‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 140 sur 367 · LES DROITS DU ROI · texte numérisé non relu

LES DROITS DU ROI

profond de l'ordre social reconstitué ne se laissent pas entraîner dans la campagne des réguliers contre les séculiers; il demeure un épiscopaliste, un gallican. On l'a bien vu dans l'affaire de VAdmonitio et de Sanctarellus (1). S'il a, comme nous l'avons dit, ménagé les Jésuites contre les passions parlementaires et sorbonnardes, par crainte de certaines violences dont on les croit capables, il ne s'est pas soumis à leurs exigences, à leurs vivacités polémiques, à leurs ambitions temporelles. S'il n'aime pas Saint-Cyran (nous dirons pourquoi), il n'aime pas, mais pas du tout, le Père Garasse. Il entend que la société civile reste laïque et héréditaire, que la France garde son indépendance politique et diplomatique, — sinon dogmatique, — même à l'égard de Rome et de l'Espagne. Il ne désire pas que les ordres nouveaux, par trop de facilité et de complaisance, gagnent les princes et les foules, deviennent les maîtres de la pensée et des âmes. L'histoire du Père Caussin lui a servi d'avertissement, à'admonitio. Ferme soutien de l'Église, s'il maintient avec le Souverain Pontife des relations loyales de déférence et de soumission, il entend que l'on respecte, d'autre part, les droits du Roi (2).

Pour que le chrétien, le Français, garde lui-même cette noble indépendance, il exalte, dans son livre, la force de la prière, de l'oraison qui met le fidèle, par la pensée, la volonté et la foi, en présence de la Divinité. On sent que, pour cet homme, pour ce grand esprit, pour ce cœur bourrelé, le repliement intérieur, la méditation profonde sur la croyance et sur le devoir forment, en quelque sorte, le retranchement suprême de la conscience dans la conduite et dans l'action. C'est à cet asile qu'il recourt pour se retrouver lui-même et se protéger contre les deux excès opposés, soit le relâchement jusqu'à la chute dans l'esprit libertin, soit l'égarement dans un mysticisme exalté et désorbitant.

L'homme est sur la terre par la volonté divine ; à cette destinée, il doit se conformer; il doit se soumettre aux devoirs, aux difficultés, aux souffrances de cette vie terrestre, d'un cœur vaillant et généreux, dans l'humilité et l'acceptation : « Un moment d'élévation

(1) Voir Histoire du Cardinal de Richelieu, tome IV, pages 29-35.

(2) Voir, ci-dessous, l'exposé des relations avec Rome sous le ministère du cardinal.

Page 1