‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 149 sur 367 · ORGUEIL DE SAINT-CYRAN · texte numérisé non relu

ORGUEIL DE SAINT-CYRAN

De ce qui précède, il résulte qu'il connaissait, de longue date, l'un des deux pères du jansénisme, Saint-Cyran, et nous avons vu, d'après ce que rapporte Hardouin de Péréfixe, qu'il était loin de méconnaître la haute valeur intellectuelle et les vertus de l'ancien vicaire de Poitiers. Arrivé lui-même au pouvoir, il manifeste, à diverses reprises, le désir d'attacher Saint-Cyran à la cause royale ; mais il se heurte à une suite de refus où il y avait évidemment un parti pris, soit par un sentiment prononcé d'indépendance, soit pour d'autres raisons mal définies.

Un homme de grande moralité et de parfaite impartialité, le Père de Condren, nous donne l'impression produite par Duvergier sur ceux qui le fréquentaient quand il était encore à Poitiers. Le Père avait remarqué en lui « un rare savoir, une connaissance de la philosophie et de la théologie au-dessus du commun, une grande lecture des Pères, un esprit vif et laborieux; mais parmi de telles qualités, un esprit écarté, grand amateur de nouveautés, un penchant excessif à la singularité ». Ajoutons ce trait, pris sur le vif, par un homme qui n'est pas suspect. Chapelain : « Sori discours entrecoupé et sautelant et quelques raisonnements informes à demi expliqués ne me laissèrent pas convaincre qu'il fût un si grand homme qu'on le représente. » Chapelain trouve du « creux à son affaire (1) ».

En somme, le trait principal de cette personnalité ardente, exceptionnelle, trait qui s'affirma tout le long de son existence, c'est l'orgueil. A divers indices soigneusement cachés, on pourrait reconnaître aussi, chez l'abbé, comme une certaine humeur à l'égard de Richelieu : peut-être celle de l'homme de cabinet en ce qui touche l'homme d'action, celle de l'homme d'une même carrière à l'égard de celui "qui s'élève en s'en détournant (2).

A peine rentré au pouvoir, en 1624, Richeheu fit offrir à l'abbé,

(1) P. Rapin, Histoire du Jansénisme, page 94. — Et Georges Collas, Jean Chapelain, Perrin, 1912, in-S», page 70.

(2) C'est le cas de citer cette observation de Richelieu : « Il est difficile de témoigner comme cela se fait, mais il n'y a personne judicieuse qui ne discerne bien, sur le front des hommes, certaine impression de peine que la jalousie et envie grave à l'improviste en diverses occasions : un visage jaloux se resserre et lorsque la raison et l'avertissement qu'un homme se donne à soi-même le veut faire ouvrir, on reconnaît clairement que la raison et la nature combattent ensemble. » Maximes d'État, N» LXXVI, page 769.

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