IRRITATION DE LOUIS XIII
Je crois qu'il eut bien de la peine à leur pouvoir parler en particulier s'il le fit; mais au moins leur vue le rendit le soir moins raisonnable. Il va ce matin à neuf heures à la chasse. Je le verrai aussitôt qu'il sera éveillé et incontinent après, j'irai pour rendre compte à Son Éminence de toutes choses qu'on ne peut écrire. » Le 7, Chavigny ne fut pas plus heureux : « Je trouvai hier, à mon arrivée, disait-il, le Roi couché et endormi; je l'ai vu ce matin à son lever, mais, lorsque je lui ai fait des compliments de la part de Monseigneur, il m'a demandé comment il se portoit et s'en est allé aussitôt, pour éviter, à mon avis, que je ne lui parlasse (1). »
On comprend qu'une telle insistance rendît Louis XIII fort impatient. Il était d'autant plus irrité que Chavigny avait osé lui dire que, s'il ne voulait pas éloigner les amis de Cinq-Mars qui étaient encore ses officiers, « il devoit trouver bon que les gardes du cardinal ne quittassent plus les armes en sa présence, pour mettre » le ministre « en sûreté des insultes que ces gens-là lui pourroient faire ». Le secrétaire d'Etat ne craignait pas de demander que le cardinal eût permission « d'entrer à Saint-Germain avec ses gardes armés ». Louis XIII trouva la prétention fort insolente. Mais Chavigny n'en dit pas moins que, « puisque cette proposition déplaisoit au Roi, Sa Majesté devoit accorder l'exil de ces quatre personnes ». Alors Louis XIII : « Est-il plus juste que le cardinal se mêle de ceux qui m'approchent que moi de ceux qui sont auprès du cardinal. — Si Son Éminence, observa Chavigny eût chez lui quelqu'un qui déplût à Sa Majesté, il ne le verroit jamais. — Il ne vous verroit donc jamais, car je ne saurois vous souffrir. » Et Louis XIII, tournant le dos à Chavigny consterné, était sorti de la chambre (2).
Le 8 novembre, le secrétaire d'État avait la satisfaction d'écrire au cardinal : « Le Roi commence à se remettre de meilleure humeur, ainsi que M. de Noyers l'aura pu dire à Monseigneur. Aussitôt après qu'il a été parti. Sa Majesté a été à la chasse. Ce soir à son retour, je lui ferai voir la lettre de Son Éminence, laquelle, à mon avis, fera un très bon effet (3). » Cette lettre, adressée à Chavigny,
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VII, pages 178-179.
(2) Mémoires du Marquis de Montglat, édit. Petitot, tome I, pages 393-394.
(3) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VII, pages 179-180.