RICHELIEU ET LES MINISTRES RÉFORMÉS
lions même émanant des plus modérés, comme le Mystère d'iniquité publié par Duplessis-Mornay, avaient entretenu dans les masses séparées la volonté énergique du grand refus.
Durant la régence de Marie de Médicis, le parti, en tant que force militaire, tenait encore La Rochelle, le Béarn, les Cévennes, une grande partie du Languedoc et de l'Ouest. Il avait fomenté les audacieuses entreprises des Soubise et des Rohan, soulevé l'opinion contre le système catholique des « mariages espagnols ». Le débat politique et militaire avait été tranché, il est vrai, par la prise de La Rochelle et par la décision notoire du cardinal de reprendre, au dehors, la politique de Henri IV; à son tour, il s'était rapproché des puissances du Nord, des insurgés hollandais et des princes allemands, adversaires de la maison d'Autriche. De là, une raison immédiate, pour lui, de ménager de nouveau les protestants à l'intérieur et de les regrouper autour du front national et royal.
Ainsi, par une évolution insensible, le cardinal en était venu à chercher l'union intérieure sans faire acception des divergences religieuses. Il n'ignorait pas, tant s'en faut, la fermeté et l'aigreur de l'opposition réformée; mais, c'est pourquoi, justement, on le voit procéder avec la plus grande souplesse et prudence. Le pis eût été, en effet, qu'une fausse manœuvre rouvrit les anciennes blessures.
Ainsi s'explique le secret dont il enveloppait ses démarches et qui laisse planer une sorte de doute sur ce qu'il voulut faire et put faire. De là, aussi, cette sage Méthode exposée dans son ouvrage, qui, d'ailleurs, ne fut ni publié ni même achevé de son vivant.
On peut penser que le cardinal ministre se réservait d'agir avec plus d'activité et d'autorité, lorsque l'affaire principale, à savoir l'abaissement de la Maison d'Espagne, eût été un fait accomph. Il considérait que la fin de la lutte était proche; et Rocroi, en effet, allait décider bientôt. On peut conclure que la réalisation de l'union était Tune des tâches qu'il transmettait à son successeur.
Richelieu n'avait pu qu'aplanir le terrain par quelques mesures préparatoires; c'est ainsi qu'il avait pris soin d'empêcher les con-