‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 142 sur 367 · LES SENS SOUMIS AUX LOIS DE LA RAISON · texte numérisé non relu

LES SENS SOUMIS AUX LOIS DE LA RAISON

soldat pâlit à la seule appréhension d'une blessure, dit Sénèque; mais celui qui est aguerri voit son sang d'un visage assuré... Les souffrances sont peines et châtiment à ceux qui les craignent et qui les fuient, mais consolation et récompense à ceux qui les cherchent comme vraies semeuses de la gloire. »

Et nous voilà en présence du secret de l'homme lui-même et dans ce refuge qu'il n'a ouvert à personne, hormis aux « confessions ». Parmi celles qui nous ont permis d'approcher les grandes âmes, en est-il de plus émouvantes que celles-ci?

Ce ne sont pas des volumes de petites émotions qu'il enregistre : c'est le poids des plus lourdes responsabilités dans l'approche de la mort. Il sait que la mort est là; il connaît la vanité des choses; il a présent à l'esprit l'exemple du « grand roi « David; il évoque les croix de Jésus-Christ; il connaît celles du monde; chrétien, il ne s'abandonne pas : « Pour la perfection du chrétien, il faut que les passions soient abattues, que les sens soient soumis aux lois de la raison, que, quelque résistance qu'ils puissent faire, elle en demeure enfin maîtresse; il faut qu'il ait de si fortes habitudes aux vertus, qu'il souffre avec patience les peines, les mortifications, les ignominies et la pauvreté même, s'il en est affligé... Mais il faut qu'il passe plus avant, s'il veut entrer dans le sanctuaire de ce temple; car il est vrai qu'il y a encore un degré de perfection plus élevé et que l'homme peut monter plus haut, comme il fera certainement, s'il arrive à l'extase des opérations, qui consiste non seulement à souffrir avec patience les injures, les calomnies, la pauvreté, le froid, la faim et toute sorte de croix; mais encore à les préférer aux louanges, aux honneurs, aux richesses et à tous les contentements que notre chair et notre esprit peut avoir en ce monde... » (Page 321.)

L'homme, le grand ministre autoritaire, a donc mesuré à leur juste mesure les grandeurs, dénombré les richesses; il s'est abreuvé des honneurs, et de tout ce qui a comblé son étonnante carrière. Mais il sait aussi ce qu'a été son action, son œuvre, sa raison d'être ici-bas. Dans cette manière discrète et assurée qui fait le puissant intérêt de sa méditation intérieure et de son retour sur la vie humaine, il indique sa pensée dernière, que l'on retrouvera d'autres fois sous sa plume : « De ce que nous avons dit, il faut conclure que.

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