DÉMISSION
s'ils s'étaient défaits de vous (1). » Mais, il était plus aisé de se protéger contre leurs poignards que contre leurs langues.
C'est à quoi songeait le cardinal tout en dictant pour le Roi un mémoire qui débutait ainsi : « M. le Grand n'ayant oublié aucune adresse ni artifice imaginable pour faire croire à ceux qu'il vouldit engager dans ses intérêts que le Roi commençoit à se lasser du service du cardinal, bien qu'il n'y ait pas lieu de croire ce qui sort de la bouche d'un menteur et d'un imposteur, ledit cardinal n'estimeroit pas satisfaire à la passion qu'il a de plaire au Roi en le servant, s'il ne le supplioit très humblement de lui permettre de se retirer de la Cour au cas que cette impression que ledit sieur le Grand a insinuée dans beaucoup d'esprits, dedans et dehors le Royaume, ait quelque fondement dans le sien, » C'était une fois de plus, cette démission, que le Roi avait si fort redoutée depuis tant d'années.
Pour ne point la donner, le ministre exige, — le plus respectueusement du monde, — « cinq choses « : « la première, que Sa Majesté n'ait pas d'autre favori que le bien de ses affaires qui seul, lui doit occuper l'esprit. La deuxième, qu'elle n'ait confiance à qui que ce puisse être à l'exception de son conseil et qu'il lui plaise promettre à ses créatures de ne leur rien celer de tout ce qui sera dit à leur préjudice; à condition que, si ce sont vérités, ils se condamneront eux-mêmes sans vouloir mal à ceux qui les auront découvertes; au lieu que, si ce sont des calomnies, Sa Majesté en fera punir les auteurs ainsi qu'ils l'auront mérité. La troisième, qu'elle garde un secret inviolablement à sondit Conseil et lui ôte tout lieu d'appréhender que ce qu'il lui communiquera, pour le bien de son service, puisse être découvert à son préjudice. La quatrième, qu'il commande à sondit Conseil de lui dire librement, sans crainte et sans retenue, ce qu'il estimera être de son service sur le sujet de ses affaires, Sa Majesté se réservant à faire ce qu'elle estimera plus à propos ensuite. La cinquième, qu'elle ait agréable de nettoyer de temps en temps la cour des esprits malintentionnés, la raison voulant qu'ils ne soient pas plus tôt connus que bannis, pour prévenir
(1) Comte de Boauchamp, Le Roi Louis XI II d'après sa correspondance avec le Cardinal de Richelieu, page 4 'il.