LA RÉPONSE DU ROI
commençait ainsi : « Quelques esprits commencent à soupçonner de deçà que je suis en quelque mésintelligence avec le Roi, sans en savoir le détail. Comme l'efîet de cette pensée est un fort mauvais moyen pour me rendre la santé, le bruit n'en est pas fort avantageux aux affaires du Roi (1). »
Cinq jours se passèrent sans que Louis XIII répondit au mémoire du 5 novembre, si bien que, le 13, le cardinal résolut d'en adresser au Roi un troisième, à la fin duquel figurait une nouvelle énumération des cinq choses nécessaires : « Sa Majesté, concluait Richelieu, est très humblement suppliée de mettre franchement ses intentions au pied de ce mémoire... Elle est aussi suppliée d'y vouloir ajouter les conditions auxquelles elle se veut relâcher pour faire la paix, afin que, si la guerre continue, parce que les Espagnols ne seront pas assez raisonnables pour les consentir, il y ait de quoi justifier que leur seule injustice empêchera la paix et non pas la conduite du cardinal, qui suivra toujours très religieusement les intentions du Roi (2). »
A peine le mémoire présenté à Louis XIII, Chavigny mandait à Richelieu : « L'esprit du Roi est toujours dans la même disposition, il connaît qu'il ne peut éviter de faire ce qu'on lui demande et a d'extrêmes peines à s'y résoudre. «Même état d'âme le lendemain 14 : « Le Roi dit nettement qu'il veut satisfaire Monseigneur, mais qu'il veut mettre son honneur à couvert. Sur quoi on lui répond ce qu'on doit : je presserai dans l'occasion pour avoir une prompte résolution (3). »
Cette résolution fut prise vers le 20 novembre et le cardinal lut, « au pied de son mémoire », la réponse de son maître : « Ayant vu le papier ci-dessus, je n'ai rien à dire à mon Cousin le Cardinal de Richelieu, sinon qu'il a trop connu, pendant que le sieur de Cinq-Mars a été auprès de moi, sa malice, ses impostures et ses artifices (pour) qu'il puisse ajouter foi à ce qu'il a dit au préjudice de l'amitié que je porte à mondit Cousin et de l'estime que je fais de sa personne... Tant s'en faut que j'aie jamais souhaité qu'il se
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VII, page 170.
(2) Ibidem, page 180.
(3) Ibidem, page 179.