‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 131 sur 367 · FRONTS D'AIRAIN · texte numérisé non relu

FRONTS D'AIRAIN

livre, au plus haut rang parmi les grands esprits du xyii® siècle. Ce ministre, cet homme d'État est un chrétien, — un chrétien qui a une juste conscience des hautes destinées de la France et du genre humain. D'un tel homme, les actes sont d'accord avec les paroles.

L'une des grandes pensées de Richelieu ministre avait été, certainement, de réaliser, en fait, cette union entre les deux religions qu'il avait préparée dans ses écrits. Ses intentions, à ce sujet, nées des premières impressions de sa vie publique dans son diocèse de Luçon, s'étaient affirmées en raison de certains indices qui paraissaient favorables, surtout, le retour à l'Église catholique de personnages considérables : tout d'abord, la conversion du roi Henri qui avait sauvé le Royaume et la dynastie, puis certaines autres conversions éclatantes, celle du connétable de Lesdiguières, celle des Créqui, le ralliement des La Force, le retournement des Condé qui, après avoir commandé les armées protestantes durant les guerres de religion, avaient, en la personne de Henri II, pris la tête du parti catholique. Dans l'ouest, où l'enfance de Richelieu avait assisté aux plus atroces déchirements, l'habitude de la vie journalière avait fini par rapprocher les sentiments en apaisant les cœurs. Par-dessus tout, la lutte contre l'Espagne réunissait les Français dans une même campagne patriotique pour l'indépendance nationale.

Au dehors, Henri IV s'était rapproché des protestants de Hollande et il n'avait pas été sans rechercher l'aUiance de la reine Elisabeth. Le premier acte du cardinal redevenu ministre, le mariage d'Angleterre, inspiré par un calcul diplomatique, se prêtait, par le rapprochement des deux Couronnes, à une tolérance réciproque. On inaugurait ainsi ces contacts avec l'Angleterre protestante dont les alternatives devaient prendre un si étrange développement au cours du xvii^ siècle.

Mais, comme on le sait, la politique d'union religieuse avait rencontré l'opposition la plus ardente de la part des pasteurs protestants, les « dévoués », ceux que leurs adversaires appelaient « les fronts d'airain ». Le synode de Dordrecht, les conciles des réformés français dans les premières années du siècle, les publica-

Page 1