‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 119 sur 367 · L'UNIQUE FAVORI · texte numérisé non relu

L'UNIQUE FAVORI

retirât, ni que je puisse jamais consentir à une telle résolution, qu'au contraire, je désire qu'il continue et veux qu'il agisse, sous mon autorité, avec plus de liberté et de pouvoir qu'il ne fit jamais. En cette considération, je m'engage à n'avoir jamais d'autre favori que celui qu'il me propose, savoir le bien de mes affaires, comme aussi n'avoir secret ni confiance avec qui que ce puisse être à son exclusion. Je lui promets de plus que je lui garderai un secret inviolable en tout ce qu'il désirera de moi. Je lui commande de me dire librement ses pensées en toutes choses; ensuite de quoi je lui ferai savoir sincèrement mes volontés. Il se peut assurer que j'aurai un soin particulier de nettoyer de temps en temps la Cour des esprits mal intentionnés, ayant trop expérimenté combien cela est nécessaire, pour y manquer.

« Pour ce qui est de la paix, il faudroit que je m'exposasse à la risée du monde et que je donnasse lieu à mes ennemis de me faire de nouveau la guerre, quand bon leur sembleroit, s'ils ne payoient mes dépens de celle qu'ils m'ont contraint de leur faire. Il ne faut point parler de rendre la Lorraine, Arras, Hesdin ni Bapaume, Perpignan et le Roussillon, Brisach et les places de l'Alsace qui conjoignent avec la Lorraine. J'ai acquis Pignerol à titre trop légitime pour penser jamais à le rendre. Le rétablissement de mon neveu le duc de Savoie est trop juste pour que je puisse jamais consentir à la paix, sans qu'il soit fait.

« Ces conditions accordées, je serai bien aise qu'on trouve toutes les inventions qui se pourront pour faciliter une paix générale en laquelle je ne puisse, en aucune façon, me séparer de mes alliés (1). »

Richelieu ne pensait pas autrement. Après la victoire de Kempen, vers la fin du mois de février de cette même année 1642, il avait mandé à M. d'Avaux : « Si le général Torstenson (qui commandait les troupes suédoises), pouvoit faire quelques progrès de son côté qui secondât celui de M. de Guébriant, il y auroit lieu de croire que ceux qui sont si opiniâtres à laisser la chrétienté en trouble 86 résoudront à vouloir la paix, j'entends à consentir aux conditions justes et raisonnables sans lesquelles elle ne peut être

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VII, pages 176-178.

Page 1