ATTENDRE ET VOIR VENIR
chercher un air pur de château en château. Quanta la masse, au pauvre peuple, il succombe. Des scènes aftVeuses, plus affreuses que le fléau lui-même, vont déshonorer la face du Royaume. En pareilles conditions, peut-on superposer une ruine dont on ne connaît pas la fin à cette ruine qui s'étend et gagne de toutes parts?
Poui'suivi'e la guerre contre l'Espagne, entamer la guerre contre les huguenots : desseins justifiés assurénient, mais il faut envisager la question sous tous ses aspects et, selon l'expression même du cardinal, « tourner le feuillet » : « Quelles autres considérations, lisons-nous dans les Mémoires, peuvent contrepeser celles (jui sont ci-dessus déduites (1)? »•
A considérer l'ensemble de la situation, les choses, ni en Europe ni en France, ne sont assez pressantes et assez claires pour prendre un parti qui peut, quel qu'il soit, entraîner plus loin qu'on ne voudrait. Le plus sage ne serait-il pas d'attendre? Que va-t-il advenir, par exemple, du siège de Bréda, qui, s'il tourne mal, comme tout l'indique, libérera les troupes victorieuses de Spinola ? Que va-t-il advenir des armées du l'oi de Danemark et quels renforcements les troupes victorieuses de Tilly ne vont-elles pas apporter aux armées catholiques d'Allemagne ? Quel sera le succès des démarches tentées auprès du Bavarois? Fancan a des relations seci-ètes avec l'Électeur : il a tout intérêt à nous leurrer. Car ce Fancan lui-même n'est pas sûr. A Borne, le changement de Souverain Pontife aura peutêtre de bons résultats, — peut-être; car si le nouveau Pape est capable, il est bien mal entouré. En Angleterre, enfin, le roi Jacques venant de mourir, que sera le nouveau Boi? (iardera-t-il ce dangereux Buckingham ? Pliera-t-il devant la majorité puritaine du Parlement?... Doutes, indécisions, suspens.
Oui, le mieux est d'attendre, de voir venir, de se réserver; en tous cas, de s'en tenir aux affaires absolument urgentes, à celles qui sont sur la table, sans anticiper sur un avenir incertain.
(1) Mémoires, t. IV, p. 24.
16 LA PAIX POIH GAGNEK UL IK.MPS.
Elles sufliscut h'ieu comme cela :
D'abord, les diniciiltés avec rKspa^Mic au sujet «le la Valleline;
Parallèlement, l'airairc des hu/s'^ueiiots;
Et, le mariage d'Angleterre /itant décidé, les suites de ce mariage.
C'est donc sur ces trois points que se concentre l'attention du ministre et, à leur étude, il apporte un ellort de volonté et d'ingéniosité qui suffit à l'absorber tout entier.
A y regarder de près, en elfet, il est bien obligé de recon naître (jne ses premières <lécisions et exécutions ont été un peu j)romptes et qu'elles «loivent être reprises sur nouveaux frais.
Certes, il n'a pas à se plaindre des résultats obtenus : daiui les Alpes, l'armée du Roi a remporté des succès appréciable^ bien que ce siège de Gènes traîne en longueur. Tout compt<' fait, l'Espagne est embarrassée : on la sent qui cbercbe une issue; partout ses embarras .se sont accrus; elle est sans argent les galions des Indes étant capturés ou guettés par les capitaines bollandais. Selon les conseils du plus prudent de ses ministiTis, il semble qu'elle bésite à pousser à fon<i la politique des <c passages ». Peut-être se prêterait-elle à quelque concession qui permettrait de régler raisonnablement la question des forte. En soi-même, le cardinal est bien obligé de reconnaître que ni sa position ni celle <le la France ne sont, en ce moment, assez solides, assez sûres pour lui permettre de persévérer dans l'une ou l'autre des politiques extrêmes et, encore moins, d'agir contre les deux adversaires à la fois.
Attaqué par les protestants, s'il s'engage à fond contre l'Espagne ; rompant avec l'Angleterre et les princes protestants, s'il s'engage à fond contre les Rochelais : tout lui est péril et, en cas d'insuccès, catastrophe. Ainsi, avant tout, se fortifier soi-même, fortifier ses instruments et fortifier le Royaume. Et, pour conclure, ne rien brusquer, gagner du temps. A tous les points de vue, la paix est le parti à prendre pour mieux aborder, par la suite, les secrets desseins retardés.
La paix, donc... Mais quelle paix? La paix des huguenots ou la paix d'Espagne? Eh bien! les deux à la fois, tel est le dessein