‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 127 sur 367 · SOUPLESSE ET MODÉRATION DU THÉOLOGIEN · texte numérisé non relu

SOUPLESSE ET MODÉRATION DU THÉOLOGIEN

Nous voilà donc, d'abord, en présence de cette oeuvre théologique qui doit aider à la réalisation d'un dessein que le cardinal n'a pu conduire à bonne fin. L'histoire religieuse ne l'a pas laissé tomber dans l'oubli. On lui reconnaît un intérêt exceptionnel, en raison de sa gravité, de son heureuse logique, de son incontestable loyauté.

Certains traits caractérisent l'ouvrage : un parti pris manifeste de se dégager du fatras scolastique où s'étaient embourbés les controversistes antérieurs; se conformant au nouveau mouvement intellectuel, l'auteur, en bon contemporain de Descartes, tourne le dos à l'argumentation livresque pour faire appel au sens commun et à la raison. Il se rapproche, en cela, de la position prise par les polémistes de la Réforme qui entendaient ne tenir compte, pour soutenir leur cause, que des textes authentiques et contrôlés des saintes Écritures, l'Ancien et le Nouveau Testament. Quand le cardinal invoque les Pères, c'est à titre de témoins historiques, et non comme maîtres de la doctrine. La controverse, sous la plume de l'homme d'Etat, s'est humanisée en quelque sorte et sa « méthode » est toute de bonne volonté, de prudence, de tolérance.

Si l'on remarque une certaine préoccupation politique demeurant, en quelque sorte, dans les dessous de l'exposé, on n'en est pas moins frappé de voir le vainqueur de La Rochelle se montrer à la fois si souple, si retenu, si soucieux de parer aux complications dangereuses qui pourraient résulter d'une rigidité excessive. On dirait que la robe rouge se détourne, par une haute et sage prévision, des voies qui conduiront un jour le roi Louis XIV à la révocation de l'Édit de Nantes (1).

qu'il estimait davantage et dont la perte, comme il le disait lui-même, lui eût été le plus sensible... Depuis sa maladie à Narbonne, il ne souhaitait la liberté de son bras que pour lui pouvoir donner la dernière perfection; et le soin de le mettre au jour fut l'une des choses qu'il recommanda le plus particulièrement et le plus expressément avant sa mort. »

(1) Il convient de s'expliquer, une fois pour toutes, sur un certain genre d'argumentation un peu jeune, qui consiste à nier l'attribution au cardinal des oeuvres qui lui appartiennent, le Testament politique, les Mémoires, les ouvrages théologiques, sous le prétexte qu'on ne rencontre pas son écriture sur les manuscrits conservés dans les dépôts publics. Richelieu dictait la plupart du temps. En outre, il faisait travailler ses collaborateurs et ses secrétaires à des dossiers ou « mémoires » qu'il inspirait, à des rédactions qu'il revisait et qu'il corrigeait, le cas échéant, de vive voix ou au moyen de

ir.4 TOLÉRANCE BIENVEILLANTE ET RÉCIPROQUE

Quelques courtes indications permettront d'apprécier l'intérêt d'un ouvrage qui, — un peu massif, à la manière du temps, — n'en prend pas moins une figure à part dans l'amas des discussions où s'épuisait la prolixité des théologiens antérieurs et même contemporains.

D'abord une sorte d'avertissement permet d'apprécier la manière supérieure dont le sujet va être traité : « Si j'emploie en cet ouvrage, déclare l'auteur, le témoignage des Pères, on ne le trouvera pas étrange, puisque... je m'en servirai seulement pour confirmer les vérités qui se trouvent établies par les sens et par la lumière naturelle. » (Page 8.) La méthode de discussion étant ainsi déclarée, le prélat ministre prend acte avec autorité de la situation politique nouvelle créée par la chute de La Rochelle et par la déclaration des pasteurs de Charenton, à savoir, « en termes exprès », que « tous les sujets doivent obéissance à leur souverain en ce qui n'est pas contraire à leur salut ». Ainsi se trouve close, par une sorte de tolérance bienveillante et réciproque, l'ère des divisions religieuses qui ont ensanglanté la France. L'ordre et la concorde doivent régner désormais entre tous les Français.

Entrant dans le débat proprement dit, l'auteur se réfère à la pensée initiale des chefs de la Réforme déclarant, avec une insistance réitérée, qu'ils ont entendu fonder une Église. Sinon, — ils l'ont recorenu eux-mêmes, — détruisant sans reconstruire, ils auraient aboli le Christianisme; ils ont reconnu, « non moins expressément », que « hors de l'Église de Jésus-Christ, il n'y a point de salut »; ils ont proclamé, enfin, que « cette Église doit être visible » puisque, invisible, elle serait réduite à l'état de secte obscure et sans prosélytisme efficace. Ceci dit, une religion, une Éghse doit avoir une croyance; mais cette croyance doit être une, sous peine de n'aboutir qu'à un absurde particularisme.

certains signes bien connus de tous ceux qui ont manié cette immense masse de documents authentiques qui viennent de son cabinet. C'est, en vérité, n'avoir aucune idée de la façon dont se traitent les grandes affaires que d'exiger la main du chef pour reconnaître la valeur réelle et historique des pages provenant d'un homme d'État qui a assumé la conduite d'un empire, la publicité do sa politique et la défense de sa mémoire. Sans entrer ici dans une polémique qui occuperait un ou plusieurs volumes, qu'il suffise de dire que des recherches sérieuses et prolongées pendant plus d'un demi-siècle ont autorisé certaines attributions qui n'ont été contestées, d'ailleurs, par nulle sérieuse compétence.

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