LA VOLONTÉ D'AMOUR
en sommet, vers la conclusion magistrale du livre, sur laquelle le ministre théologien, puissant et solitaire, épuisera ses dernières forces et finalement s'abattra.
Les tourments de l'enfer sont l'objet des premières pages. L'horreur des peines éternelles, les terreurs dont le génie sinistre du moyen âge avait menacé la survie du pécheur présentent au chrétien l'une des deux destinées entre lesquelles sa volonté doit se prononcer. Et, d'autre part, la récompense du salut, assurée à la perfection du chrétien et réservée à ceux que la vie illuminative a mis en une communication constante avec Dieu : « N'être qu'un avec Dieu par la conformité de volonté, voulant tout ce qu'il veut, ne voulant rien autre chose. »
Entre les deux, il faut choisir. « La vie du chrétien doit donc être un perpétuel combat, une continuelle action éloignée de toute oisiveté, qui est la vraie source des vices (voilàle grand laborieux!); une sollicitude qui ne soit jamais interrompue et qui sans cesse travaille à affirmer en lui l'empire de la raison (voilà le contemporain de Descartes!) et à détruire celui des passions, introduit en nous par le dérèglement d'Adam. » (Voilà le chrétien, le simple chrétien!)
Aimer Dieu!... Mais, c'est une affaire de volonté. (Quelle lumière sur l'âme toujours tendue de cet homme froid!) « Il est à remarquer, en ce lieu, qu'il se trouve beaucoup d'esprits qui ne pensent pas aimer Dieu, s'ils ne sont touchés d'une passion sensible et si leur affection n'a de racines dans les sens. Mais ils se trompent : le siège de V amour est en la volonté (1). Ceux-là aiment Dieu qui .veulent ce qu'il veut; si leurs sens s'y accordent, à la bonne heure; et s'ils ne le font pas, l'amour en est plus parfait, l'union de la volonté paraissant d'autant plus forte qu'elle surmonte les contradictions des sens. » (Page 61.)
Mais Dieu, comment accorde-t-il à l'homme cette récompense admirable, la volonté d'amour? Cela dépend de l'homme encore : « Une âme sans péché est habitée par Dieu. » Et c'est avec une véritable éloquence que le prélat écrivain expose cet ineffable mystère : « Sera-t-il possible de se représenter que Dieu n'a créé l'homme
(1) Cette vue est exactement celle de saint François de Sales dans la première ligne de son Traité de V Amour de Dieu, publié en 1622.