiaient hur les Jouck. h la mode dAiigleterre, s'«Miiaji|)aient dune <« ^-rande |duine iucamatc » illustrée de <« perles on poires, grosses eoninie colleK (jue l'on contrefaisait à Venise ». CVdait sa sœur Cliristine de France, ])rincesse de iMérnont. bonis XIII mit ]»ie<i h terre. (Iliristine soi'lit de sa litière, se jeta à ;<i'nou\ et, tandis qu il la relevait en rend)rasKant, elle lui dit : << Votre iMajesté est si remplie de gloire, (jue je ne sais si j'oserai la regarder; vous <>tes le ]dns heureux ])riiice du iin)iide. — Je ne pouvais avoir plus grand contentement au monde <|ue de vous voir », répondit Louis Xlll. Le pinnce de Piémont s'approcha ensuite et s'agenouilla. Quelques instants j)lus tanl, la princesse remontait en litière et Louis, chevauchant à la j>ortière, s'entretenait avec Christine. Cependant Madame <( savait si bien se servir des avantages «pie sou grand esprit lui donnait (1) », qu'elle refaisait peu à peu la «oiupiète de son frère. Les troupes fran(;aises défilèrent devant le Roi et la princesse, puis Louis Xlll conduisit le ])rince de Piémont au milieu des bataillons et des escadrons et les lui montra en coimaisseur 2), On gagna enfin le cluVteau de Suse : « Demain, écrivait Kichelieu à Marie de Médicisle 22 mars, doit venir M. de Savoie, après quoi nous aurons tout vu, hormis les infantes, qui ne bougent de Turin et ne vont point d'ordinaire avec Madame 3). » Demain?... Charles- Emmanuel n'avait pas tant de hAte de rendre hommage au vainqueur et il ne voulait point paraître, aux yeux de l'Espagne, troj) empressé à l'égard de la France. Il ne se décida que le 5 avril, lorsque le prince de Piémont fut sorti de Suse, car, nous explique un historien du temps,, il avait « pris cette conduite de ne se voir pas ensemble, son fils et lui, au pouvoir du Roi, quoiqu'il n'y eût rien à craindre pour lui ni pour son fils (4) ».

Richelieu sortit à cheval au devant du Savoyard. Charles-

(1) Mémoires de Fontenay-Mareuil, p. 220.

(2) Mercure françois, t. XV, p. 143-144.

(3) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, i. III. p. 264.

(4) M. Baudier, Histoire du Maréchal de Toiras, t. II, p. 29.

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