‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 141 sur 367 · L'ACTION ET L'EXALTATION STÉRILE · texte numérisé non relu

L'ACTION ET L'EXALTATION STÉRILE

d'esprit et de cœur, dans les peines qu'il faut souffrir, en bien faisant au monde, peut être plus efficace et plus agréable à Dieu que les journées passées dans une oisive solitude. Un seul soupir poussé d'un cœur percé d'épines, qui se trouvent en travaillant pour le prochain dans le commerce des hommes, peut avoir plus de mérite que le repos des âmes les plus retirées... Et c'est en cette considération que la vie de ce grand David est toute parsemée d'aspirations qui s'élancent jusqu'au ciel, lorsqu'il est le plus occupé en terre. »

Et le ministre, si « occupé en terre », dit son fait à ces prêcheurs de solitude, à ces enjôleurs d'âmes qui, sous les voûtes fraîches de leurs petites chapelles, fleuries de tendresse féminine et de gracieuse vénération, le prennent de haut à l'égard des hommes qui assurent leur repos au milieu des « épines » du monde : « Si l'on n'est retiré du monde par une vocation de Dieu manifeste et distincte, il faut bien prendre garde, lorsqu'on pense chercher Dieu dans la solitude, à ne pas se chercher soi-même sous ce prétexte spécieux; et, au lieu de suivre les volontés de Notre-Seigneur, de ne pas suivre l'instinct de l'amour-propre, qui n'est jamais chassé ouvertement des âmes, qu'il ne tâche d'y rentrer inconnu et déguisé. » (Page 250.)

C'est avec une sagesse et une finesse extraordinaires que le livre oppose ainsi la méditation à la contemplation et l'action à l'exaltation stérile : « La bonne Marthe n'a pas laissé d'être une grande sainte pour n'être pas contemplative, et il est certain qu'exercer le» œuvres de charité est chose de plus grand mérite que de jouir des avant-goûts de la vie éternelle par la seule douceur de la contemplation. Au reste, ce n'est pas un petit témoignage d'élection d'être traité ici-bas ainsi que le Fils de Dieu, dont la vie a été une perpétuelle action avec des peines et des souffrances continuelles. »

Dévoré par l'anthrax qui ruine ses forces et qui halluciné ses nuits, l'homme de grande pensée n'est pas sans se préoccuper dans le fond de son âme des élans du mysticisme. Il l'a combattu déjà chez les Illuminés ; il le combat chez les premiers jansénistes; mais c'est que son énergique volonté oppose, à leurs « doux loisirs » contemplateurs, les réflexions torturées qu'il consacre à « l'amour des souffrances ». (Page 306.) Il en parle d'expérience : « Un nouveau

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