‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 135 sur 367 · L'ŒUVRE D'UN SAGE · texte numérisé non relu

L'ŒUVRE D'UN SAGE

gande et encouragé la fondation d'un ordre religieux militant, — qui s'appelait lui-même une « compagnie », — l'ordre des Jésuites : fortement discipliné et se mêlant au monde laïc, il allait offrir à celui-ci, par une méthode plus assouplie et plus humaine, l'espoir du salut dans une moindre sévérité. Le religieux sortait de son couvent, se mêlait à l'activité publique, dirigeait la conscience des princes et des foules; l'idéal chrétien était mis à la portée de tous; le sacrement de la Pénitence s'atténuait de contrition en attrition; l'étreinte de l'Église et du fidèle se resserrait par l'accès plus fréquent et plus facile à l'Eucharistie.

Inutile de dire que ces procédures et ces mœurs nouvelles suscitaient la polémique et la controverse. Car enfin il faut bien donner pâture à l'esprit de dispute que Dieu a laissé aux hommes, — même aux théologiens, puisque, selon la parole de Salomon : « Dieu a fait toutes choses bonnes en leur temps et a livré le monde à la dispute, sans que l'homme cependant puisse connaître l'œuvre que Dieu a faite depuis le commencement jusqu'à la fin. »

Les théologiens donc se disputaient sur ces questions peu abordables au raisonnement; ils s'étaient partagés en deux camps. D'une part, un groupe de docteurs s'attachaient à démontrer qu'il y avait eu des fléchissements fâcheux, qu'on n'avait pas assez fortement résisté aux glissements de la facilité, que l'Église devait se ressaisir, se resserrer par une exigence plus rigide, une observance plus stricte, fallût-il laisser hors de l'espoir du salut certaines parties de l'humanité parmi lesquelles Dieu n'avait pas choisi ses élus. D'autres docteurs se fiaient à la bonté et à la miséricorde divines, se référaient au sacrifice du Fils crucifié pour que ses bras restassent largement ouverts au pécheur croyant et repentant.

Dans ce débat, qui va torturer les âmes pieuses pendant de longues années, Richelieu, que sa belle intelligence et sa clairvoyance avertissent du péril, cherche un juste équilibre; il s'applique à tracer les voies abordables par lesquelles le fidèle atteindra ce que l'Église considère comme « la perfection du chrétien «. C'est donc au chrétien qu'il s'adresse cette fois, non au séparé ou au libertin.

Cette perfection n'est pas inaccessible, si l'on écarte les contro-

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