LE MAINTIEN DE LA PAIX RELIGIEUSE
en prix à tous les hommes, j'y prétende ma part. Gela iroit très loin, s'il n'était après dix heures de nuit... »
Sainte-Beuve dit à ce sujet : « A cette heure de nuit, dans réchauffement de la solitude, dans la présence lointaine d'un disciple soumis, il lâche son secret : cet homme qui a plus d'ambition que le cardinal de Richelieu et qui, son opposé en tout, son rival, son rebelle dans l'ombre, n'en sera ni séduit ni intimidé, ni vaincu, il est trouvé (1). »
Sainte-Beuve y met quelque romantisme. Disons, plus simplement : à cette date précise, le siècle, qui se cherche encore, fait le premier geste de sa destinée : grandeur et faiblesse, force et modération, guerre et paix, autorité et fronde, unité et division, gallicanisme et ultramontanisme, Édit de Nantes et révocation : il aura à choisir. Il saura choisir. Il saura surtout se limiter, et ce sera Vesprit classique. L'embryon, à peine formé, s'est présenté à la main ferme du plus expert des opérateurs, ce Richelieu qui, en ce même moment, exilé à Avignon, écrivait le Caput apologeticum, expression de la méditation profonde qui lui dictait le programme de son action d'homme d'État. Par une volonté soutenue et la plus savante adresse, il accomplira ce programme, en se servant de la raison dans Vordre, — accoucheur du plus bel enfant de France, le xvii^ siècle (2).
Il est impossible de faire un exposé, si abrégé soit-il, de l'histoire du jansénisme, ne fût-ce qu'à ses débuts. Toutefois, il est indispensable d'indiquer les faits qui se rapportent à l'action politique du cardinal de Richelieu en vue de préserver le Royaume de nouvelles discordes rehgieuses et de maintenir la paix, si péniblement acquise par Henri IV et par lui-même.
(1) Voir Sainte-Beuve, Port-Royal, I, pages 286-287; et l'abbé Bremond, tome IV, page 52.
(2) Parmi les rencontres si intéressantes en ce groupe poitevin, comment ne pas signaler celle qui aurait été à l'origine des Pensées de Pascal, si l'on s'en rapporte au renseignement donné, au cours d'une conversation, par le savant abbé .Bridieu, mêlé à tout ce monde janséniste ? « Pascal, dit-il, a fait ses fragments (les Pensées) contre huit esprits forts du Poitou qui ne croyaient point en Dieu; il les veut convaincre par des raisons morales et naturelles. » Voir Eugène Griselle, Pascal et les Pascalins (page 6). Quelle piste pour les érudits poitevins I II est à remarquer que Filleau de La Chaise, qui écrivit la préface des Pensées de Pascal, était de Poitiers.